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Affection ou tauromachie ?

De l’amour des animaux à leur expiation par le martyre

Quel versant de la relation entre homme et animal

dimanche 29 novembre 2009, par Picospin

Le 21è siècle se caractérise par l’abandon des frontières ou du moins par leur plus grande porosité et leur tracé plus flou, plus laxiste même si des états, des individus ou des responsables de toute origine et de toute nature s’attachent à en redessiner la nature, en préciser les contours et en faire émerger des limites énergiques, parfois nerveuses, d’ordre ethnique, politique, social, sinon sociologique.

Franchissement de frontières

Tous les jours on cherche à faire franchir les limites des états à des populations migrantes parce qu’affamées, sans ressources, sans travail ni moyens d’existence, sans foyer et sans toit. Ces conditions ne favorisent guère les rencontres entre l’homme et l’animal quand ce dernier a choisi le premier comme protecteur, soutien physique, moral et affectif après avoir été pourchassé par certains de ses détracteurs, hypothèse et attitude d’autant plus favorablement accueillies que l’être humain, lui-même en proie aux difficultés et aux surenchères de la poursuite, de la chasse, de l’enfermement ou de la mise à mort tend à avancer pour prétexte et excuse à ses comportements sa propre souffrance. Pourtant, comme parfois en politique, on assiste à des rapprochements entre ces éléments vivants au sujet desquels philosophes, ethnologues, scientifiques, éthologues continuent de d’interroger pour savoir si les animaux ont une âme, question qu’on pourrait aussi bien se poser au sujet de l’être humain qui, à maintes reprises vient de montrer qu’il n’était pas sûr qu’il en eût vraiment une.

Une possible abolition des frontières

Quoiqu’il en soit de cette question dont le caractère essentiel peut échapper par moments à la vigilance de la pensée humaine, l’homme prend progressivement conscience de l’abolition des frontières entre animé et inanimé, « animés supérieurs » ou inférieurs pour s’intéresser davantage à la diversité et la richesse des réactions des animaux vis-à-vis des sollicitations de l’homme. Bien sûr, ce dernier préfère le poil doux des chats ou des chiens à la sensation froide et visqueuse du serment, la sécheresse des insectes et incline à s’occuper avec plus de sollicitude de la robe d’un cheval qu’à la peau squameuse des reptiles ou des crocodiles. Mais un nouveau type de relation tend à se faire jour parmi les espèces actuellement encore en vie ne serait-ce qu’en raison d’une certaine solidarité entre les représentants des races, espèces et figures pourchassées, des conditions de vie ou de survie sur une terre de moins en moins hospitalière que l’homme s’est acharné dans son inconscience à rendre de plus en plus invivable, quand il a transformé les champs et les forêts en déserts, et les aliments issus du sol en produits artificiels dont le charme, le goût, les odeurs, les parfums on disparu pour laisser la place à des montages artificiels que rejettent à la fois l’homme et la bête.

Tendresse

Il n’est que d’assister devant la télévision à des émissions qui soulignent la tendresse des rapports entre hommes, femmes et animaux en souffrance auxquels des âmes promptes à développer leur affectivité et leur émotion devant les supplices, les tortures, les misères, les martyres infligés à dessein aux seconds par des premiers inconscients ou trop conscients. C’est à ce tournant que des abris, des refuges sont édifiés, des soins apportés, des attentions développés pour poser le pansement physique et moral du sauvetage, du bichonnage, sinon du maternage, puisque la plupart du temps c’est parmi les cousins mammifères que sont choisis les animaux à sauver de la déchéance, de la blessure et de la mort. Peut-être est-ce par l’émerveillement devant la nature, u ne connaissance plus scientifique mais en même temps plus poétique que des hommes et des femmes de bien s’attachent de plus en plus souvent et profondément à décrypter les ressorts de la pensée et de l’affectivité car, comme le dit E.O. Wilson « La diversité des espèces est antérieure à l’humanité, et comme nous avons évolué en son sein, nous n’en avons jamais sondé les limites. Il s’ensuit que le monde vivant est le domaine naturel de la partie la plus paradoxale et la plus remuante de l’esprit humain. Notre sentiment d’émerveillement connaît une croissance exponentielle : plus notre savoir est grand, plus le mystère est profond, et plus nous cherchons la connaissance pour voire apparaitre des mystères nouveaux ».

Aide et secours aux blessés de la vie

Ne croyez surtout pas que je cherche de façon déguisée à vous inciter à faire des dons aux associations caritatives dont l’objectif est de s’occuper « humainement » des animaux. Cet objectif devrait être présent dans la conscience et la mémoire de chacun d’entre nous même si des contradictions montrent trop souvent que sous prétexte de flatter le combat courageux, inégal sinon héroïque du taureau contre son torero sous les vivats et ollé des spectateurs. Une autre énigme posée par Hemingway, Marcel Mauss ou Montherlant au sujet de la relation ritualisée entre homme et animal sous forme de conduites rituelles dans tout contexte superstitieux ou cultuel. Dans les sociétés primitives, le rite est moins impliqué dans des systèmes de pensée politiques et philosophiques, il se réalise avec plus d’abondance et de variété dans la vie quotidienne, selon des finalités propres ; c’est pourquoi il est plus facile de commencer par là pour étudier sa signification sociologique.

Rites

C’est ainsi que le sociologue Marcel Mauss distinguait les rites négatifs (les interdictions) des rites positifs. Claude Levi-Strauss s’est attaché aux rites commémoratifs par opposition aux rites simplement insérés dans la vie quotidienne ; les rites commémoratifs replacent dans le temps quelque chose qui est hors du temps (un mythe, un événement symbolique). On différencie aussi les rites magiques des rites religieux, la fonction des premiers étant de mobiliser d’eux-mêmes des forces surnaturelles, les derniers d’incliner la volonté des dieux. Tous ces rites ont en commun d’être difficilement explicables par les seules nécessités de l’existence matérielle ou celles de l’adaptation de l’homme à son milieu (tout comme le jeu !). Les primitifs s’imposent des mutilations, des destructions, de longues cérémonies et des contraintes variées dont l’utilité est, d’apparence, irrationnelle. Il est en fait probable que le rite soit imposé par une nécessité cachée inhérente à la vie primitive.

Questionnement éthique :

1. Que penser du meurtre rituel des animaux tel qu’il a vu le jour à l’orée des religions monothéistes pour symboliser une offrande aux dieux assoiffés de sang ?

2. Par quel phénomène peut-on expliquer l’attachement très fort actuellement de certaines personnes aux animaux de toute nature pour les protéger, les cajoler et leur donner de l’affection ?

3. Est-ce qu’on ne commence pas à entrevoir chez l’animal des caractéristiques et des qualités semblables à celles de l’homme, parallélisme qui incite à rapprocher les premiers des seconds par des liens intellectuels et affectifs ?

4. Certains éthologues de la modernité n’ont-ils pas montré que le réexamen des notions d’outils, de communication, de rationalité en fonction des comportements culturels ne constituent pas une rupture propre à l’humain mais une émergence progressive dans l’histoire du vivant ?