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Contradictions

D’un prix d’éthique à une invitation qui l’est moins ?

Voyages dans l’éthique

mardi 17 mars 2009, par Picospin

Il semble que cette dévotion ait pris fin brusquement sans qu’on en connaisse bien les causes mais dont l’une d’entre elles consisterait en enlèvement, séquestration et tentative d’assassinat.

Récipiendaire du Prix d’Ethique

Il semble en tout cas qu’il ait été à un moment donné proche des deux jeunes gens qui avaient été poursuivis par la police, événement qui avait été à l’origine des émeutes d’octobre 2005. Cofondateur de l’association "Au-delà des mots", créée pour porter la mémoire de Zyed et Bouna, il est l’auteur de « J’ai mal à ma France, témoignage d’un grand frère » (Chronique sociale, avril 2007) et le dernier lauréat du prix de l’Ethique organisé par le magazine "la Lettre du Cadre Territorial" et décerné par un jury présidé par l’académicienne Simone Veil. Né au Sénégal, Amad Ly avait rejoint la France à l’âge de 3 ans pour passer sa jeunesse à la cité des Bosquets de Montfermeil. Depuis deux ans, il travaillait à Clichy-sous-Bois auprès de jeunes en échec scolaire dans le cadre des programmes de réussite éducative. Une polémique se lève à propos de l’apparente contradiction entre le premier épisode et ceux qui ont suivi plus récemment. Comment échapper à cette réflexion sur la charge présidentielle après les péripéties mexicaines du récent voyage au Mexique du président de la République et de son épouse ? « Je les prétends », écrit le journaliste du Figaro « en dépit de leur caractère apparemment futile dans l’immensité des problèmes du monde et de la crise française, préoccupantes et révélatrices d’un comportement qui semble avoir mis de côté le souci des apparences : une exigence à inscrire pourtant au fronton de la démocratie au quotidien. » Il continue sur sa lancée à évoquer l’affaire Pérol qui montrerait, d’après lui, avec quelle désinvolture la République considère l’état de droit comme un empêcheur d’agir selon ses propres intérêts qui pourraient être confondus avec ceux de la France. L’épisode mexicain conduit à une interrogation sur le rapport que le Président entretient avec le concept de pompe républicaine. Certes, le Président est une personne mais la personne du Président, durant tout son mandat, est condamnée à demeurer étrangère à tout ce qui serait de nature à obscurcir la puissance et la légitimité du vote, qui, un jour, l’a porté au pinacle. Il n’y a jamais de repos ni de rémission pour la majesté en mouvement. Ou, alors, on ne s’engage pas dans une voie où une forme d’austérité et de rigueur est indissociable du pouvoir qui a été dévolu et dont on a évidemment accepté les contraintes consubstantielles à la qualité de son exercice.

Début d’une polémique

Bref, cette polémique est tout sauf « imbécile » comme le dit un villepiniste de l’UMP. Ce propos, montre à quel point la classe politique, dont Tron est un acteur très présent, ne comprend rien à l’intégrité et à la nouveauté radicale qu’elle représenterait aujourd’hui. Nicolas Sarkozy et son épouse ont passé les nuits du 6 et 7 mars dans un superbe complexe hôtelier, géré par le beau-fils d’un milliardaire mexicain à la réputation que d’aucuns qualifient de sulfureuse, ami du président Felipe Calderon. Il semblerait que les frais de ce séjour se soient élevés, sécurité comprise, à la somme non négligeable de 50 000 euros avec un dîner officiel offert par le Président Calderon et auquel assistait Roberto Hernandez Ramirez. (Le Parisien, Marianne 2, le site du Nouvel Obs, Le Monde). Les questions qu’on se pose concernent le règlement des frais du séjour privé ? Au fil des informations contradictoires, sous la pression notamment d’un opposant socialiste mexicain qui a exigé des informations des services de la Présidence, on peut tenir pour acquis aujourd’hui que le chef de l’État mexicain n’a rien déboursé mais que des « entrepreneurs » ont réglé les dépenses personnelles du couple présidentiel. Qui peut dénier à Nicolas Sarkozy le droit de prendre deux jours de repos, même dans un cadre somptueux et somptuaire ? Certes, on peut préférer le goût du confort, qui est bien élevé, à l’obsession du luxe, qui est vulgaire. Mais au prétexte que la crise existe et qu’elle mord la plupart des situations familiales et professionnelles, ce serait vraiment trop exiger du chef de l’État qu’un ascétisme à la hauteur de ce que beaucoup de citoyens ont à affronter dans leur vie. Ce qui frappe et sur quoi, à mon sens, on n’a pas assez insisté, ce sont moins les modalités du paiement par un autre des frais d’un séjour purement privé que le fait incontestable que le couple présidentiel n’a pas jugé bon de régler lui-même les dépenses afférentes à son escapade intime de deux jours. C’est cette abstention qui ne laisse pas d’ étonner, pour ne pas dire plus. Comment se fait-il que le couple, avec un partage aussi clairement établi entre le privé et le public, n’ait pas choisi l’attitude qui allait de soi, prendre en charge lui-même ce qui relevait de la phase festive ?

Confusion entre public et privé ?

