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Conversations de fin de vacances

dimanche 26 août 2007, par Picospin

A l’occasion de cette fin de vacances, est-il possible ou licite de se consacrer à un sujet particulier au milieu de tous ceux qui posent des problèmes d’éthique. En est-il qui n’en posent pas ? Comme le calendrier des évènements attendus concerne le plus souvent des activités sportives, artistiques ou mondaines, c’est bien sur ces catégories que les questions peuvent ou doivent être posées. Par exemple, le climat fait l’objet de tous les commentaires car il est au centre du questionnement concernant le confort ou la qualité de vie des vacanciers qui ne savent plus vers quelle direction, quel point cardinal se tourner.

Arrosage automatique

Au nord, c’est un arrosage qui n’a plus rien d’automatique mais qui parfois déborde les consignes des programmes et reste figé sur un seul ordre, celui de la pluie à maintenir jusqu’à inonder les terres assoiffées mais trop près de la saturation pour absorber la nourriture du ciel. Au sud où tentent de se prélasser les privilégiés de ce monde, le ciel se dévoile et le soleil ainsi mis à nu expédie instantanément tous ces rayons UV sur les peaux vierges des touristes en mal de bronzage. On les prévient, on leur explique à coups de notes, de publicités, que l’expositions prolongée brûle la peau, casse les chromosomes pour infliger à notre revêtement épidermique des lésions si profondes qu’elles ne demandent qu’à se transformer en épithéliomas ou mélanomes, termes barbares qui traduisent la formation de cancers dont certains atteignent un degré de gravité irréversible.

L’être et le paraître

Ici, le paraître l’emporte sur le vouloir vivre, l’esthétique sur l’être. Beaucoup succombent à la tentation, non de se revêtir d’une esthétique à la mode mais de ressembler à l’autre, celui qui a eu la chance ou le malheur de se rouler, immobile sous les rayons d’un soleil dévastateur qui brûle tout sur son passage. Il ne s’agit pas seulement des corps brûlés mais des broussailles incendiées par la main d’un homme hostile animé d’une fureur de destruction. Autrefois, c’étaient des pans entiers du paysage corse qui devenaient la proie des flammes, là où maintenant s’ébattent dans des enceintes hermétiquement closes les privilégiés qui seuls ont accès à la mer, aux plages, aux îles, au golf et aux bateaux. Maintenant c’est aux portes d’Athènes que prend le feu devant des citoyens atterrés, désemparés par ces vagues subites d’incendies, et qui n’en comprenant pas la raison, ne savent ni comment les prévenir ni comment les éteindre.

Solidarité

On assiste alors à un mouvement général de solidarité pour lutter contre le fléau dont la raison profonde se situe peut-être dans les profondeurs de l’histoire et de la mythologie pour sauver de la destruction les ruines, les vestiges, la mémoire d’une civilisation enfouie sous les terres arides. Les Anciens mêlaient les événements de leur mythologie à ceux de leur histoire. L’Iliade et l’Odyssée étaient considérées comme historiques. Le Grec Évhémère semble avoir été le premier à émettre l’hypothèse que les récits mythologiques sont des déformations de faits historiques réels. Les très nombreuses recherches archéologiques des XIXe et XXe siècles ont voulu conforter et affiner cette approche. Le très célèbre ouvrage de Robert Graves, les Mythes grecs, récapitule les éléments en faveur de cette hypothèse. La question de la continuité entre le temps des dieux et le temps des hommes, apparemment difficile à résoudre, semble pouvoir s’expliquer par des phénomènes de synthèse, de simplification et de symbolisation d’événements concrets comme le sont les conquêtes et les rituels. Les événements décrits dans les différentes théogonies se déroulent dans un temps parallèle à celui de l’humanité, dont les durées ne sont pas transposables.

Mythes et histoire

À l’époque « historique », une attitude vis à vis des récits mythologiques pourrait avoir été une interprétation littérale et peu critique des textes. Tout au moins certains personnages publics étaient-ils condamnés pour impiété. Cette approche est parfois comparée à la façon dont, par exemple, certains chrétiens créationnistes d’aujourd’hui interprètent littéralement la Bible comme un récit historique. Il semble que les Grecs se considéraient eux-mêmes comme descendant de héros mythiques, tendance qui se serait accrue avec l’évhémérisme. Le théâtre grec, avec Eschyle, Sophocle et Euripide, montre la façon dont les hommes conçoivent l’action des dieux dans leur monde. Dans l’œuvre d’Eschyle, le concept d’ananké préside ce qui peut être conçu comme un équivalent du destin dont serait absent le concept de déterminisme.En plus de son utilisation constante dans les arts et les sciences humaines comme la psychanalyse et son complexe d’Œdipe, la mythologie grecque fournit des récits très riches qui continuent de servir de fondement à toute notre culture, nos fables, nos croyances.

Une princesse énigmatique

Plus près de nous chronologiquement, l’anniversaire de la mort brutale de la Princesse Diana est célébré non de façon symbolique mais présenté comme une enquête policière dont on aurait pu confier la rédaction à Agatha Christie si en tant que citoyenne britannique, elle n’était pas impliquée trop profondément dans une histoire qui a trait à la perpétuation de la couronne d’Angleterre et qui a failli la détruire. L’écheveau est impossible à démêler entre des intérêts saoudiens inspirés par le commerce des armes, les relations affectives et parentales complexes, parfois tendues entre les membres appartenant à la couronne, l’intérêt particulier manifesté par Diana pour les mines qui broient les jambes de ceux qui les effleurent, l’alcoolisme réel ou simulé d’un chauffeur d’hôtel, les moyens techniques à employer pour désamorcer la conduite assistée d’une Mercedes volée puis réintégrée, les évolutions zigzagantes d’une Fiat Uno sortie d’on ne sait où et à la recherche d’on ne sait quoi.

Prescription ?

Tout cela pour aboutir à la prescription d’une enquête qui dure depuis 10 ans et qui va entrer en application dans une semaine. Beau mystère en tout cas d’une affaire royale dont les épisodes, comme dans les contes de fée et de détective se poursuivent au long des côtes de la Méditerranée, jettent l’ancre de ce de là au hasard des paysages et des personnages rencontrés et pourrait finir dans la sacoche de PD James pour qu’elle en peuple ses rêves, ses cauchemars et ses revenus tirés de la publication de ses écrits. Y a-t-il une éthique dans tout cela ? Est-ce à nous d’en tirer le fil ?