Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > Croyances, certitudes, suppositions ou foi ?

Croyances, certitudes, suppositions ou foi ?

dimanche 24 février 2013, par Picospin

. Parmi les nombreuses choses auxquelles les gens croient habituellement, certaines seulement sont mises en évidence ou considérées comme prioritaires. La croyance n’implique ni une certaine incertitude, ni n’oblige à mobiliser l’esprit pour l’engager dans une réflexion approfondie ou étendue. La plupart des sujets auxquels nous croyons sont tout simplement d’une extrême banalité comme les faits d’avoir une tête, de vivre au 21è siècle ou de boire du café dans une tasse adaptée à cet usage.

Dualisme ?

C’est à ce carrefour que se pose la question de la dualité du corps et de l’esprit qui à son tour interroge sur le fait de se demander comment un organisme purement physique est susceptible d’élaborer des croyances. Une bonne partie de l’épistémologie tourne autour de des questions concernant le moment et la manière dont les croyances sont justifiées ou justifiables. Les philosophes ont tendance à caractériser la croyance en tant qu’attitude propositionnelle, comme le fait d’énoncer que la neige est blanche, que cette dernière soit exprimée en allemand ou en anglais. L’attitude propositionnelle relève de l’état mental qui consiste à adopter une attitude, une position, une opinion au sujet d’une proposition ou la potentialité d’affaires dans lesquelles cette proposition s’avère vraie comme ce pourrait être le cas dans l’exemple suivant : Ahmed, (le sujet) espère (attitude) que Alpha Centauri abrite une vie intelligente (proposition), ou bien Yifeng (le sujet) doute (attitude) que la ville de New York existera dans 400 ans. Ce qu’une personne met en doute ou espère, une autre peut la craindre, la croire, la désirer ou avoir l’intention de l’accomplir, toutes attitudes dirigées vers la même proposition. Quand on prend connaissance d’un fait nouveau, on acquiert une nouvelle croyance qui est transformée en représentation, symbole ou marqueur d’un fait pouvant être stocké dans la mémoire puis accessible ou rappelée si besoin. On pense que les croyances jouent un rôle de cause à effet dans l’élaboration d’une conviction ou d’une foi.

Représentations mentales

Dans la théorie des représentations mentales des croyances, des divergences peuvent se faire jour selon le mode de conception de leur nature sans que soit mise en doute la croyance. Des polémiques naissent des différences constatées entre une représentation linguistique et la représentation cartographique d’une structure. En général, les plans auront tendance à accentuer le niveau des croyances dans leur composition et leur structure alors qu’une vision de type linguistique, donc descriptive, aura l’effet inverse, celui d’une atténuation de la précision et de la force de cette représentation. Est-ce pour cette raisons que dans nos sociétés modernes, l’image prend souvent, sinon toujours le pas sur le mot d’où le succès sans cesse démenti de la représentation visuelle sur celle de la littérature, comme on peut le constater au cinéma, à la télévision ou encore dans les jeux vidéo. Les représentations offertes par les techniques figuratives comme les cartes géographiques combinent des éléments picturaux avec des motifs plus symboliques comme les couleurs pour représenter l’altitude, que nous interprétons le plus souvent comme d’essence linguistique. Dans le premier cas, toute modification d’une des représentations entraine la croyance en d’autres changements sans que cette dernière entraine la moindre difficulté dans son exécution. On peut éprouver plus de difficultés à s’adapter aux représentations de type cartographique que dans celles qui se réfèrent à une description qui fait appel au langage. On insiste aussi sur l’extrapolation réalisée à l’occasion de la rencontre avec tout individu faisant partie d’une classe d’êtres dotés de toutes les facultés et représentations propres aux êtres que nous connaissons.

Quelle catégorie ?