Le président de la République, pour des raisons légitimes, a fait fortement revaloriser le salaire de l’occupant de l’Elysée et son épouse, c’est de notoriété publique, jouit de revenus considérables. Rien n’empêchait que Nicolas Sarkozy, dans un pays étranger où son comportement personnel aussi bien que officiel importait à la France, assumât ce qui lui incombait de fait. Qu’il me soit permis de rappeler l’honnêteté proverbiale du général de Gaulle qui, à l’Elysée, prenait à sa charge les goûters de ses petits-enfants et séparait soigneusement ce qui se rapportait à sa consommation personnelle et ce qui concernait les frais liés à la gestion de l’Etat. Cet exemple me paraît d’autant plus éclairant qu’il est révélateur de la nécessité de la morale comme facteur d’unité d’un pays et pour favoriser une admiration collective. Il l’est d’autant plus qu’on ne cesse pas, sur un plan politique, de faire référence au gaullisme, pour s’en inspirer ou s’en détacher. La récente décision présidentielle sur notre retour dans le commandement militaire intégré de l’OTAN en constitue une parfaite illustration. Pourquoi le gaullisme n’est-il invoqué que sur le plan international et pratiquement jamais pour la pratique de l’Etat et les comportements personnels ? Pourquoi le statufier comme visionnaire et oublier l’homme respectueux de la morale au quotidien, en France ou ailleurs ? Imagine-t-on le Général, s’il avait eu l’idée si peu accordée à son tempérament d’un séjour privé au Mexique quand il y a été accueilli triomphalement, se « faire inviter » par je ne sais quel entrepreneur ? Pourtant, l’absolue modernité de de Gaulle réside moins dans ses leçons politiques, puisque la principale était précisément de s’adapter à la force des choses et au fil du temps, que dans sa volonté d’incarner de manière exemplaire la France où qu’il se trouve et quelque position qu’il ait. Il manifestait une intuition, une conscience infiniment sensibles à l’image qu’il donnait, à l’allure qu’il avait et ce, moins pour lui que pour inspirer un superbe orgueil à ses compatriotes. Comme j’aurais aimé que Nicolas Sarkozy ne soit pas aussi étranger qu’il l’est, dans beaucoup des séquences dont il est le protagoniste, au net, au limpide, au transparent, à l’irréfutable ! Pourquoi, pour des moments aussi faciles à gérer que ce séjour intime au Mexique, tant de trouble et de controverses ? Pourquoi toujours rendre douteux ce qui aurait mérité d’être vécu comme une parenthèse insoupçonnable ? J’en reviens à ce culte des apparences trop dédaigné par le président.

Obligations ?

Celui-ci ne pressent-il pas que mon « citoyen inconnu » peut se sentir humilié parce que « son » président se laisse ainsi « traiter » au Mexique ? La France est-elle à ce point misérable et chiche que son président, pourvu d’une belle aisance, et son épouse privilégiée soient obligés de se laisser convier à l’étranger par des tiers qui certes doivent en être flattés... Le président nous emporte à la semelle de ses souliers et tout ce qui est de nature à affecter sa dignité nous affecte. Certes, ce n’est pas, comme on dit, l’affaire du siècle mais cela va bien au-delà de la querelle et de l’identité du généreux mécène. Il est question de la démocratie, de fierté, de confiance, de rapports au président. Contrairement à ce que ce temps laisse trop souvent entendre, la clé du succès réside dans un retour à une morale pointilliste et globale, dans les petites choses comme dans les grands moments, dans la vie la plus simple comme dans l’appareil de l’état, contre le délitement, avec l’éthique comme colonne vertébrale, la morale comme coeur d’un monde qui semble l’avoir oubliée. Le Président sait pourtant qu’avec lui, la France est partout, et nous avec elle. Même - et sans doute surtout - au Mexique. Me permettrai-je, pour équilibrer le débat de soumettre une réflexion en forme d’interrogation à ce débat ? Le fait que le Général se soit acquitté de ses dettes vis à vis d’une note d’hôtel ou de restaurant ne permet en aucune façon de lui accorder un blanc seing pour tous les actes de sa vie, surtout ceux qui ont trait aux gestes, conduites ou décisions prises en tant que chef de l’État et représentant officiel de la France. Son comportement dans certaines circonstances suggère seulement qu’il a montré lors de ces occasions une conduite irréprochable. Cette dernière n’offre en aucune façon une garantie pour toutes les décisions prises dans un cadre politique ou toute autre circonstance impliquant l’état qu’il dirigeait et représentait.

Ces questions seront débattues dès demain matin lorsque le soleil se levant, nos esprits seront éclairés par des lumières qu’on espère claires, perspicaces et détachées sur un fond sans ombres.

Interrogations :

1. Était-il judicieux de notre part de rapprocher deux évènements fort distincts dans leurs manifestations mais dont le rapprochement est susceptible d’éclairer des comportements, qui, isolés, ne livrent guère la totalité de leur signifiant ?

2. Pourquoi a-t-on eu si peu de détails sur l’attribution de ce prix d’éthique et sur sa signification officielle et cachée à la fois ?

3. Est-ce que l’on est en droit de classer l’article du Figaro dans la catégorie réflexive ou polémiste, hypothèse vraisemblable si l’on prend la peine d’en analyser le style et la forme ?

4. Est-ce que la comparaison entre le Président actuel de la République et son illustre prédécesseur lointain est à la fois justifiée et judicieuse ?

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