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Une rétention

Dati, la responsabilité et l’assassin

Folie, simulation et raison

mardi 5 août 2008, par Picospin

Les suspects ont reconnu leur présence dans le secteur du drame au moment où le corps de Valentin a été retrouvé gisant à côté de son vélo, lardé de 44 coups de couteau et présentant 11 autres blessures de défense. L’auteur s’est lui-même blessé avec son arme blanche puisqu’il a une main entaillée, ce qui expliquerait la présence de son sang sur la porte de la salle paroissiale de la commune voisine de Saint-Sorlin, où le couple a trouvé refuge la nuit du meurtre. Certains témoignages confirment la présence du routard à Lagnieu, juste avant la découverte des faits.

Une silhouette suspecte

Une silhouette d’homme prenant la fuite en un bermuda semblable à celui que porte le suspect a été aperçue. La présence de sa compagne Noëlla Hego demeure plus fantomatique. Tenant des propos incohérents faisant douter de son équilibre mental, le couple ne cesse de déconcerter. Son comportement suscite bien des questions d’autant plus qu’il était inconnu jusqu’alors par les services de police dont on se souvient qu’ils n’ont pas réussi à trouver dans leurs fichiers les empreintes ADN de l’éventuel meurtrier qui pourtant a laissé des traces de sang faciles à recueillir. Jusqu’alors inconnus de la justice, ces routards sillonnent depuis des années chemins vicinaux et routes départementales de France en allant de paroisse en paroisse et de cure en cure. Ils affirment être les héritiers d’une riche famille australienne susceptible d’envoyer des dons pour édifier des presbytères ou des oratoires en échange du gîte et du couvert dans les lieux de culte. La compagne du possible meurtrier se fait appeler « princesse divine » ou son « Éminence ». Elle est accompagnée par son chat noir qu’elle tient au bout d’une ficelle. Moitoiret se déclare « secrétaire de Sa Majesté » ou « Roi d’Australie ». Il aurait à accomplir une « mission céleste » et à régler de sombres conflits entre les peuples de l’Humanité. Le couple mystique, uni il y a vingt ans, - sans savoir comment ni par quels liens - aurait une fille aujourd’hui majeure placée à la DDASS. Avant de tailler la route avec sa « princesse divine », ex-comptable originaire de Cambrai, Stéphane Moitoiret, traumatisé par le décès récent de son père, aurait tenté à un moment donné de devenir pâtissier. Les détails de cette histoire doivent être vérifiés par les enquêteurs qui explorent son passé encore émaillé de zones d’ombre. « Le profil de ce marginal est intéressant (pour le enquêteurs de la police) au point qu’il faut confronter les circonstances du crime de Lagnieu avec tous les homicides à blessures multiples commises à l’arme blanche, la nuit, sur la voie publique, et non élucidés depuis dix ans », confie patron de la police judiciaire de la gendarmerie.

Des fichiers très actifs

Les fichiers de la gendarmerie et le logiciel de croisement des dossiers criminels tournent à plein régime pour déterminer si Moitoiret pourrait être un nouveau tueur en série. Quelques heures avant que Valentin ne fut tué, Moitoiret avait évoqué à un témoin effrayé par son récit une « liste noire des gendarmeries où il y a le plus de problèmes ». Un meurtre d’enfant dans des conditions innommables au cœur de l’été, des suspects en fuite et, peut-être une première application de la loi Dati à venir, sur l’irresponsabilité pénale constituent des circonstance propres à attiser l’intérêt des foules en raison de l’exceptionnelle sauvagerie de l’assassinat et de la peur, sinon de la panique qu’il risque de créer au sein des populations éventuellement menacées . C’est cette séquence exceptionnelle qui a pu aiguiser l’attention de la garde des Sceaux accourue sur les lieux du crime pour souligner l’horreur que lui inspirait ce meurtre et envisager les moyens de saisir ce cas pour en faire une procédure exemplaire, sans doute inaugurale, propre à permettre l’application de sa loi sur la rétention des condamnés. Durant une semaine, « j’ai assuré l’information permanente de mon ministre, témoigne le procureur général de Lyon. Pas une heure ne s’est écoulée sans que j’informe la Direction des affaires criminelles et des grâces » du Ministère de la Justice.

Des données qui parlent

Cette course contre la montre n’avait pas comme seul but de s’informer au plus vite mais surtout de mettre en place un dispositif de prévention contre toute velléité de récidive de la part d’un possible criminel « Notre crainte était qu’ils puissent récidiver. Nous avons rapidement acquis la conviction qu’il s’agissait de psychopathes dangereux ». Dimanche, place Vendôme, les images de la marche silencieuse des habitants de Porcieu-Amblagnieu portant une banderole « Que Justice te soit rendue » ont à leur tour accentué la portée du fait divers. Rachida Dati a décidé de se rendre sur place car l’affaire avait pris une proportion exceptionnelle et pouvait correspondre à un volet de la loi sur l’irresponsabilité pénale. La Ministre de la Justice a souligné qu’il n’y aura aucune faiblesse. Même s’ils sont irresponsables, les supects ne seront pas relâchés sans une surveillance judiciaire stricte. » Si un état délirant se confirmait, l’auteur présumé du meurtre du jeune Valentin pourrait être justiciable de la loi du 25 février 2008 sur la rétention de sûreté et l’irresponsabilité pénale. Dans ce cas, après plusieurs expertises psychiatriques et dans plusieurs mois, il serait entendu par la chambre d’instruction en présence des parties civiles avant d’être placé d’office dans un hôpital spécialisé. Il deviendrait alors l’un des premiers criminels concernés par cette nouvelle disposition pénale et son cas serait observé par la Chancellerie au titre de la loi Dati sur la rétention de sûreté pour les irresponsables pénaux. Dans une affaire aussi grave qui déchaine les terreurs les plus archaïques, les réflexes les plus primitifs, il convient de garder la tête froide pour émettre un jugement objectif, si possible sans haine ni passion, malgré les pressions de l’opinion, des médias, du pouvoir politique et judiciaire dont le juridique est théoriquement indépendant. Comme les analyses ADN avaient « parlé » les informations sont ainsi ainsi passées en quelques minutes du laboratoire d’empreintes génétiques de Nantes au cabinet de la ministre en passant par les gendarmes, le procureur de Bourg-en-Bresse, le procureur général de Lyon et le directeur des affaires criminelles et des grâces. Cette course contre la montre n’avait pas comme seul but de s’informer au plus vite.

