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De grandes manoeuvres ?

Coups de feu dans la citadelle

Où est le principe de précaution ?

mercredi 23 juillet 2008, par Picospin

Les auditions des militaires convergent vers des soupçons de négligences qui entouraient depuis longtemps l’emploi des munitions des commandos du régiment incriminé. Cinq personnes, dont l’état continuerait de s’améliorer sont toujours soignées à l’hôpital Purpan de Toulouse, sauf celui d’un enfant de 3 ans, touché au coeur, à la tête et à l’épaule qui demeure fragile après avoir subi six opérations

Un petit garçon

Gabriel était au premier rang du public lorsque le commando a ouvert le feu dans sa direction. Comme les dizaines d’autres spectateurs massés ce jour-là devant le terrain de hand-ball de la caserne, lui, sa mère et le compagnon de celle-ci - également hospitalisés – n’ont eu que le temps de voir surgir au milieu d’eux le faux "preneur d’otage". C’est en tirant sur le commando qui venait de "libérer" des otages fictifs, que ce "terroriste" tout aussi fictif a provoqué la riposte. Des fumigènes ont alors répandu un épais brouillard sur la foule, et des rafales de tirs ont suivi. Tout avait été mis au point par le capitaine du régiment et les militaires qui effectuaient leur sixième et ultime démonstration prévue pour ces journées portes ouvertes, commencées la veille et suivies de trois démonstrations qui avaient eu lieu la veille avec réussite. En mission à Kaboul, où il devait prendre le commandement régional de l’OTAN à partir du 5 août, le chef de corps du 3e, le colonel Frédéric Merveilleux du Vignaux n’a guère eu le loisir de s’impliquer dans la préparation de ces journées puisque rentré d’Afghanistan le 25 juin, il n’a assisté qu’à la dernière répétition, le 27 juin. Même chose pour le chef de groupe chargé de l’opération. Ce lieutenant avait suivi un stage à Toulouse dans la semaine précédente et n’avait rejoint ses hommes que le samedi 28 au matin. Intervenant en binôme avec un autre sous-officier, le sergent Vizioz avait répété l’exercice plusieurs fois pendant la semaine. Si bien qu’ aucun des gestes qu’il devait accomplir n’était improvisé. Surgir, braquer, faire feu, changer de chargeurs en pleine bagarre étaient pour ce dernier des gestes qu’il maîtrisait au bout de huit ans de service d’autant mieux qu’avec le "3" - appellation du 3e RPIMa -, il a été confronté à des épreuves autrement plus périlleuses, en Afrique ou en Afghanistan.

Au coup par coup

Le 29 juin, le sergent Vizioz a tiré avec son fusil au coup par coup comme cela avait été prévu, et à l’endroit qui avait été choisi. Dix à quinze balles ont été ainsi tirées avec un chargeur qui contient 25 cartouches. Celui qui renfermait les balles réelles était placé dans les bretelles dans lesquelles les militaires placent leurs chargeurs, au milieu des autres. Dans ses premières dépositions, il a affirmé qu’il ne se souvenait plus qu’il avait ce chargeur avec une quinzaine de balles réelles. Ce militaire ne cherche pas à fuir ses responsabilités qu’il assume entièrement comme le souligne son avocat.. Aux gendarmes qui l’ont entendu pendant sa garde à vue, il a avoué qu’à la sixième démonstration, il s’était "trompé de poche". Trois semaines auparavant, lors d’un exercice de tir à balles réelles, il n’avait pas restitué les munitions dont il ne s’était pas servi. Le règlement est formel : les militaires n’ont pas à conserver des munitions non utilisées. Mais la règle n’est pas toujours respectée comme en témoignent les soldats interrogés par les enquêteurs. L’un des membres du commando auquel appartenait le sergent a assuré que personne ne vérifie ni le nombre des cartouches tirées, ni celui des cartouches rendues. Tout se passe entre soldats et gradés, chaque personnel étant responsable de ce qu’il perçoit et de ce qu’il tire, comme l’affirme un autre officier entendu dans le cadre de l’enquête. Les détournements ne sont pas si rares. Quelques heures après le drame, à proximité de la caserne du 3e RPIMa, un journaliste a trouvé des balles réelles dissimulées dans une boîte de préservatifs dont s’était débarrassé probablement un soldat avec quelque précipitation.

Confusion des balles

Lui aussi les avait subtilisées à l’issue d’un exercice, sans qu’aucun responsable ne s’en aperçoive. L’un des officiers supérieurs du régiment a reconnu que les procédures relatives aux munitions n’étaient pas toujours respectées au sein du groupement de commando. Les familles des victimes, qui devaient être reçues mercredi 23 juillet par le procureur de Carcassonne, s’interrogent sur l’absence de sécurité qui a prévalu lors de cette manifestation d’autant plus qu’on a pu voir le public aller et venir comme il le souhaitait. Selon un officier entendu par les gendarmes, les spectateurs auraient dû être placés en linéaire de chaque côté du stade. Or, le dimanche soir, ils se trouvaient à l’arrière, exactement dans la ligne de tir. Plusieurs témoins ont déclaré qu’aucune indication sur ni restriction ne leur avait été signifiée sur l’endroit où ils devaient s’installer pour suivre la démonstration des commandos. Les militaires avaient conçu un scénario avec des tirs à blanc. Ceux-là sont réputés inoffensifs dès lors que les tireurs respectent une distance de sécurité, évaluée à cinq mètres. Les victimes et leurs familles veulent savoir pourquoi le dimanche le commando a tiré en direction de la foule, contrairement à ce qui s’était passé la veille. Pour l’heure, l’information judiciaire en cours ne répond pas à ces interrogations. L’enquête interne de commandement menée par les militaires permettra peut-être d’en savoir plus. Les résultats et conclusions provisoires des investigations n’ont été communiqués ni au juge d’instruction, ni au procureur, ni aux parties.

Discusssion

On ne peut que rester confondu devant la légèreté avec laquelle cette démonstration spectacle a été organisée et le manque de précaution qui a régi le déroulement d’une manifestation dont le but consistait justement à démontrer la sécurité qui préside habituellement à de tels exercices. La préparation de l’opération semble avoir subi des perturbations en raison des nombreux déplacements effectués par les militaires qui ont participé à cette exhibition, leur arrivée tardive sur le lieu des manœuvres et la brève durée du temps dévolu à leur répétition et à leur mise au point.


Sources :
Le Monde 22 07 2008