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De Spinoza à Edgar Morin

En passant par le Mayflower et Darwin

vendredi 3 septembre 2010, par Picospin

La question est de déterminer si à l’époque de Spinoza l’esprit était seulement autorisé par la conscience à se priver de l’argument divin. Est-ce que le surmoi avait la possibilité de partir d’une négation de Dieu pour lui opposer ou l’étendre au résultat de la création plutôt qu’à la personnalité du créateur.

Disparition

Cette notion a progressivement disparu avec l’arrivée plus ou moins triomphale d’un darwinisme limité au biologique dont la notion continue d’alimenter le débat avec le créationnisme dont les méchantes langues ne cessent d’accuser les cerveaux embrumés des descendants sortis du Mayflower de défendre une cause perdue. N’y a-t-il pas une certaine confusion entre réel et spirituel comme si ces deux termes devaient s’opposer comme le Diable et le Bon Dieu ? A condition d’accepter que spirituel ne soit que l’adjectif de esprit ce qui n’oblige nullement à s’en débarrasser dans la poubelle de l’histoire à côté des déchets non recyclables dont la dénomination génère tant de fierté sinon d’orgueil de la part de tous ceux qui défendent une conception plus technique de la science parce qu’elle renvoie à plus de technique et moins de philosophie. Si l’on oppose à tout moment les choses de l’esprit à celles de la croyance qui pour certains confine naturellement à la foi, il est logique que la discussion soit rapidement récupérée par le religieux qui traite d’une matière, d’une réflexion, d’une idéologie d’un autre ordre.

La foi ?

Combien de fois a-t-on entendu dire que tel sujet appartient au domaine de la foi ce qui le fait immédiatement sortir du cocon de la raison pour le faire entrer dans le difficile et périlleux chemin de la recherche de la vérité, y compris par ceux qui sont prêts à abandonner l’itinéraire du premier pour enjamber la barrière qui mène à la seconde. La spiritualité ne se niche pas nécessairement dans les replis de la foi mais bien dans les choses de l’esprit ce qui nous permet de pousser un ouf de soulagement, à condition d’accepter que les êtres vivants, quelle que soit leur nature sont dotés d’un système de communication interne, d’un réseau de connections sur lesquelles ont continue de s’interroger et dont la complexité interviendrait, sans la déterminer, l’approche de la rationalité. Pour certains penseurs auxquels appartient aussi Edgar Morin, l’énigme du monde pour trouver la vérité, elle-même énigme, est un leurre qui ne laisse jamais découvrir sa part d’ombre.

Des forces opposées

Forces contraires qui ne cessent jamais de se battre comme chiffonniers, se tenant mutuellement en échec, elles tentent en alternance ou en opposition de phase à éclaircir le monde des lumières de l’esprit, spiritualité à laquelle il a été fait allusion auparavant. L’une cherche à expliquer rationnellement l’univers quand l’autre vise à garder intacte la part d’ombre de l’univers. Entrerait-elle dans le cadre de l’utilitarisme, que son existence ne serait guère menacée si on admet que la privation de vérité devient stimulation, que la disparition de l’énigme devient comme la connaissance portée à son absolu une autodestruction comme celle devant laquelle s’est trouvé l’homme dans les trop nombreux cas de suicide collectif que l’histoire lui a imposé.

Idolâtrie

Ne comptons pas trop sur la démarche illusoire de l’idolâtrie à la connaissance pour nous sortir du tohu-bohu de l’univers quand on sait que toute observation et toute mesure modifie le comportement physique du système global ainsi mesuré au sein duquel, à l’arrière ou devant, se trouvera toujours une face cachée, un point aveugle, des sons désagrégés en bruit empêchant d’en extraire la véritable mélodie au sein d’une orchestration inaudible, sinon incompréhensible. Quand enfin, le regard supplée l’ouïe, c’est pour considérer une vision cosmique du monde, une vision globale et synthétique faisant place au désordre entrevu puis confirmé par l’analyse microscopique d’une univers grouillant de hasard et d’imprévu.