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Des conditions difficiles

Conséquences de l’Univers Carcéral ?

Une vie insupportable ?

jeudi 9 avril 2009, par Picospin

Les auteurs -des avocats, des professeurs, des enseignants, des communicants- sont tous membres de la LDH. Y a-t-il un rapport entre cette situation et la hausse de la population inscrite au registre consulaire des Français établis hors de France qui s’élèverait à près de 1.500.000 personnes, soit une hausse de près de 8% sur un an, selon des chiffres diffusés par le Ministère des Affaires étrangères. Cette forte progression s’inscrit dans un contexte de hausse régulière du nombre des Français vivant à l’étranger au cours des dix dernières années, avec un taux annuel moyen de croissance de 3,6%, selon le Quai d’Orsay. 48% des Français inscrits auprès des consulats sont installés en Europe, 20% en Amérique et 15% en Afrique.

Invention de la prison

La prison a été inventée par la Révolution française pour éviter les peines en vigueur sous l’Ancien Régime, c’est-à-dire l’amende, la question, les galères, la pendaison, le pilori, le carcan et le fouet. C’est en renonçant à ces supplices que l’on a inventé la notion de privation de liberté qui a débouché sur le système carcéral, avait écrit Michel Foucault qui insiste pour déclarer que loin d’être un progrès dans l’humanisation de la peine, l’institution carcérale, qui date de 1791, est en réalité, un processus de normalisation et de domination totale de la société par le pouvoir. Les années qui suivent Mai 68 vont pousser jusqu’au paroxysme la célébration de l’insubordination sous toutes ses formes contre le développement d’« un fascisme généralisé ». En 1971 Michel Foucault et Gilles Deleuze créent le GIP (Groupe d’information sur les prisons) avec des grandes figures comme Pierre Vidal-Naquet et Jean-Marie Domenach pour dénoncer les conditions de détention. La même année, révoltes, mutineries et prises d’otages secouent le monde carcéral. L’année suivante, le mouvement des détenus est relayé par le Comité d’action des prisonniers. Des réformes suivent et en juin 1974 est créé un secrétariat d’Etat à la condition pénitentiaire. Du 19 juillet au 5 août se produisent de violentes mutineries dans plus de 120 prisons en France. Le Groupe d’information sur les prisons ne doit pas seulement dénoncer les pratiques de non-droit dans les prisons françaises. Au-delà des objectifs concrets qu’il se fixe, il s’agit de remettre en question le « partage social entre innocents et coupables », d’« effacer cette frontière profonde entre l’innocence et la culpabilité ».

Rapports de pouvoir

La critique des rapports de pouvoir doit aller jusqu’au bout : « Nous voulons attaquer l’institution jusqu’au point où elle culmine et s’incarne dans une idéologie simple et fondamentale comme les notions de bien, de mal, d’innocence et de culpabilité. » Il n’y a donc, pour Foucault, d’autre violence que la domination. L’homme est innocent, tout mal vient du pouvoir. En 1972, dans « l’Histoire de la folie », Michel Foucault étudie les conditions dans lesquelles est produite l’anormalité. Dès lors, ce livre sort du champ confiné de la recherche pour pénétrer le monde estudiantin et universitaire et être lu par des milliers d’étudiants dans une optique de critique radicale et brandi comme une légitimation de la remise en cause non seulement de la psychiatrie mais de tous les savoirs et pouvoirs institués. La folie y apparaît comme un pur produit du rationalisme qui désigne comme « fou » tout ce qui ne lui semble pas correspondre à l’image qu’il a de l’homme. Depuis la fin du Moyen Âge, c’est la norme dominante, la raison, qui crée le problème de la folie et qui le résout, d’abord par l’enfermement, puis par la médicalisation, c’est-à-dire par une volonté de dressage et de normalisation. La prison serait un « miroir grossissant des mécanismes de pouvoir » ayant pour fonction de « surveiller les individus et les corriger, dans les deux sens du terme, c’est-à-dire les punir ou les enseigner, les formater ». Il impose un modèle, des normes et exclut ceux qui ne s’y conforment pas. Du même coup, la porte est ouverte à toutes les suspicions du gauchisme triomphant : la moindre relation, le moindre discours et savoir n’impliquent-ils pas un pouvoir qui ne dit pas son nom ?

Domination invisible

Pour Michel Foucault, la domination devient invisible et envahit l’ensemble des sphères d’activité. Ce ne sont pas seulement les tribunaux, les asiles et les prisons vues comme instances d’enfermement qui sont en cause, mais toutes les institutions articulées à des savoirs et à des codes. Le secteur social et éducatif est concerné : hôpitaux, médecine du travail, école, université... Toutes les institutions sont carcérales et l’oppression politique qu’elles exercent est à la racine de tous les maux. Selon Michel Foucault, l’incarcération produirait le délinquant et le conduirait à la radicalisation de la violence. Le délinquant serait une victime de la société car les normes sociales le définissent comme tel. Il suffirait de déconstruire les normes pour qu’il n’apparaisse plus sous cette dénomination et cette représentation. L’œuvre de Michel Foucault ne plaide pas pour une humanisation de la peine car tout projet d’humanisation contribuerait sournoisement à l’oppression par l’aménagement du pouvoir et l’approfondissement du contrôle social. Ce qui est ainsi attaqué, ce sont les normes, l’humanisme lui-même en tant que substrat traditionnel de nos sociétés.

Abstract :

Les prisons se remplissent et débordent pendant que l’exode de la population française augmente légèrement, sans qu’une relation entre ces deux variables puisse être établie. Le pourcentage des suicides est également en forte augmentation sans qu’une cause unique puisse être déterminée en dehors du caractère vétuste, inconfortable et inadapté des lieux de détention. On doit à Michel Foucault la réflexion la plus appropriée et la plus approfondie sur le phénomène carcéral et ses conséquences sur la personnalité du détenu qui serait ainsi formaté pour marquer la différence entre un degré variable de folie et la normalité.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que le nombre des prisonniers est un reflet plus ou moins fidèle de la santé mentale d’une population ?

2. Que traduit le nombre des suicidants dans une communauté ? L’impossibilité de s’adapter au mode de vie, la situation conflictuelle avec les "collègues’ de détention, l’absence de liberté, de relations humaines, l’inconfort des installations ?

3. Est-ce que la pression exercée par le pouvoir est trop lourde à supporter pour les détenus qui sont soumis à des procédures de "formatage", capables éventuellement de les faire réintégrer sans heurts dans la société des "normaux" ?

4. Est-ce que l’enfermement est le seul moyen de permettre la réintégration des détenus dans la société ?

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