C’est ainsi que tout individu, même inconnu jusqu’alors, est supposé doté des organes, des capacités, des moyens de réflexion et communication propres aux êtres que nous avons l’habitude de fréquenter. Dans cette perspective, toute apparition, même mystérieuse, est supposée disposer des organes nécessaires aux comportements, pensées, réflexions et réactions propres à la majorité de leurs semblables. Ce qui est primordial dans cette opération réflexive c’est de penser, de croire que le type de comportement adopté par cet individu sera en tous points conforme à ce que l’on croit possible de la part de quelqu’un déjà rangé dans une classe, ou une catégorie d’êtres. La limite à cette manière de considérer l’autre est atteinte par la tendance à réduire la croyance en faits à partir des observations réalisées sur les comportements sans autre référence à d’autres croyances ou à la possibilité qu’existent chez le sujet observé des désirs, des sentiments, d’autres croyances différents de ceux supposés pour réaliser dans l’esprit de l’observateur une cohérence de comportement. Ne convient-il pas de tenir compte dans ces prévisions, ces schémas construits sur les relations supposées entre les connexions des croyances avec les comportements, du laxisme avec lequel cet imaginaire travaille ?

Simplifications

C’est la raison pour laquelle on tend à simplifier ou au contraire à surcharger les conditions de survenue des prémisses avant la survenue de leurs conséquences. On peut se tourner, pour établir des suppositions, prédictions ou anticipations, vers les lois de la physique, la connaissance du bon fonctionnement des systèmes ou encore les prévisions déduites des qualités et défauts attribués à la personne dont on cherche à deviner le comportement dans telle ou telle situation donnée. Est-ce de cette manière que la plupart des humains entrevoient les choix de Dieu ou des dieux plus souvent dans des situations dramatiques que dans des contextes favorables, autrement dit dans des moments de cris comme la proximité de la mort ou l’évitement de la souffrance. C’est dans des circonstances de ce type que des philosophes comme Hans Jonas se sont demandé si l’on pouvait continuer à croire en un Dieu de bonté, de pardon et de compassion après les évènements survenus à Auschwitz au cours de la Shoah. La question serait de déterminer quelle a été pour la plupart des déportés dans ce camp de la mort la vision de leur mort imminente en toute connaissance de cause, à moins que cette circonstance particulière les ait empêchés mentalement, à titre préventif, de toute élaboration d’une pensée objective sur leur situation et les circonstances de sa survenue, face à un bourreau sans pitié, sans humanité et dépourvu de la moindre empathie. Inutile d’insister sur le fait que la conjoncture totalement opposée entre le premier et le second exemple permet aux victimes de faire confiance en cette dernière par rapport à la cruauté de la première.

Promenade dans les circuits de la mémoire

Progressivement, sans coup férir, les « psychologues empiriques » nous conduisent sur les circuits de la mémoire en nous offrant la possibilité et les moyens de distinguer la mémoire explicite de l’implicite et de la même manière d’opérer la même distinction entre ce qui est implicite de ce qui ne l’est pas. La mémoire explicite implique le souvenir conscient de renseignements présentés, acquis précédemment, alors que la mémoire implicite fait allusion à la facilitation d’une tâche ou à une amélioration des performances, non liées à l’exposition au sujet d’informations, de données préalablement rappelées ou mises à jour. Un savoir implicite peut avoir été ainsi stocké de façon explicite. Faut-il établir un subtil distinguo entre la notion d’approbation et de croyance dans la mesure où la première ressortit à un contrôle volontaire de la part du sujet, contrairement à la seconde qui serait plus directement et plus étroitement liée à une action pratique. Un chercheur placé devant une évidence susceptible de soutenir une théorie reconnue pour ne pas apporter une conclusion décisive peut parfaitement envisager de d’accepter la théorie ou de la rejeter sans que pour autant il se prive ultérieurement, en d’autres occasions, de la remettre en question, de la réexaminer au cas où une autre donnée apparaitrait quelque part dans l’horizon scientifique.

Savoir et croyance

C’est à ce point que surgit la relation entre savoir et croyance du point de vue d’une connaissance spécifique qui permette de savoir comment s’y prendre pour faire quelque chose et quelle réponse donner à une proposition comme celle d’affirmer que Paris est la capitale de la France. Au chapitre des propositions, ne faut-il pas tenter d’analyser les contenus de toutes celles qui murissent dans la conscience de l’enfant et se modifient à mesure que cette dernière prend forme, se développe, se cristallise autour de thèmes de plus en plus élaborés et diversifiés d’où de multiples versions peuvent être progressivement exclues pour atteindre une définition de plus en plus précise, appropriée sinon propice à l’élaboration du concept le plus riche et le mieux adapté à la situation désirée. Est-ce que pour autant cette vision des multiples versions permet ou non d’acquérir une vue de l’esprit plus tournée vers l’holisme est une question que de nombreux philosophes se sont posé et on résolu par la négative. Si l’on admet que les croyances ou les représentations qui les sous-tendent sont des symboles emmagasinés comme le seraient des phrases écrites au tableau noir ou des objets entassés dans une boite, il est naturel de supposer que ces convictions ont une existence propre, indépendante l’une de l’autre. Pour prendre un autre exemple concernant la réalité et la valeur d’une croyance, considérons ce qui se passe à propos des représentations attribuées à la notion ou à la croyance de l’existence de l’équateur. Évidemment, cette notion ne saurait être représentée par une bande rouge parcourant l’état du Congo.

