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Quels risques ?

De la coiffure au saut à l’élastique ?

Le saut de tous les dangers ?

jeudi 25 juin 2009, par Picospin

En changeant de chaise et de fauteuil, il est possible, sinon permis de perdre quelques partitions en route ce qui rend difficile, sinon impossible l’exécution de toute musique élaborée, qu’elle appartienne au genre baroque, qu’elle ait une coloration romantique ou qu’elle soit attachée à la toute nouvelle tradition de la musique contemporaine.

Musique dans un corset

On se souvient que cette dernière est le résultat d’une déconstruction qui laisse liberté et initiatives après les corsets rigides qui ont enserré les corps parfois boudinés des exécutants de l’orchestration dite classique. Peut-être eut-il été plus approprié qu’on égare plus de partitions de Parsifal ou de Carmen que de postes à l’Education Nationale ? Cette hypothèse n’est pas insensée dans la mesure où il n’est pas certain que ce déficit engendre automatiquement une baisse du niveau des élèves. Est-il même possible de procéder à une évaluation rigoureuse des modifications éventuellement intervenues, autrement dit de tester le niveau des écoliers, des élèves et des étudiants sous les auspices d’un authentique enseignant de l’Education Nationale ? Est-il certain que la sanction suive régulièrement le déficit en éducateurs selon une relation étroite entre les tâches accomplies par les maitres et les résultats obtenus par les enseignés ? Qui a fixé le nombre de postes supprimés dans chaque secteur du domaine public touché par la crise et qui doit payer sa contribution au sacrifice général du peuple pris à la gorge ?

Du baume ?

Pourtant, un peu de baume a été étalé sur les corps meurtris des fonctionnaires ainsi sommés d’apporter leur obole sur l’autel d’une jeunesse sacrifiée. On se veut rassurant en insistant sur le caractère indolore des coupes comme si de puissants anesthésiques allaient être administrés à des malades déjà moribonds et qui ne pourraient plus bénéficier que de soins palliatifs dans le domaine de l’apprentissage, de la formation et de l’acquisition des connaissances. Le baume prend aussi une forme plus visqueuse, plus tolérable et plus tolérante par l’amortissement annoncé et prévu de la réduction des postes pareil à celui célébré par les dispositifs utilisés dans les véhicules pour assurer plus de confort aux voyageurs prenant place à bord des voitures. On appelle cet instrument un amortisseur social qui permet aux individus et aux collectivités de consommer plus en dépensant moins ce qui, à l’évidence tient plus du miracle que de la réalité. Si encore la démographie venait au secours des Ministres, la situation aurait des chances d’être rétablie au plus vite. C’est l’inverse qui est prévu. Il faut ajouter la natalité galopante qui va bientôt se ressentir. Avec le baby-boom du début des années 2000, les effectifs en primaire sont déjà en hausse. Bientôt, ce sera au collège, puis au lycée.

Bilan négatif ?

Selon une récente étude d’un chercheur à l’École Normale Supérieure, « le creux des effectifs d’élèves devrait se produire en 2009 ou 2010, puis une augmentation de près de 7 % devrait suivre sur les dix ans à venir ». L’auteur arrive à la conclusion qu’avec les nombreux départs à la retraite, la baisse régulière des postes au concours et les réductions actuelles, il faudrait au contraire au plus vite « un plan pluriannuel d’augmentation des recrutements ». Au risque sinon de connaître « un problème majeur ». Interrogé sur les 16 000 suppressions de postes lors de la passation de pouvoir, Luc Chatel n’a pas paru découragé. « Ce qui est important, c’est que le taux d’encadrement c’est-à-dire le nombre de profs rapporté à celui des élèves reste identique », a-t-il répondu, confiant. Comment interpréter la conclusion qui met un terme à ce débat de passation des pouvoirs dans lequel celui qui s’en va est pressé d’en finir avant que son successeur s’aperçoive de l’ampleur du pétrin que le premier a laissé sciemment au second.

Maniement des paradoxes ?

Est-ce la raison pour laquelle ce dernier termine son discours par un paradoxe comme celui qui va suivre : « Un pays qui croit en l’avenir est un pays qui investit dans l’éducation », a-t-il ajouté avant d’annoncer qu’il allait ouvrir un dialogue tous azimuts - « avec les enseignants, les cadres, les parents d’élèves, les collectivités territoriales ». Plutôt contents de voir partir Xavier Darcos, les syndicats ont accueilli son successeur avec circonspection. Et pour cause : Luc Chatel, un ancien de L’Oréal, diplômé de marketing, devenu un fidèle sarkozyste, ne s’est jamais exprimé sur l’éducation. Si en effet la jeunesse fait l’objet des attentions particulières et réitérées des pouvoirs publics, comme comprendre l’augmentation des réductions des postes surtout dans le domaine de l’apprentissage ? Une erreur de jeunesse, un moment difficile mais bref à passer en attendant le retour des beaux jours ou un saut dans l’inconnu comme celui accompli par le saut à l’élastique au cours duquel peuvent survenir la rupture du dispositif, la chute inexorable ou le fracs contre les rochers ?