Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > De la connaissance à la responsabilité

L’oeuvre de Hans Jonas

De la connaissance à la responsabilité

Une éthique du futur

mercredi 20 octobre 2010, par Picospin

Cette perspective pour les uns et prophétie pour les autres fait peur. Invoquer ainsi comme jeu de ping-pong les fautes des uns et des autres évoque plus la peur et l’angoisse devant les incertitudes d’une révolution toujours à venir dans la République.

Introduction dans le politique

Le jeu ne se réduit pas à la manœuvre politique mais étend son champ aux explosions toujours à craindre devant des mouvements incontrôlés et incontrôlables dont les images télévisées ne font qu’accentuer l’angoisse des lendemains tant il est connu par l’histoire ancienne et récente que toute manifestation de rue avec poubelles et flammes est toujours susceptible de dégénérer en l’absence d’une autorité suffisamment forte, solide et déterminée pour en ralentir les effets à court et long terme. Peut-on accorder la moindre foi et le moindre courage au rassemblement des représentants du peuple ? Leurs activités trop diversifiées, trop nombreuses, leurs tâches improvisées sous des autorités exigeantes, nerveuses et fragiles les freinent dans leur volonté éventuelle de vouloir éteindre un incendie qui risque de brûler la cité. Cette mission est déjà en soi une responsabilité. D’où vient l’idée de donner à la responsabilité la place qu’elle occupe actuellement dans la société au point d’en faire le parangon de la vertu, de la maitrise des évènements et de la force de frappe de la rhétorique.

On déterre le vocabulaire

On dit que cette sortie de terre du vocabulaire est l’œuvre de Hans Jonas, philosophe allemand de l’école de Francfort, émanation d’une philosophie à mi chemin entre la connaissance initiatique et la gnose, terme qui désigne diverses tendances retrouvées dans les grandes religions monothéistes, et qui présentent des points communs avec la pensée néoplatonicienne et les spiritualités orientales. Gnose signifie connaissance intérieure, par laquelle l’homme appréhende le divin, indépendamment de tout dogme, de tout enseignement, sorte de mysticisme. Les gnostiques considèrent que Dieu ne peut être en contact avec le monde, essentiellement mauvais, œuvre du Démiurge. La matière est assimilée à l’ignorance, au mal, et la vie terrestre résulte d’une chute de l’esprit dans cette matière, perte de l’unité originelle avec Dieu. L’homme, prisonnier des dualités (bien/mal, âme/corps,connaissance/ignorance, lumière ténèbres), ne garde plus de son origine divine que la vague nostalgie d’un paradis perdu. Mais le principe divin, l’âme, est en lui, et la recherche spirituelle peut le mener au salut en libérant l’âme de sa prison corporelle.

Thèmes de la gnose

Les thèmes fondamentaux de la Gnose sont la théorie de la connaissance (connaissance de soi et connaissance de Dieu) ; le dualisme (lumière-ténèbres, pneuma-psyché, vie-mort) ; le mythe du Sauveur-sauvé qui inspire le quatrième Évangile (le messager céleste descend pour apporter aux hommes la révélation divine) ; le mythe de l’ascension des âmes. Par quelles voies, Jonas en est-il arrivé à partir de la connaissance pour parvenir à la responsabilité ? Le fait d’être parent est intimement lié à la présence des hommes qui sont en devenir dans des phases prédéterminées à traverser chacune en son temps jusqu’à atteindre l’âge adulte, lorsque cesse le statut d’enfant et de ce fait la responsabilité parentale. L’éducation a le but matériel déterminé qui est l’autonomie qui inclut la faculté d’être responsable et une fois atteint, elle parvient au terme déterminé dans le temps. Quand la cité est en feu, il ne s’agit plus de convoquer les édiles à table pour déguster whisky ou pastis mais bien de verser l’eau destinée à diluer ces breuvages sur les foyers allumés par des troublions pour les uns, des irresponsables pour les autres, des fauteurs de troubles pour les derniers.

Un bon tribun issu de l’immigration

Encore heureux que le choix du tribun de la jeunesse se soit porté sur un Français issu de l’immigration qui, en plus de son physique agréable et de son délicieux accent marseillais d’importation avait l’avantage d’être intelligent, souriant, calme et serein comme l’exigeait à la tribune de l’Assemblée Nationale un Ministre plus mûr qui s’employait à donner des leçons de maintien même aux dames députés du parti adverse pour s’être mises en colère inconsidérément d’après lui. Les actions en provenance des utopies effraient davantage que ces dernières. C’est pourquoi la proximité de voitures sans essence, de magasins sans alimentation, d’écoles sans élèves deviennent des réalités tragiques moins par leur réalité que par les menaces qu’ils font peser sur une population entrainée à la docilité, à l’obéissance, à la soumission aux grands de ce monde. C’est à cause de la pérennisation des échines courbées, de leur redressement invisible, des fuites devant les responsabilités que ce même principe a du mal à s’appliquer à la situation présente.

Heuristique de la peur

Son aspect chaotique fait figure d’heuristique de la peur. L’inventeur du principe responsabilité se plait à figurer celle-ci sous l’allégorie du regard aveugle de « l’Angelus dubiosus » (Paul Klee) qui se voile la face devant les menaces que fait peser sur l’humanité en devenir le déchainement du Prométhée, capable de tout, y compris de détruire sa propre planète et les êtres qui n’ont pas choisi de vivre sur elle. Si aucun mythe ne se dégage du contact de l’habitant envers son habitat, que proposer d’autre que la crainte et le respect, ces valeurs pré chrétiennes trop tard venues après l’impérialisme de la loi et de son emprise sur la quotidienneté de la vie ? Comme un avocat qui défend la cause de l’univers devant la magistrature incarnée trop souvent par Prométhée, Hans Jonas proclame haut et fort que la seule mesure protectrice contre les dangers capables de menacer la créature qui s’est crue longtemps son maitre serait de le la considérer comme l’enjeu de son sort, l’image enjolivée pour la représenter dans sa survie physique, l’intégrité de son essence à l’aide d’une éthique de la sagacité et du respect qui doit garder l’une et l’autre dans la pensée métaphysique « qui seule permet de se demander pourquoi les hommes doivent exister au monde et respecter l’impératif inconditionnel de préserver leur existence pour l’avenir ».


Références :
Jonas H. Le principe responsabilité. Paris, Flammarion, 1990.

Messages