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D’où viennent-ils ?

De charmants jumeaux

Qui sont-ils ? Que font-ils ?

vendredi 22 octobre 2010, par Picospin

Ils auraient soutenu une thèse mathématique quelque part en Bourgogne où coule un vine délicieux apprécié par les œnologues du monde entier. Ils auraient aussi passé du temps qui vaut de l’or dans la capitale de cette province pour y réfléchir à la rédaction de leur chef d’œuvre. Il s’agirait d’une œuvre géniale, originale, capable de révolutionner nos connaissances sur l’univers, le cosmos et Celui qui se cacherait derrière sa création.

Un excellent accueil

C’est pour toutes ces raisons qu’ils ont reçu un accueil triomphal, que le tapis rouge a été déroulé sous leurs pieds et que leur aura n’a cessé de s’étendre et de se diffuser partout où il y avait un « trou d’air » comme ceux que rencontreraient les avions lorsqu’ils tombent de haut. Ce qui nous est arrivé même sans voyager à bord des aéronefs, par la seule magie de nous plonger dans l’œuvre gigantesque de ces habitués des émissions de télévision en compagnie des vedettes de la chanson et du music-hall. Sans tomber dans un trou d’air, nous risquons à chaque instant de la lecture des œuvres de ces frères jumeaux de tomber de très haut lorsque nous apprenons par diverses sources autorisées que les travaux de ces charmants bambins sont loin d’avoir la valeur qui leur est prêtée par la plupart. Il parait que c’était André Malraux, promu au rang de Ministre de la Culture du Gouvernement de Gaulle, qui leur avait offert des temps d’antenne considérables, s’étendant quotidiennement sur toute la semaine, du lundi au vendredi. Ils s’étaient emparé de tous les sujets qui excitent la curiosité du peuple comme par exemple les premiers instants de l’univers. Ils n’avaient pas encore, à cette époque déjà lointaine acquis la popularité et le prestige du « Big Bang ».

Malraux intervenant

« Si ces questions sur le commencement du temps fascinent, mais peuvent également déranger, écrivent-ils, c’est peut-être parce qu’elles s’étendent bien au-delà du champ proprement dit de la physique. Parler du commencement du temps, c’est aussi remuer des idées métaphysiques. C’est se demander si l’univers a un sens. De la matière à l’esprit, c’est mettre en scène, finalement, Dieu ou le néant. » Des commentateurs expérimentés en physique puis métaphysique n’ont pas hésité à comparer leur théorie à celle actuellement si populaire aux États-Unis qui a reçu le nom de dessein intelligent. Cette manœuvre a permis de relier le créationnisme à une nouvelle théorie compatible avec le déisme en évitant surtout de faire allusion à l’athéisme dont le nom même, encore plus que l’idée fait parcourir le dos des adeptes de cette absence de croyance de frissons injectés par le diable en personne. C’est en raison de certains aspects de leurs émissions que des parents se sont plaints que certains extraits de science-fiction montrés engendraient l’apparition d’angoisse chez leurs enfants. Un enquêteur dépêché à leurs trousses, relève également qu’ils sont déclarés comme « professeurs à l’université de Bourgogne ». Ceci signifierait qu’ils se présenteraient auprès de cette université, dont ils ne sont pas enseignants, mais uniquement détenteurs du titre de docteur. Les frères Bogdanoff réfutent toute affabulation, et déclarent qu’ils sont bien enseignants en mathématique dans cette université.

Un homme d’affaires en réserve

Ancien recteur à l’époque de la nomination des deux frères, l’homme d’affaire Mica Jovanović, dit avoir cosigné avec eux la traduction en serbe d’Avant le Big Bang. Les frères Bogdanoff affirment que la constante cosmologique qui accélère le développement de l’espace-temps est trop bien réglée, à 120 décimales derrière la virgule pour être hasardeuse ; ils avancent des thèses audacieuses, comme l’« instanton », désignant l’univers de l’ère de Planck concentré dans un objet mathématique où matière, énergie et temps seraient remplacés par de l’information. Du sérieux de la vulgarisation scientifique, thème et activité appréciée par certains milieux se croyant particulièrement doués pour l’apprentissage et la diffusion de la science, au canular, il n’y avait qu’un pas très vite franchi par un dénommé physicien allemand Max Niedermaier, en poste à l’université de Tours, qui se presse d’envoyer au physicien théoricien Ted Newman (codécouvreur de la structure du trou noir de Kerr-Newman) ainsi qu’à nombre de ses collègues et à plusieurs journalistes un message selon lequel les travaux d’Igor et Grichka Bogdanoff ne seraient qu’un canular, comme celui qu’avait effectué Alan Sokal.

Canulars ?

Ce dernier avait intrigué les milieux scientifiques par la publication d’une thèse qui reprenait le formatage d’un travail scientifique authentique. Quelques jours plus tard, sur la demande des frères Bogdanoff qui nient la thèse du canular, Max Niedermaier, dans un message adressé aux Bogdanoff convient que leurs travaux ne constituent pas un canular à la Sokal, sans par ailleurs se prononcer sur la valeur scientifique de ceux-ci. Les frères Bogdanoff avancent la thèse[3] que ce courriel n’était pas une simple erreur de la part de quelqu’un de mal informé, mais participait à une entreprise plus collective, due à des scientifiques dépassés, vouée à les discréditer. L’affaire » une fois déclenchée, le débat devient très virulent quand les frères Bogdanoff, affirment que le rejet violent dont ils font l’objet est dû à une incompréhension de certains scientifiques devant des idées difficiles et nouvelles, à une crispation autour d’idées plus anciennes qui auraient pourtant fait la preuve de leur stérilité comme la théorie des cordes, mais aussi à un phénomène d’ostracisme dû à leur statut médiatique. L’existence de cette polémique fait partie d’une controverse plus large opposant partisans et détracteurs de cette théorie les premiers se voyant reprocher par les seconds un manque d’esprit et de rigueur scientifique..

Faiblesse de la culture scientifique

Tous ces épisodes ne font que mettre en relief la faiblesse et le niveau très bas des connaissances du « vulgaire » en termes de science, physique et mathématique. Ils sont trop souvent remplacés par de vagues connaissances tirées d’une vulgarisation mal exécutée par des journalistes insuffisamment informés, mal éduqués et faiblement instruits. Pour mettre un terme à cette affaire qui fait couler beaucoup d’entre et ne mobilise que trop de temps pour sa compréhension qu’il suffise de citer les attendus du rapport des sections 01 et 02 du Comité National du CNRS datant de novembre 2003. Ne met-il pas un terme définitifs à cette triste histoire créée de toutes pièces et répandue grâce et malgré la crédulité et la naïveté le manque de connaissance trop criard d’une grande partie de la population, victime de son ignorance moins que de son manque d’enseignement.