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Les animaux banquiers en cravate assis autour de la table des grands

Confiance : l’exemple des banques et des animaux

On s’aime ou on se dévore ?

dimanche 26 octobre 2008, par Picospin

En politique, les plus âgés d’entre nous ont gardé le souvenir des accords signés, conclus puis défaits d’un trait de plume ou de la destruction de l’acte signé entre deux puissances qui cherchaient, selon le moment, l’occasion, les circonstances, d’honorer, de déshonorer ou de ne pas donner suite aux accords conclus par une poignée de main envoyée dans l’immortalité par des photographes avides de clichés, de documents, de gloire pour les plénipotentiaires comme pour eux-mêmes.

Un papier ou un chiffon ?

Avait-on besoin de confiance en ces temps-là du fait même qu’un morceau de papier, certes dûment revêtu de cachets, de signatures, de dates attestait de la conclusion d’un acte, d’une promesse, voire d’une menace ? Dans certaines cultures, le poignée de main a valeur d’engagement et signifie plus que la conclusion d’un traité. Dans de tels milieux, on assiste à une sacralisation des échanges entre individus, groupes d’hommes, chargés de mission, représentants en raison de la pérennité des moeurs, des traditions, pas nécessairement de l’éthique. On a donc assisté à cet événement incroyable, cette rupture des relations humaines individuelles et collectives. Des gens exerçant le même métier, englués dans les mêmes difficultés, au lieu de s’entraider, accentuent leur méfiance respective et cherchent plus à dévorer l’autre qu’à l’aider à se sortir d’un naufrage que tout porte à croire qu’il sera prolongé sinon définitif. Dans cette attitude, on songe immanquablement aux relations entre proie et prédateur, à celles que l’on observe dans la jungle lorsque des félins chassent des gazelles. Dans cette conjoncture, il n’y a certes pas de pitié pour l’animal pourchassé qui finit le plus souvent par être saisi, mordu, décharné puis dévoré mais dans toute la mesure du possible, l’animal fragile chassé est protégé par la tribu sinon par la mère ou le troupeau. Voit-on la BNP secourue par sa rivale, mais en même temps « camarade », le Crédit Agricole ? C’est à l’inverse que l’on assiste. Dès qu’un établissement laisse entrevoir le moindre signe de faiblesse ou de fragilité, les autres se précipitent non à son secours mais vers lui pour le dévorer, l’absorber, le racheter et l’anéantir. Bel exemple de solidarité loué par les puissants de ce monde qui se réjouissent de ces comportements valeureux qui selon eux, attestent de leur bonne foi, de leur impeccable moralité, de leur solidarité. Ainsi le tour est joué. On montre en haut lieu que ceux qui détiennent le pouvoir sont capables de nouer entre eux des liens qui finissent par les rendre solidaires afin de leur éviter toute destruction qui serait préjudiciable à l’ensemble de la communauté.

Instabilité

Y a-t-il sentiment plus ambigu, plus complexe, plus instable que la confiance ? Car on ne peut donner sans risque, sans toutefois l’accorder les yeux fermés. La confiance se donne sans assurance, mais se gagne au moyen de signes et se reprend si elle est déçue. La confiance s’inspire ou se perd, ce qui en fait une disposition hésitante mais libre, fragile mais éclairée. La confiance est un sentiment qui ne naît ni sans crainte ni sans gage, affecte une forme de générosité inquiète, de foi sans certitude, de don sans garantie. La confiance croît à mesure que grandit l’assurance. Elle se donne donc d’autant plus qu’elle est plus sûre. Elle ne croît qu’en étant moins risquée. Si on était totalement rationnels, on ne devrait faire confiance à personne car l’humain est faillible, égoïste, changeant. Quand il aide, le fait-il par intérêt, par amitié, par amour ou encore pour satisfaire son égo ? comment expliquer cette confiance aveugle dont on est capable ? Comment en arrive-t-on à laisser sa vie entre les mains d’un autre ? Comment peut-on laisser quelqu’un découper notre chair lors d’une opération ? Comment peut-on laisser son enfant, sa chair, son sang, à un parfait inconnu toute la journée ? Est-ce tout simplement la faculté que l’homme a de croire et d’espérer, et plus particulièrement celle de croire en l’autre, que l’autre fera pour soi ce qu’on ferait pour lui, voire même d’espérer qu’il fera plus que ce dont soi-même on serait capable. A l’inverse, le cycle de cette réflexion peut se renverser et se retourner en méfiance, puisque des exemples, comme les nôtres puisés dans notre propre expérience et notre mémoire illustrent le balancement incessant entre l’antithèse de la confiance et de la méfiance lorsque des années où on a petit à petit appris à vivre avec les autres, et surtout à faire confiance dans les autres.

