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Culpabilités des nations

jeudi 18 octobre 2012, par Picospin

Ces questions se sont posé avec une acuité d’autant plus vive au cours des années passées que ces dernières ont été saturées d’actions collectives moins pour aider et soutenir, pour aimer et protéger que pour haïr, exclure et tuer. Ces manifestations d’une humanité dont la moralité est difficile à qualifier se sont produites sous les auspices des grandes idéologies des 2 derniers siècles au cours desquelles on a vu se lever ex nihilo, mais aussi et surtout sous l’influence de prêcheurs aguerris et convaincus des hommes qui se croyaient envoyés par les dieux pout établir sur la terre ou une de ses parcelles des royaumes capables de faire régner et de diffuser le bien au détriment d’un mal indispensable d’autant plus qu’il se voulait rédempteur et propre au sacrifice.

Responsabilité politique

La 2è guerre mondiale a donné l’occasion aux juges, critiques, historiens et philosophes l’occasion de vilipender les agissements des états autoritaires, ceux placés sous l’autorité, la dictature, le pouvoir illimité d’un unique homme de pouvoir auquel il a accédé plus par des coups de force que par une accession démocratique à la responsabilité politique. De ce fait, il incarnait à lui seul l’image d’un guide, d’un conducteur, d’un meneur ce qui simplifiait les jugements qu’on portait sur lui puisque sa responsabilité des actes, de décisions, de la conduite de l’état était unique alors que celle de ses collaborateurs était multiple. Un telle vision, apparemment simpliste mais non dépourvue d’une certaine réalité permettait de classer, de catégoriser, de condamner des hommes qui avaient perdu leur statut d’être humain pour endosser les habits de militaires endimanchés, de policiers transformés en images d’Épinal ou de pantins ridicules pareils à ceux que l’on présente au guignol du Luxembourg.

Responsabilité humaniste et civique

De quelle sorte est donc la responsabilité de celui qui naît à ce moment-là, dans cette société-là, et qui a le comportement généralisé dans cette société ? Et de quelle sorte est la responsabilité de la société qui s’est comportée, dans la situation historique précise où elle était, de la manière dont elle s’est comportée ? Quelle conscience morale appeler qui ne soit ni celle de l’ange ni celle de la bête, encore moins celle du diable même si ce dernier parvient à se faufiler trop souvent dans l’espace étroit qui sépare les affaires des hommes ? Doit-on et peut-on traduire en termes politiques les discours intimes, voire amoureux qui préparent les fusions, les séparations, les transformations d’amours en haine sinon l’inverse ? Prendre conseil auprès de Goethe, est-ce la solution ou du moins une anticipation qui permet de se préparer au meilleur comme au pire pour éviter que des situations critiques ne se transforment en désastres, en catastrophes ou au contraire en illuminations porteuses d’espérances ? La rencontre d’autrui est toujours aventureuse, riche en surprise en bien comme en mal.

Goethe et Spinoza

Comme disait Spinoza « il n’y a pas de bien ou de mal absolus, il n’y a que du bon et du mauvais relatifs aux êtres et aux ensembles qu’ils composent. » « Dans les relations intersubjectives, il n’y a pas de risque nul et connaître les risques ne permet pas de s’en garantir car l’homme est un mystère à lui-même et aux autres » ajoute Spinoza qui sait, pour l’avoir expérimenté de quoi il parle. L’homme est imprévisible dans son évolution ; il n’a pas d’identité définitive, stable. Tout est affaire de rencontre, d’occasion. Il n’y a pas d’identité mais des dispositions multiples favorisées par telle ou telle rencontre. Ces renversements sont monnaie courante dans le domaine de la politique où les alliances sont davantage dictées par les nécessités de l’heure que par des affections subites, parfois longtemps retenues ou sublimées comme le dirait Freud. Celui qui croyait aimer tendrement apprend avec la rencontre d’un nouvel amour qu’il n’avait encore jamais aimé d’amour. Est-ce une illusion rétrospective ? Doit-on dire que la nouvelle relation ternit la valeur de l’ancienne ? Goethe est plus subtil : nous changeons ; l’autre est facteur d’éclosion en nous d’une nouvelle personnalité avec de nouvelles aspirations ; c’est pour cela que nous avons l’impression d’aimer alors pour la première fois.

Le privé et le public des sentiments

Ces règles exprimées du bout des lèvres et promptes à embrasser dans l’action de l’étreinte, s’appliquent-elles au domaine des relations entre nations lorsque le moindre événement, la plus petite ébauche de mouvement est capable de renverser la plus solide des alliances dans l’intention d’achèvement de laquelle s’engouffrent les intérêts des individus et des masses, les invitations, les injonctions ou au contraire les encouragements aux refus. « Chacun, en agissant, pose des valeurs et en ce sens n’est plus seulement responsable de lui mais de l’humanité toute entière puisqu’il affirme ces valeurs comme exemplaires », dit Sartre qui poursuit : « L’homme n’est donc pas seulement responsable de sa stricte individualité mais de tous les autres » (justement parce qu’il n’y a pas de nature humaine a priori et que l’humanité n’est rien d’autre que ce que les hommes actualisent par leur choix.) Dans cet exercice de style, Sartre se comporte comme un artiste, un acrobate de la pensée, un gestionnaire de l’humain aux opinions et décisions duquel il est d’autant plus laborieux de répondre que les réponses sont polysémiques avant de devenir décisives tant est complexe et nuancée la donnée du problème à résoudre et encore plus le choix de la responsabilité, le sens du dénouement et l’impact de la moralité sur les consciences.

Quel conseiller choisir ?

Pour ces raisons, le choix du conseiller devient crucial si l’on en croit son influence sur la décision finale à moins d’en confier l’exécution à une multitude d’avis qui protègent contre les aléas des degrés d’implication et plus tard les vicissitudes de la culpabilité. Dans le cas particulier de l’accompagnant des mourants, ce choix interviendrait s’il ne s’agissait dans cette situation de l’extrême d’un intervenant déjà désigné pour ce rôle plus que laissé à la libre sélection de l’impétrant. On peut se demander en toute honnêteté si la fabrication des assemblées démocratiques, les votes, le recueil d’opinions diverses, voire divergentes ne remplit le rôle de dispensateur des pardons, de détenteur du pouvoir d’absolution, seuls personnages d’attache au divin capables de blanchir la noirceur de la honte et de ce fait de permettre aux pèlerins de poursuivre leur chemin de croix vers l’expiation à moindres frais.

Catharsis

Est-elle pour autant purifiée par les acquittements obtenus sous le prétexte de la faute au destin, des autres et la pression de l’histoire qui inflige à l’homme la venue au monde et la réalisation d’une existence à accomplir sous une situation historique et sociale particulière qu’il ne choisit pas mais à laquelle il choisit de donner un sens en fonction des projets établis pour s’en accommoder autant qu’à la maitriser pour la transformer ? Cette obligation « d’être au monde » en a perturbé plus d’un…