Des informations TGV

La crainte était qu’ils puissent récidiver. Nous avons rapidement acquis la conviction qu’il s’agissait de psychopathes dangereux », observe Jean-Olivier Viout. Dimanche, place Vendôme, les images de la marche silencieuse des habitants de Porcieu-Amblagnieu portant une banderole « Que Justice te soit rendue » ont à leur tour accentué la portée du fait divers. Rachida Dati a décidé de se rendre sur place car l’affaire avait pris une proportion exceptionnelle et pouvait correspondre à un volet de la loi sur l’irresponsabilité pénale. La Ministre de la Justice a souligné : « Nous n’aurons aucune faiblesse. Même s’ils sont irresponsables, ils ne seront pas relâchés sans surveillance judiciaire stricte. » Si son état délirant se confirmait l’auteur présumé du meurtre du jeune Valentin, pourrait être justiciable de la loi du 25 février 2008 sur la rétention de sûreté et l’irresponsabilité pénale. Dans ce cas, après plusieurs expertises psychiatriques et dans plusieurs mois, il serait entendu par la chambre de l’instruction en présence des parties civiles avant d’être placé d’office dans un hôpital spécialisé. Il deviendrait alors l’un des premiers criminels concernés par cette nouvelle disposition pénale et son cas serait observé par la Chancellerie au titre de la loi Dati sur la rétention de sûreté pour les irresponsables pénaux.

Des réaction discordantes et violentes

Quelles sont les réactions de la foule à ce crime ? "Que Dati puisse déjà évoquer la possible irresponsabilité du meurtrier présumé est une attitude totalement irresponsable de sa part. Une frasque de plus. MAM semble avoir plus les pieds sur terre. Il y a toujours des gens qui réclament à cor et à cri le rétablissement de la peine de mort, bien qu’il soit prouvé qu’elle n’ait aucun effet dissuasif, qu’elle coûte aussi cher qu’une longue peine de prison puisque les condamnés restent enfermés des années avant d’être exécutés et que le risque d’erreur judiciaire est également très important" dit une personne, et une autre d’ajouter : "les partisans de la peine de mort ne se rendent même pas compte de leur paradoxe." Une troisième explique : "la mort n’est pas a considérer comme une sanction du fait de son mystère, mais l’enfermement, oui. Il y a toujours des gens qui réclament à cor et à cri le rétablissement de la peine de mort, bien qu’il soit prouvé qu’elle n’ait aucun effet dissuasif, qu’elle coûte aussi cher qu’une longue peine de prison puisque les condamnés restent enfermés des années avant d’être exécutés et que le risque d’erreur judiciaire est également très important".

Questionnement éthique :

1. Les compte-rendus de journalistes ont insisté sur le caractère "marginal" des deux suspects qui ne sont pas encore reconnus coupables mais qui le seront sans doute incessamment. Doit-on, à ce stade respecter le droit à la différence qui, selon Rawls, appuyé par Kant, doit être aménagé au bénéfice des faibles, des défavorisés, des marginaux ou de ceux qui paraissent comme tels ? Voici évoquée la référence à Aristote et à l’éthique de Nicomaque qui s’efforce d’adapter les décrets et jugements aux circonstances particulières ? Toute la difficulté consiste à rester dans une fourchette de rationalité en gardant un jugement objectif, sans compassion excessive ni compréhension pour des faits qui sortent de la nature de l’homme et des choses.

2. N’est-il pas intéressant d’entendre les personnalités interrogées à l’occasion des affaires importantes qui impliquent la participation de l’état déclarer qu’il faut toujours attendre les résultats des enquêtes et surtout laisser la justice faire son travail avant de se prononcer sur une culpabilité, une responsabilité ou une complicité ?

3. Sans préjuger de ce qui sortira de ce dossier, des résultats de l’enquête et du jugement qui la suivra, n’est-il pas judicieux d’attendre la communication et la confrontation de toutes ces données avant de porter un jugement sur les personnes, leurs motivations, leurs dérives, les résultats des expertises psychiatriques et la responsabilité présumée de leurs actes ?

4. Les médias continuent de jouer un rôle - pas nécessairement négatif ou positif - dans la mesure où la confrontation des photographies montrant d’un côté celle d’un adorable petit garçon dont on dit le plus grand bien sur ses qualités morales et physiques, et de l’autre les images discutables des deux acteurs possibles de cet acte considéré comme "barbare" par la majorité des spécialistes, s’inscrit indiscutablement en faveur du premier et en défaveur des seconds. C’est bien à la justice qu’il appartiendra de discriminer le paraître de l’être et de dire la vérité si elle peut être démasquée.