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Education

Sous la conduite d’un "AVC" (accident vasculaire cérébral)
De l’autre côté de la conscience
Une expérience singulière

Article rédigé par Picospin le dimanche 9 novembre 2008

Combien de chercheurs en neurosciences ont-ils eu l’opportunité de vivre par eux-mêmes un accident vasculaire cérébral ? Notre héroïne malgré elle a plusieurs messages à faire passer après l’expérience de son AVC.



Un au-delà

De son au-delà de la conscience elle rapporte plusieurs nouvelles : 1. L’hémisphère droit de notre cerveau est programmé pour le bonheur, la paix, la compassion. » 2. « Le circuit neuronal de la colère est mobilisé durant exactement une minute et demi, après quoi la tension retombe. Libre à nous de ne pas donner suite. » 3. « La plasticité des neurones donne à chacun la possibilité de “virer à droite” et de choisir la paix et l’amour plutôt que l’affrontement. » Il ne s’agit pas là d’une déclaration de foi politique, mais d’un constat scientifique rendu possible il y a environ neuf ans, lorsque la neurobiologie s’est rendu compte que les transmetteurs du cerveau étaient en constant renouvellement. Quel rapport avec le grave accident vasculaire cérébral (AVC) dont fut victime Jill il y a douze ans ? Comment une longue et pénible convalescence qui l’a obligée à un corps à corps de tous les instants avec son hémisphère gauche a-t-elle pu rendre le professeur de l’Université de l’Indiana et porte-parole de la Banque des cerveaux de Harvard quasiment bouddhiste ? Nous avons ici le fruit d’un long cheminement entre souffrance et émerveillement. C’est le 10 décembre 1996, à 7 heures du matin, qu’elle se rendit compte que quelque chose en elle avait changé. Cette grande admiratrice du cerveau sentait que les cinquante milliers de milliards de cellules constituant son corps ne répondaient plus. Ses mouvements étaient saccadés, ses sons déformés, son équilibre instable. Elle perdit peu à peu la perception en trois dimensions et les informations qui étaient sa vie comme s’habiller, aller au travail mais où ? Plus tard, elle sut que son cortex moteur était atteint lorsque son bras droit refusa tout office. Loin de l’angoisse, elle était envahie en même temps, par une douce euphorie. Ce n’est qu’au terme d’un effort surhumain et au milieu d’un écroulement de neurones - son hémisphère gauche était en pleine hémorragie, mais elle l’ignorait encore - qu’elle comprit l’urgence d’appeler des secours. Mais les chiffres n’avaient plus de signification pour elle. Elle chercha, toujours en luttant contre le sentiment de béatitude qui l’envahissait, un nom qu’elle connaissait bien. Dans un éclair, elle comprit qu’elle avait un AVC. Elle compose le numéro de son bureau à la Banque des cerveaux. Son ami, le Dr Vincent et essaie de bredouiller quelque chose.

Au téléphone

Au lieu d’un langage articulé et compréhensible, elle n’émit qu’un borborygme. « Mince, on dirait un chien qui aboie », songe-t-elle, réalisant que le centre de la parole était atteint. Quand on la transporte enfin à l’hôpital, chaque geste la fait sombrer dans un épuisement qui l’emporte dans le sommeil au cours duquel elle éprouva un sentiment merveilleux. « Mon énergie spirituelle flottait en suspension autour de moi, telle une baleine géante dans un océan d’euphorie muette. » Si elle avait été éveillée et capable de raisonner, elle aurait diagnostiqué la perte du cerveau gauche, qui baignait dans son sang et le report de toutes ses sensations à travers le crible du cerveau droit. Commença une longue convalescence avec sa mère, qui avait vite compris le besoin frénétique de sa fille de dormir. Entre deux sommes, elle fut soumise à des séances de rééducation. Se dresser sur son séant, tenter de comprendre ce qu’on vous dit, retrouver les mots disparus. Puis ce fut le tour des lettres à cause desquelles elle dut réapprendre à lire, puis à conduire, plus tard à monter des escaliers…Au fur et à mesure que sa vie se remettait en place, elle recommença ses conférences six mois après l’AVC. C’est alors qu’elle se rendit compte qu’elle avait une nouvelle mission à mener auprès de tout individu doté d’un cerveau : « Si mon odyssée intérieure m’a appris une chose, c’est que la quiétude est à notre portée. Il nous suffit, pour y parvenir, de faire taire la voix de notre hémisphère gauche dominant. » Cette voix qui compte bavarde, évalue, suppute. Elle est capable de vous souffler les pires idées : découragement, fureur, peur. Elle nous structure aussi par le langage, la raison, la connaissance. Comment utilise-t-on alors son hémisphère droit ? Comme nul manuel ne nous a jamais appris le bonheur par mobilisation latéralisée de la matière grise, la victime de cette aventure suggère de travailler sur des pistes comme la méditation, la création artistique ou la prière.

