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De l’utilité de la négociation

jeudi 30 juin 2011, par Picospin

Si on ne sait pas encore tout sur les modalités de leur libération, on est sur au moins que le rapatriement ne s’est pas déroulé en wagons à bestiaux mais dans de confortables avions mis à leur disposition et à celles des divers négociateurs qui semblent avoir beaucoup transpiré pour parvenir à un résultat qui satisfasse tout le monde et en particulier la majorité des compatriotes et de la famille des otages pour qui tout est bien qui finit bien.

L’opération à laquelle nous venons d’assister sous les yeux des télévisions et de l’enthousiasme général n’a pas encore livré tous ses secrets. On ne cherche plus de nos jours à cacher des détails de ces opérations complexes qui impliquent trop de gens responsables sinon coupables d’avoir utilisé tous les moyens à leur disposition pour parvenir à leurs fins. Même si le gouvernement français prétend qu’il est le seul à recourir à la négociation dans des cas similaires par rapport aux autres pays « alliés » cette différence d’attitude nécessite et exige discussion éthique en raison de l’importance que prend le souci d’une information claire et officielle par rapport aux secrets, aux connivences, aux manœuvres et toute simplement à la tricherie. Cette dernière éventualité mérite d’être rapidement écartée pour des raisons morales à un moment où on ne cesse d’insister auprès des plus jeunes sur le délit avéré qu’il y a à s’écarter de la droiture et de la vérité pour embrasser le mensonge et les voies détournées. N’est-il pas remarquable à cet égard que même les plus hautes autorités de l’Etat, y compris Ministres, plénipotentiaires et responsables politiques ne font même plus semblant de mentir tant ils savent que, quelle que soit leur attitude et leur discours, ils risquent de ne pas être crus. De la sorte, on leur évite de s’adonner à des mensonges considérés comme pieux puisque tout le monde sait maintenant qu’on ne peut plus croire aux miracles et que pour obtenir un résultat, il faut passer par les fourches caudines de ceux qui détiennent le moindre bout de pouvoir à un moment où la partie adverse n’en dispose d’aucun. C’est sans doute le cas qui vient de se présenter ici, sur les champs couverts de pavot d’un pays montagneux qu’on aurait bien envie de visiter dans d’autres circonstances que celles que nous sommes obligés de vivre depuis quelques années déjà. Cette histoire de pavot tombe à point nommé à un moment où on se bat en haut lieu sur l’opportunité de libéraliser le commerce des « drogues dites douces » à seule fin de tarir les sources d’un trafic qui ne cesse de s’amplifier et qu’aucune autorité ne saurait endiguer. Tant on voit circuler dans les beaux et les moins séduisants des quartiers des voitures de luxe dont la provenance paraît tout aussi obscure que les circuits de ravitaillement, habituels fournisseurs des malheureux, sinon des bienheureux consommateurs de bonheur, de paradis artificiels et de bien-être si chèrement acquis. Sitôt arrivés des montagnes de l’Afghanistan, les heureux prisonniers libérés n’ont pas attendu longtemps pour susciter un débat violent sur leur comportement qui aurait mis en danger la République, couté fort cher sinon trop cher à l’Etat , fait courir des risques à une armée engagée dans des combats difficiles. De véritables problèmes d’éthique, en quelque sorte, fustigés par un Ministre de l’Intérieur aux abois et vindicatif, un ancien Ministre des Affaires Etrangères prêt à rentrer dans le bercail du PS tant il est déprimé par sa situation de chômeur depuis qu’il a quitté un gouvernement auquel il s’est accroché depuis de nombreuses années après avoir porté à dos d’homme de lourds sacs de riz pour nourrir des populations affamées. Les otages eux mêmes n’ont pas donné cette version des faits. Ils ont affirmé que personne ne leur avait jamais donné le moindre conseil de prudence même quand ils avaient demandé leur chemin aux forces françaises trouvées par hasard sur leur chemin, celui de l’enquête qu’ils s’étaient proposé de mener car là avait été leur mission qu’ils se devaient de remplir pour l’honneur de leur métier de journalistes et la dignité de leur statut d’hommes. Il y a là un conflit d’intérêt qui mérite autre chose que quelques lignes dans un journal ou deux et des applaudissements qui ne signifient pas grand chose et dont on connaît l’origine plus que les destinataires : des négociateurs, des soldats de l’ombre, des plénipotentiaires voire des objets d’échange anonymes qui ont risqué d’être pris comme des objets à monnayer plus que des êtres humains considérés dans leur dignité et leur individualité.

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