Ethique Info

Accueil > Société > Compétition

Une solution ?

Compétition

Ou un piège ?

dimanche 17 avril 2011, par Picospin

Finalement les contestataires sont rares. Et pourtant.., tout le monde n’est pas de cet avis dans le (déjà) dur milieu scolaire où, à peine sorti de l’œuf, les poussins ouvrent leur petit bec à s’en arracher les mâchoires pour commencer à dévorer le monde avec tout ce qui se présente à la fringale de vie des plus jeunes, avides de plaisir, de sensations fortes, de succès pour les uns, de triomphes sur les autres.

Compétition ou autonomie

Sophie et Elsa, toutes deux élèves de terminale, tordent le nez à la seule évocation du mot. « On a à peine 16 ans et on est déjà comparés en fonction de nos notes, et même classés, déplore l’une. Avec le recul, j’aurais finalement apprécié de faire quelque chose de plus généraliste, qui ressemble à la classe de seconde, par exemple, affirme l’autre. Tout le système est compétitif, entretenu par le discours des profs. « Dès le début de l’année, ils nous incitaient à entrer en compétition les uns avec les autres. Ils espéraient sans doute nous faire améliorer nos résultats. Depuis, la pression est un peu retombée. C’est vrai que cela ne marchait pas tellement. En première, on est juste content d’avoir la meilleure note ». Elsa envisage de se diriger en fac après le bac pour faire des études d’archéologie et d’histoire de l’art. « J’ai bien pensé à faire une prépa. Mais ça me saoulerait vite. La tension est déjà trop élevée en filière S ! » Sophie n’exclut pas de s’orienter vers une prépa, en école d’ingénieurs ou d’architecture, autant de filières réputées « compétitives ». « Même si je pense avoir le niveau pour réussir dans chacun de ces cursus, cette relative confiance ne m’empêche nullement de m’inquiéter sur mon sort. J’ai peur de rater, de décrocher, de me laisser aller. »

Inquiétudes

A l’apparition de l’adolescence, ces réflexions peuvent déjà inquiéter par leur ton alarmiste et l’angoisse qu’elles dissimulent mal à un âge où la fragilité commence à se dévoiler pour compromettre tout un avenir. Plus tôt encore, c’est à un véritable crime que se livrent les tenants de la compétition à tout prix qui souhaitent aligner tout le monde en rangs d’oignon et les classer en rangs par sélection pour tirer de cette image une idée force d’ordre, de logique, de rationalité puisque c’est ce type de rangement qui a été enseigné à plusieurs générations. Depuis peu, cette furie du classement à l’issue des compétitions s’étend à la plus jeune génération, celle des tout petits qui, à peine conçus, à peine sortis de la gestation sont entourés puis assaillis par une nuée d’aidants volontaires qui visent à fabriquer des petits génies avant même d’arriver en classe, pire, avant d’être invités à s’asseoir sur les bancs de l’école pour bénéficier de l’avance sur la concurrence grâce au « pré-enseignement » ou à la « petite prépa » conférée par les ancêtres disponibles à cet effet et sélectionnés parmi les anciens enseignants, fonctionnaires, salariés de l’état disponibles pour inculquer aux 2è ou 3è générations les fondements du fonctionnement de la République, son histoire, ses grands hommes, ainsi que la liste exhaustive des « possessions » de type colonial qui représentaient une des richesses de la nation.

Égalitarisme ou injustice

Pour des raisons d’égalité entre citoyens, de réparation des injustices subies par les moins privilégiés, la République s’est crue chargée de la mission de classer tout le monde de la première à la dernière place pour répartir les chances entre les mieux et les moins bien lotis. Pour atteindre ce but, un seul moyen, le concours qui fait plancher les candidats dans une égalité considérée, affirmée et jugée comme parfaite pour ne laisser personne au bord de la route, selon les affirmations mille fois répétées des candidats aux divers postes et fonctions ouverts aux concours organisés par des organismes privés à qui est déléguée la tâche d’organiser administrativement toute compétition. Les impétrants convoqués aux épreuves sont parqués dans des salles moins obscures qu’illuminées par le savoir acquis à grande peine et flots de sueur dans les sites de formation des écoles et institutions de la République sinon des entreprises privées qui font payer très cher les prestations indispensables à l’accès aux compétitions. Il n’est parvenu à l’esprit de personne le soin de se poser la question de l’utilité de ces démarches et de ces labyrinthes administratifs qui soumettent des candidats exténués, essorés, vidés de toute substance intellectuelle, affective et tout simplement humaine à un stress les amputant de plus de 80% de leurs ressources, tout cela au nom de l’égalité des chances.

Privilégiés ? En quoi ?

Ces dernières vont aux privilégiés déjà dotés d’un encadrement intellectuel suffisant pour faire franchir aux moins doués les obstacles d’ordre sociétal, environnemental et économique qui se dressent sur les avenues de la victoire. Parmi les privilégiés qui le sont en réalité plus que s’ils avaient été tirés au sort, on compte des Ministres qui déclarent avoir lu « Zadig et Voltaire », dans la mode de confection plus que dans la littérature ou qui placent le Japon de Fukushima dans l’hémisphère sud. Cette parade du savoir est tout à l’honneur d’un enseignement submergé, qui ne sait plus par quel bout prendre les jeunes citoyens qui leur sont confiés et qui est tout aussi « stressé » d’avoir à transmettre des connaissances qu’à les évaluer plus tard, quand l’heure des comptes aura sonné. Avons-nous jamais fait le bilan de ces méthodes d’enseignement par comparaison avec la « libre entreprise » qui laisserait un peu de liberté et moins d’indexation sur l’autre que n’en offre le système actuel, tout aussi capable d’amener au renoncement sinon au suicide. Est-ce que la compétition ne lie pas les uns aux autres les candidats visant au même objectif ? N’est-ce pas une allégeance, une interdépendance entre compétiteurs réunis pour le même but : écraser l’autre ou le dominer pour l’effacer du cadre de l’humain ? Toute cette catastrophe civique au nom d’un égalitarisme qui ne voit jamais le jour dans un état qui se veut champion de l’égalité plus dans la parole que dans l’action.

Questionnement éthique :

1. Kant : Il faut veiller à ce que l’adolescent s’estime absolument et non d’après les autres.

2. Il faut développer les sentiments d’humanité envers les autres et prendre intérêt à notre moi, aux autres avec qui nous avons grandi, et au bien universel.

3. Est-ce que l’éducation vise à acquérir la maturité intellectuelle et l’autonomie personnelle pour faire de l’individu un adulte capable de choisir par lui-même ?

4. Est-ce à ce point que se situe la limite radicale de l’éducation ?