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Une nouvelle initiative

Conseillers en communication religieuse : pour quoi faire ?

Laïcité avec ou sans religion ?

dimanche 26 juillet 2009, par Picospin

La mission serait d’expliquer aux diverses personnes ou personnalités impliquées dans le traitement des religions, sinon des affaires religieuses les tenants et aboutissants des courants religieux qui parcourent et irriguent les activités, pensées, stratégies, spiritualités, des représentants nationaux et internationaux chargés de négocier avec le gouvernement français les accords prévus, les différends contenus et les conflits latents susceptibles de survenir à un miment ou à un autre entre les divers protagonistes.

Étrange décision

Est-ce l’esprit du temps qui impose ce projet et cette décision étrange, en tout cas fort originale ? Le Ministre des Affaires Étrangères voit dans cette initiative "un effet de la mondialisation" et une nécessaire "modernisation" des mentalités. La réflexion pour une prise en compte de paramètres religieux était "insuffisante" au sein de la diplomatie française, assure le ministre. "On a intégré la démographie, l’écologie et les pandémies à la réflexion stratégique, pourquoi pas les religions ? Toutes les guerres que j’ai connues comportaient à des degrés divers des histoires de religion", assure-t-il, dans une allusion aux conflits du Kosovo, du Sri Lanka ou du Liban, qu’il a particulièrement suivis. "Dans certains pays, faire de la politique, c’est parler religion, et inversement. On ne peut pas l’ignorer", défend aussi le responsable du nouveau pôle un spécialiste de l’islam et de la sociologie des conflits, fondateur de l’Institut de formation à la médiation et à la négociation. Tentant de minimiser la portée et le cout d’ue ce nouveau projet, on insiste sur le fait que ce pôle religions n’occupera qu’une proportion minime de spécialistes mais que cette mesure ne pouvait pas ne pas être prise si l’on tient compte que la diplomatie française, imprégnée des principes de laïcité, se montre parfois en retrait par rapport aux questions religieuses. Aussi le pôle religions devra-t-il sensibiliser les diplomates de la nouvelle génération aux questions religieuses.

Questions

"Comment faire de la médiation dans un conflit si on ne connaît pas la différence entre chiisme et sunnisme, entre un grec-orthodoxe et un maronite ?" "Certains conflits sont résolus par un accommodement entre communautés religieuses", insiste-t-on, tout en précisant : "La finalité du pôle demeure politique et diplomatique, et la diplomatie reste régulée par des valeurs laïques." Dans ces conditions pourquoi ne pas confier cette mission d’enseignement, d’éclaircissement, sorte de « Aufklärung » du siècle des Lumières à une équipe d’enseignants spécialistes du fait religieux tel que l’avait très bien défini en son tempe Régis Debray. Il conviendrait peut-être de réfléchir davantage au contenant des cette « enveloppe religieuse » qu’à son contenu pour lequel rien n’empêcherait d’inviter à une éventuelle table de discussion et de négociation des théologiens, de véritables religieux, diplomates ou non qui, en raison de leur expérience et de leur savoir très spécialisé et approfondi pourraient s’avérer utiles à jouer les médiateurs dans des échanges plus à leur portée qu’à celle de spécialistes enfermés dans leur tour d’ivoire près de l’Elysée ou du Quai d’Orsay.

Un grand médecin

Son chef, Bernard Kouchner, qui était certainement un excellent médecin et un personnage généreux, a-t-il dans le domaine des religions les compétences qui sont les siennes dans le domaine de la médecine et encore plus spécifiquement de sa section humanitaire ? Ne faut-il dans ce domaine faire preuve de la plus grande humilité en confiant aux spécialistes en tant que consultants les problèmes à résoudre au niveau diplomatique et inviter à la table des négociations, de la réflexion et encore plus des décisions de véritables experts d’ailleurs susceptibles d’être interchangeables en fonction de la spécificité des problèmes posés ? « Le Monde » qui vient de diffuser cette nouvelle, n’écrit pas autre chose quand il précise « qu’en s’appuyant sur des experts, le pôle religions devra mener une réflexion en amont, suivre les grands mouvements religieux à travers le monde et leurs éventuelles implications politiques pour, le cas échéant, accompagner la diplomatie active de la France ». Ce travail de prospective devrait ainsi s’intéresser aux évolutions du protestantisme évangélique, aux différentes facettes de l’islam et de l’islamisme à travers le monde, au poids de l’orthodoxie en Russie, aux vagues de prosélytisme… Le pôle religions devra aussi centraliser les réactions internationales à la suite de déclarations ou de décisions de la France sur des sujets religieux.

Retourner à l’école

L’une de ses premières missions a consisté à donner aux ambassadeurs des éléments de langage commun après les propos critiques du président de la République sur le port de la burqa en France. Cet exemple d’ailleurs souligne la nécessité de multiplier et diversifier les compétences en fonction des sujets traités et des problèmes à résoudre. Autrement dit, ce qui est conseillé sinon fortement recommandé aux diplomates et collaborateurs des Ministères est de retourner sur les bancs de l’école pour recevoir une nouvelle couche de peinture historique, politique, philosophique, religieuse pour être en état d’affronter des vis-à-vis cultivés, expérimentés et savants dans les domaines cités. Il leur a été conseillé de mettre en avant la dignité de la femme, la sécurité et la spécificité culturelle française… Le pôle travaille aussi sur les questions touchant le fondement théologique de la Constitution iranienne dans la crise actuelle. Dans les prochaines semaines, les experts pourraient être amenés à évaluer les conséquences d’une condamnation de l’Eglise de scientologie sur les relations avec les Etats-Unis. On voit ici que du fait de la diversité des questions à traiter, les intervenants, conseillers, consultants et décideurs devront se munir de renseignements pertinents, actualisés, rationnels, imaginatifs pour être en mesure d’apporter à l’exécutif et en premier lieu le Président de la République les éléments nécessaires à une prise de décision motivée, juste et équilibrée tenant compte des croyances, convictions et traditions des interlocuteurs.