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De Tocqueville à Walt Disney en passant par Hollywood

dimanche 1er janvier 2012, par Picospin

. Les critiques et commentateurs de ses œuvres insistent sur ses positions politiques conservatrices, son adhésion au capitalisme et les modèles sociologiques présentés aux petits et aux grands à travers l’illustration du comportement de la société américaine par ses nombreux dessins animés. Consciemment ou non, les studios Disney semblent diffuser un certain mode de vie et une certains mentalité, américains.

Consciemment ou non, les studios Disney semblent diffuser un certain mode de vie et une certains mentalité, américains. Les films qui seront abordés ici, sont les grands classiques Disney, qui ont été réalisés avant les années 1970, c’est-à-dire la période où c’est Walt Disney, le fondateur des studios éponymes, qui dirige la réalisation. Cette période, qui correspond à ce que l’économiste français Jean Fourastié a appelé les Trente Glorieuses (qui ont commencé dès les années 1930 aux Etats-Unis), est intéressante à étudier, car l’image que nous nous faisons des Etats-Unis vient principalement de cette période, car c’est après la guerre que l’American Way of life s’est exporté massivement vers l’Europe. Cette manière de vivre qui sera fortement remise en question par la conduite de la guerre du Vietnam, devra être protégée au moment des antagonismes avec les régimes communistes qui donneront lieu à la guerre froide, guerre idéologique, opposant indirectement entre 1947 et 1991 un bloc, dominé par les Etats-Unis, et un autre dominé par l’URSS. Aux Etats-Unis, cette guerre est marquée, surtout pendant les années 1950, par un anti-communisme aigu, dont le point d’orgue sera la chasse aux sorcières lancée par le sénateur McCarthy contre les communistes aux Etats-Unis. On pourrait voir dans les films Disney de l’époque la participation de Walt Disney au Maccarthysme. Le manichéisme présent chez Disney pourrait en être un exemple. En effet, dans ses films d’animation, les Gentils et les Méchants s’opposent, c’est le combat du Bien contre le Mal de la même manière que, du point de vue américain, les Etats-Unis étaient en lutte contre l’URSS et le Communisme. Un certain nombre de méchants chez Disney revêtent du rouge. Cette couleur que l’on associe traditionnellement au mal, prend une toute autre dimension dans le cadre de la Guerre Froide, lorsque l’on sait que le rouge est la couleur du Communisme, que l’on retrouve sur le drapeau soviétique notamment. Ainsi, Cruella d’Enfer dans Les 101 dalmatiens porte du rouge à lèvre et du vernis rouges, la Reine de Cœur dans Alice au Pays des Merveilles est vêtue de rouge, la pomme empoisonnée dans Blanche-Neige et les Sept Nains est une pomme rouge. Le personnage qui peut apparaître comme le plus significatif de ce point de vue est le Capitaine Crochet. Il porte un long manteau rouge avec un crochet à la place de la main gauche, qui peut rappeler la faucille, un des symboles du Communisme, que l’on retrouve sur le drapeau de l’URSS. On peut voir un certain attachement à la Démocratie, à travers la critique de la tyrannie, dans le personnage de la Reine de Cœur, dans Alice au Pays des Merveilles. En plus d’être vêtue de rouge, elle fait preuve d’un comportement que l’on peut qualifier de tyrannique : « Tous les moyens sont à moi », « Je suis la loi ». Cette monarchie absolue, dans laquelle la Reine a le pouvoir de vie et de mort sur ses sujets (« Qu’on lui coupe la tête ! »), est évidemment contraires aux idéaux démocratiques américains, décrits par Alexis de Tocqueville qui apparemment a servi de modèle descriptif à l’auteur des lignes parues à ce sujet dans les écrits parus à l’aube de l’année 2012 qui vient d’apparaître à l’horizon de grisaille de nos économies fatiguées par une crise dont on ne saisit pas toujours ni la gravité ni l’étendue. On pense même qu’elle pourrait servir d’alibi aux restrictions imposées par les gouvernants aux populations appauvries et aux conseils de sacrifice recommandées pour redresser les finances dévastées par les l’état misérable de la dette de certains pays et celle des banques en général. Ce philosophe français du XIXe siècle, dans De la Démocratie en Amérique (1835), étudie la société américaine de l’époque et ses institutions. Selon lui, à la différence de l’Europe, la société américaine est démocratique, de par sa forme non pyramidale, mais en losange. A l’extrémité inférieure, une minorité de pauvre, à l’extrémité supérieure, on trouve une minorité de riches, et entre les deux, la majorité de la population, faisant partie des classes moyennes. Leur importance est toujours caractéristique des Etats-Unis au XXe siècle. La valeur travail des classes moyennes, représentée par les Sept Nains, qui est fondamentale dans le capitalisme américain, est associée à la propriété. Le Prince Jean dans Robin des Bois, appelé Jean Sans Terre, est un méchant, alors qu’il est, comme son surnom l’indique, sans terre, et donc par extension, sans propriété. Le travail organisé des 7 nains à la mine se déroule à la chaîne, de telle sorte que chaque nain a une tâche propre (piocher la roche, ramasser les diamants, les transporter hors de la mine) comme l’organisation scientifique du travail selon le modèle américain, initiée par l’industriel Henry Ford qui dans les années 1920 l’a mise en pratique. « C’est le pays du monde où l’on a pris soin de tracer aux deux sexes des lignes d’action séparées pour marcher d’un pas égal dans des chemins toujours différents. L’Américaine ne peut s’échapper du cercle paisible des occupations domestiques mais n’est jamais contrainte d’en sortir. Ce comportement explique que les Américaines font voir une mâle raison et une énergie virile tout en conservant une apparence délicate mais en se montrant parfois hommes par l’esprit et le cœur. » Voilà ce que Tocqueville ramène des Etats-Unis lors de son second voyage où il avait eu l’intention d’aller pour en ramener « moins des exemples que des enseignements ».

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