Où est l’équateur ?

Assurément, affirmer qu’un état est situé sur l’équateur exprime une vérité sur sa position réelle par rapport à d’autres états et sur l’itinéraire qu’il parcourt autour du globe. Si l’on pose la question de savoir si les croyances sont réelles, on peut répondre non dans le sens de représentations stockées quelque part dans l’esprit mais oui dans le sens qu’attribuer une croyance à quelqu’un équivaut à affirmer une vérité à son sujet dans la mesure où il s’agit de définir, suggérer un type de comportement, d’attitude, de réaction de sa part vis-à-vis d’une proposition de pensée, de réflexion, de questionnement. Encore, dans une telle situation, vaut-il mieux supposer que les références impliquées sont situées au bon endroit dans la phrase, en occupant une position transparente qui autorise son libre remplacement par une autre facilement remplaçable par une autre sans que cette dernière modifie la vérité de la phrase proposée. Le degré de croyance ou d’adhésion à une proposition est facile à mesurer si l’on s’en tient au fameux pari de Pascal qui fait dépendre l’intensité de sa croyance des enjeux qu’elle comporte comme c’est le cas lorsque l’on parie sur l’existence ou non de Dieu. Il est plus « rentable » de parier sur Dieu et ses promesses d’éternité, de bonheur et de bienêtre que sur la misérable condition humaine, en raison de l’écart, de la disproportion existant entre les « bénéfices » engendrés en cas de vérité, de véracité de la première proposition et ceux espérés de la réalisation de la seconde.

Approche holistique

A titre d’exemple, l’approche holistique de la vérité trouve sa justifications dans l’argument selon lequel la couleur et la composition du sang ont subi peu de changements entre l’époque à laquelle a vécu Shakespeare et la nôtre ce qui permet d’accréditer une certaine similitude de croyance entre nos conceptions. D’après quelques penseurs, les croyances ne sauraient s’appliquer que pour des êtres dotés d’un langage qui, seuls sont aptes à concevoir des réalités, des vérités telles qu’un chien apercevant un écureuil dans les arbres n’est pas censé savoir que ce dernier se trouve réellement dans la branche d’un arbre et que cet abri provisoire pour un écureuil est pourvu de feuilles, que cet objet de connaissance est incorporé dans un riche réseau d’autres croyances ou connaissances comportant des contenus spécifiques qu’un chien n’est pas censé connaître parce qu’il manque d’une vie cognitive suffisamment complexe pour se baser sur un tel réseau. L’accord n’est pas unanime pour permettre la fondation d’une telle approche.

A quoi pense un chien ?

Un chien peut parfaitement disposer d’une compréhension suffisante, d’une vision assez large, d’une cognition, d’un entendement assez étendus pour rivaliser avec ceux que l’humain peut avoir au sujet des objets sur lesquels nous avons ou semblons avoir des croyances. C’est ainsi qu’un individu ne disposant que de notions élémentaires sur le bore peut parfaitement croire que ce produit est un élément chimique sans connaître d’autres détails que celui, basique qu’il s’agit d’un fait. Comme nous ne disposons d’aucun langage pour traduire une conception « canine », notre croyance dans l’acception des chiens ne saurait qu’être approximative ce qui ressemble fort aux acceptions des croyances pour les autres êtres humains possiblement aussi grossières, imprécises, voire rudimentaires. Ces considérations incitent à dénier la croyance du spectre général de cet attribut aux créatures dépourvues de langage. Qu’en est-il prières, conversations, dialogues avec Dieu, ses Saints et autres représentations eschatologiques ?

Messages