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Tolérance ?

Critique facile, art difficile. Les constructions trop légères s’effondrent trop vite

Critiques radicales

mardi 10 novembre 2009, par Picospin

Cette dernière n’ayant pas eu le privilège d’avoir été rasée par des semaines de bombardement aériens intensifs et d’obus tirés à bout portant par les chars soviétique entrant en masse dans la capitale agonisante du Grand Reich hallucinée plus qu’imaginée par le Führer offre peut-être actuellement plus de joie de vivre, de confort et de sécurité à ceux et celles qui se déplacent difficilement par transports public en grève dans une capitale française polluée, minée par les grèves de transports, les difficultés financières, commerciales et de trafic.

Une critique cinglante

C’est dans ces conditions et sans doute vexé par l’abandon de la lauréate littéraire qu’un député de la majorité critique cette attitude. D’après lui, la récipiendaire d’un prix littéraire reconnu et célébré en France l’obligerait moralement à s’adonner aux louanges du pays d’accueil dont la langue a servi de mode d’expression pour mériter le prix attribué. Dans ces conditions, on doit parler plus de reconnaissance, d’honneurs reçus et de remerciements que de formulation de critiques envers une culture qui aurait tout donné à une jeune auteure et lui aurait fourni les moyens d’acquérir la gloire. C’est dans ces conditions que le représentant de la nation en question, dans une question écrite transmise au ministère de la Culture la semaine dernière, réagit violemment à un entretien publié par Les Inrockuptibles au mois d’août et en appelle au « devoir de réserve dû aux lauréats du prix Goncourt » : « Monsieur Eric Raoult attire l’attention de M. le ministre de la Culture et de la Communication sur le devoir de réserve, dû aux lauréats du Prix Goncourt."

Un grand prix littéraire

En effet, écrit-il, ce prix qui est le prix littéraire français le plus prestigieux est regardé en France, mais aussi dans le monde, par de nombreux auteurs et amateurs de la littérature française. A ce titre, le message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l’image de notre pays. » Les prises de position de Marie Ndiaye, prix Goncourt 2009, qui explique dans une interview parue dans la presse, qu’elle trouve la France actuelle monstrueuse », avec des Ministres comme Besson, Hortefeux, et autres sont inacceptables. Ces propos d’une rare violence, sont peu respectueux voire insultants, à l’égard de ministres de la République et plus encore du chef de l’Etat. Il me semble que le droit d’expression, ne peut pas devenir un droit à l’insulte ou au règlement de compte personnel. Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions, et de respecter le rôle et le symbole qu’elle représente.

Devoir de réserve

C’est pourquoi, il me paraît utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d’une plus grande exemplarité et responsabilité. Il lui demande donc de lui indiquer sa position sur ce dossier, et ce qu’il compte entreprendre en la matière ? » Dans l’entretien, à la question « Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ? », l’écrivaine répondait « Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j’ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Pour moi, ces gens-là représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible."

Une intelligente Merkel

Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus. « Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c’est la mort.” » Corinne Raoult, épouse du député, explique avoir « découvert l’article sur le site de France Antilles » et prévenu son mari, qu’elle dit « très choqué » parce que « le prix Goncourt représente la France ». Est-ce que le fait ou le bonheur ou l’honneur de recevoir un prix littéraire réduit ou doit réduire nécessairement et automatiquement l’auteur au silence et justifier la confiscation du stylo ? Quand on évoque l’institution, de laquelle s’agit-il ? Même si elle avait été décorée de la Légion d’Honneur, aurait elle mérité le même opprobre ? Critiquer ne signifie pas nécessairement injurier, mépriser ou calomnier. Il est des critiques négatives comme il en est de positives.

Une critique radicale des politiciens d’antan

Preuve en est que l’actuel Président de la République a construit sa campagne électorale sur la critique radicale de l’état de la France telle qu’il l’a trouvée quand il est arrivé au pouvoir. C’est la justification de la longue série de réformes qu’il a proposées et conduites pour sortir son nouveau pays de l’ornière dans laquelle – d’après lui – l’auraient plongé ses prédécesseurs qu’ils fussent de droite ou de gauche. En ce cas, la critique devenait une manifestation positive, susceptible d’enrichir et de rénover pays et institutions plus que de l’amoindrir sinon de le détruire. Toute autre forme d’opinion, de d’accusation ou de blâme aurait profondément choqué les sentiments et l’âme des Français qui n’auraient jamais pu accepter un jugement négatif aussi durement exprimé envers un pays d’accueil comme il l’a été pour Marie N’Diaye, Prix Goncourt.

Le Comité National d’Éthique sous la sellette

Dans la perspective d’une critique excessive dans ses propos et dans son esprit, n’est-il pas plus difficile de donner son opinion ou de révéler sa pensée comme le fit autrefois Jean Yves Nau, Docteur en Médecine et journaliste au Monde lorsqu’il écrivait « L’Elysée entendrait réformer les structures et le périmètre d’activité du Comité d’éthique." On est en droit de craindre le pire, alors même que Jean-Yves Nau souligne que le “CCNE constitue un modèle pour une institution équivalente qui pourrait demain oeuvrer à l’échelon international et compléter utilement les premiers travaux conduits dans ce domaine par le Conseil de l’Europe, l’Union européenne ou l’Unesco”. Ne vérifie-t-on pas une fois de plus qu’il vaut mieux retourner plusieurs fois la langue dans sa bouche avant d’émettre une opinion et que si la critique est facile, l’art est difficile. Plus difficile qu’on ne croit ? ….

Questionnement éthique : :

1. Le terme de critique n’équivaut nullement à une remise en cause totale de ce qui a été élaboré. Pourquoi assiste-t-on à un acharnement aussi violent contre un livre de qualité et les opinions d’une auteure qui fait plus honneur à la France qu’elle n’en diminue les valeurs ?

2. Pour quelle raison ne pas respecter les opinions et les gouts d’un couple d’écrivains qui ont apprécié certains charmes de la capitale allemande par comparaison avec les déceptions qu’il a éprouvé en France ?

3. Peut-on comparer les critiques émises ouvertement et publiquement par ce même couple contre la France aux phrases négatives prononcées par M. Sarkozy à l’encontre de ses prédécesseurs à la Présidence de la République et auxquelles il doit au moins partiellement l’opportunité de présenter sa candidature à leur succession ?

4. Si l’on se met à nier l’existence et la formulation de critiques, comment apprécier des oeuvres comme "Critique de la raison pure", "de la raison pratique", "du jugement esthétique" dont la réputation et les messages délivrés gardent depuis des siècles une portée universelle ?