Confiance ou méfiance

Un seul et unique épisode malheureux de l’existence peut tout effacer pour ne laisser que du vide et du chaos, ne laisser qu’un no-man’s land impitoyable et sans espoir. Ces définitions marquent aisément le seuil au-delà duquel l’homme ne peut plus être rangé dans la catégorie -si catégorie il y a - de l’animal : celle où se manifestent le langage articulé, le libre arbitre, la fonction symbolique, et non plus seulement l’instinct. L’antiquité est marquée par le courant pythagoricien, auquel adhère Platon, qui ne considère qu’une seule Âme universelle dans laquelle se rangent les animaux, les hommes et les bêtes. La condamnation de la chasse, de la nourriture carnée s’expliquent par cette conscience d’une communauté d’êtres vivants qu’exprime avec force l’intuition panthéiste. Si les courants rationalistes ont plus tard étayé une distinction entre l’animal et l’homme, faisant de celui-ci comme Aristote, un animal "politique", un animal "sociable" comme Montesquieu, "métaphysique" comme Schopenhauer, "fielleux" comme Cioran, la variété des comportements animaux et l’aptitude surprenante de certains d’entre eux à la vie sociale n’ont cessé pour autant de générer des interrogations sur le bien-fondé de cette suprématie humaine confortablement installée par le rationalisme classique. Montaigne témoignera de ce scepticisme déjà annoncé par Plutarque selon lequel la présomption est une maladie naturelle, originelle de l’homme, la plus calamiteuse, la plus fragile et la plus orgueilleuse des créatures. C’est par la vanité de l’imagination qu’il s’égale à Dieu, qu’il s’attribue les caractéristiques divines, qu’il s’auto-proclame et se sépare de la foule des autres créatures, taille les parts aux animaux, ses confrères et compagnons et leur distribue telle portion de facultés et de forces. Comment connaît-il par l’effort de son intelligence les mouvements internes et secrets des animaux ?

Homme et animal

Par quelle comparaison entre eux et nous conclut-il à la bêtise, à l’infériorité de l’intelligence qu’il leur attribue ? Il fallait en effet une confiance aveugle en la raison pour séparer radicalement l’homme de l’animal, car, sur le plan des mœurs, quelles leçons de fidélité, de courage, d’ingéniosité même, celui-ci n’est-il pas capable de nous donner ?

Questionnement éthique :

1. Est-ce que la nature de l’homme est habilitée à lui conférer tous les droits sur les êtres plus faibles que lui comme cela a été pendant longtemps le cas des femmes et l’est encore celui des animaux ?

2. Pensez-vous qu’il existe une différence de nature entre l’animal et l’homme avec une séparation bien marquée ou bien pensez-vous que l’homme fait partie du règne animal et que les animaux sont aussi doués d’affectivité, d’intelligence, du sens de la solidarité et capables de ressentir de l’empathie ?

3. Dans quelle mesure l’homme peut-il faire confiance à l’animal ?

4. Est-ce que cette confiance peut être trahie plus souvent par l’homme que par l’animal ?