Une expérience unique

Il est dommage que cette expérience unique, passionnante, très instructive pour les médecins, les psychologues, les neurologues soit perdue plus qu’à moitié en raison de nécessités et d’impératifs commerciaux, littéraires, sinon pseudo scientifiques. La forme de rédaction qui nous est livrée n’autorise pas à tirer le moindre avantage de ce récit qui aurait pu et aurait du être des plus instructifs sil n’était brouillé par un galimatias opportuniste fait pour attirer le maximum de lecteurs, des plus profanes aux peut-être les plus instruits. Nombreux sont les gens dont la curiosité souhait explorer une forme d’au-delà. Celle-ci se situe en aval de la conscience, ici brouillé sinon perdue à cause d’une hémorragie cérébrale supposée. En effet, le texte est si confus qu’on ne dispose d’aucun élément scientifiquement valable concernant les résultats de l’examen neurologique, des examens complémentaires parmi lesquels au moins une imagerie par résonance magnétique qui offre maintenant une version structurelle et une autre fonctionnelle en fonction des délabrements anatomiques éventuels et de leur répercussion sur le fonctionnement des différentes structures cérébrales. On détermine ainsi les dégâts occasionnés sur la fraction du cerveau victime d’une obstruction vasculaire ou au contraire d’un saignement non maitrisé qui inonde de sang la partie du cerveau lésée, compromettant largement ses fonctions. Il est vrai qu’étant à la fois sujet et objet de cette atteinte vasculaire aux conséquences neurologiques sévères, elle n’était pas en état de fournir d’autres observations que celles qui sont contenues dans son livre. Raison de plus pour s’adresser aux témoins objectifs de cette aventure, aux médecins, neurochirurgiens, neuroradiologues qui auraient tous pu donner des renseignements d’une importance extrême au lieu de laisser le lecteur insatisfait, dans l’attente d’autres précisions et d’autres détails plus objectifs sur le déroulement et l’évolution de cet accident vasculaire cérébral, malheureusement si fréquent chez les personnes âgées mais aussi chez les plus jeunes.

Une subjectivité restrictive

Dans cette affaire, nous sommes réduits à la seule subjectivité du fait de la structure du récit confiée presque entièrement à l’appréciation de la victime dont on a voulu extraire les données les plus personnelles sur sa visite dans un certain au-delà de sa conscience. L’assemblage, même artificiel entre sa subjectivité et l’objectivité des observateurs cliniciens et techniciens aurait fourni un tableau clinique synthétique d’une valeur inestimable en raison de la personnalité frappée par la maladie. Elle, elle savait, elle pouvait analyser en temps réel ou différé, à condition qu’elle en ait gardé le souvenir, les épisodes psychiques qu’elle a vécus. Est-il seulement question de la mémoire dans ce livre, de la façon dont elle s’est approchée de l’épisode neurologique, des circonstances dans lesquelles elle l’a quitté et du souvenir qu’il lui a laissé ? C’est à ces interrogations que doit se livrer le lecteur profane ou instruit, spécialisé ou généraliste pour poser les questions pertinentes, chercher les réponses dans la réalité ou la littérature et transmettre aux collègues, à l’ensemble de la communauté scientifique, les données les plus significatives.

Questionnement éthique :

1. Peut-on craindre une violation de la vie privée de cette personne de la part des chercheurs ? Si oui, pourquoi ?

2. En réalité, les risques de violation de la vie privée de cette personne sont très faibles en raison de son acceptation tacite de révéler ces aspects les plus cachés et les plus secrets ce que apparemment elle n’a pas hésité à faire par l’écriture et la diffusion de son livre. Etes-vous d’accord avec cette hypothèse ?

3. Cette dernière repose sur un socle d’autant plus solide que cette personne, hautement spécialisée en neurosciences, donnait l’impression de vouloir servir de sujet d’expérimentation dans des circonstances exceptionnelles car il est rare de pouvoir interroger et discuter avec une spécialiste des évènements qui lui sont arrivés et dont elle connaissait déjà la teneur pour en avoir analysé les détails chez d’autres malades.

4. Les journalistes auxquels a été confiée la narration des faits rapportés n’auraient-ils pas du s’entourer de plus de garanties auprès d’autorités scientifiques pour ne pas prendre le risque de gâcher une occasion exceptionnelle de rédiger correctement le récit de ce cas où une patiente se livre à une auto-évaluation de sa situation clinique et de son évolution ?




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