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en passant par le langage, la culture et le multiculturalisme

De la conscience chez l’animal à celle de l’humain

Une synthèse

lundi 2 avril 2012, par Picospin

Depuis des siècles, les Européens sont amenés à coordonner et adapter entre elles des idéologies d’origine différente. La pensée grecque leur parvient par l’entremise de la civilisation romaine, qui se livre donc déjà à un travail de réinterprétation. Le christianisme, de son côté, se greffe sur une religion antérieure, le judaïsme, qu’il reprend et détourne à son usage. Lorsque, à l’époque de la Renaissance, se multiplient les tentatives pour amalgamer et harmoniser ces deux grands courants déjà hybrides (le gréco-romain et le judéo-chrétien), on s’engage de nouveau dans une activité de conversion et d’adaptation conceptuelle, qui ne peut cependant dissimuler la multiplicité des origines.
La rencontre de ces conceptions du monde divergentes, voire contradictoires, a donné lieu à des constructions complexes. A l’époque classique, l’humanisme laïc s’est opposé au dogme chrétien, car il fait de l’être humain, et non de Dieu, le destinataire ultime de toutes nos actions ; toutefois, en promouvant le principe d’égalité universelle, il ne fait qu’étendre un autre dogme chrétien. Tocqueville disait que la Révolution française, « en répandant dans tout l’univers la notion de l’égalité de tous les hommes devant la loi » s’était mise dans les pas du christianisme qui « avait créé l’idée de l’égalité de tous les hommes devant Dieu ».

Consciences : de l’animal à l’homme

Plutôt que de vous entrainer derechef dans une élucubration personnelle sur l’existence ou l’absence de conscience chez l’animal, je préfère vous renvoyer aux opinions et réflexions de lecteurs et internautes anonymes qui donnent librement leur opinion sur ce sujet. En voici quelques-unes extraites des écrits et messages parvenus à la suite de la question posée sur l’état de nos connaissances et réflexions sur la conscience chez l’animal puis chez l’humain. Parmi les animaux, l’Homme a développé sur cette base-là une conscience de haut niveau, dite réflexive et qui lui est propre, lui permettant d’élaborer une subjectivité, une conscience de soi comme "je", une conscience autobiographique (savoir qui on est et sa propre histoire). Seuls les humains sont conscient au sens de "consciousness". Turing disait le jour où les ordinateurs seront capables de mentir ils seront capable de penser. Or certains animaux, comme les chiens, en sont capables. si on accepte d’élargir la notion, de la traiter plus objectivement en termes de communication et de sémantique, alors le mensonge a déjà été constaté chez des singes. Une observation a été la suivante. Chez une espèces de singe, on a repéré des cris d’alarme différentiés, en particulier un cri signalant une attaque aérienne, dont le résultat a été que le groupe est parti dans toutes les directions pour grimper aux arbres. On a aussi observé des cas de mêlées entre deux groupes antagonistes où un individu du groupe en difficulté a émis un cri d’alarme indiquant qu’une attaque aérienne allait avoir lieu ou était en cours alors qu’en réalité il n’y en eut point. Le résultat de cette fausse alerte a été la fin de la mêlée.

Qui dit des mensonges ?

Il s’agit donc bel et bien d’un mensonge. Si l’on consulte la base, c’est à dire les scientifiques qui s’intéressent aux fondamentaux extraits de la biologie moléculaire, des neurosciences, en particulier de l’imagerie cérébrale, on en retient les faits suivants : cette conscience existe chez les primates à un degré de développement moindre que celui des hommes. Les implications de cette observation pour comprendre la mémoire de travail et la conscience se trouvent dans un examen plus détaillé de cette structure chez laquelle la partie ventrale est concernée par les fonctions d’exécution, la mémoire de travail et plus particulièrement dans la transmission des informations d’ordre émotionnel. Seuls les primates sont pourvus de la structure connue sous le nom de cortex préfrontal latéral qui, de plus, s’intègre dans les réseaux contenus dans les régions médianes et ventrales. Si d’un côté les rats sont capables de stocker des informations d’ordre émotionnel tout en s’intéressant à des stimuli spécifiques, de l’autre, ils sont bien plus limités que les primates par leur capacité à distinguer entre des stimuli et des évènements différents, sinon de procéder à des associations et relations entre plusieurs phénomènes en temps réel en vue de résoudre des problèmes et de prendre des décisions. Les capacités de stockage temporaires peuvent être exploitées dans des domaines aussi spécifiques que les systèmes sensoriels ou émotionnels qui rendent compte de la mémoire à court terme chez les oiseaux et les reptiles.

Représentations conscientes

Ces procédures pourraient bien être à la base des représentations conscientes primitives chez les animaux qui ne disposent pas des facultés d’élaborer les fonctions nécessaires à la mémoire de travail. Le stockage de ces données pourrait permettre ou faciliter la prise de conscience de stimulations telles que celles fournies par la reconnaissance d’un prédateur, la douleur provenant d’une blessure, le gout d’un aliment ou le plaisir sexuel. Lorsque l’excitation provoquée par une information est suffisamment intense, l’ activité des autre fonctions peut être provisoirement inhibée ce qui permet à l’excitation ainsi libérée de dominer la fonction du cerveau jusqu’à extinction de la première. C’est ce qui se passe au cours de l’activité sexuelle lorsque les impulsions sont inhibées en cas de danger. Ce qui distingue la mémoire de travail de la prise de conscience c’est que la première permet l’exécution de relations multiples entre des données temporaires stockées dans des sites spécifiques et l’utilisation souple de ces types d’informations en vue de prises de décision ce qui paraît être à la portée des circuits préfrontaux. L’avantage colossal acquis par le cortex préfrontal chez l’homme est sa possibilité d’accès à un module spécialisé dans l’utilisation du langage qui modifie les capacités du cerveau de comparer, discriminer, associer en temps réel et de se servir de ces informations pour guider la pensée et résoudre les problèmes.

Bases neuroscientifiques de l’expression de la conscience

Voici les bases neuroscientifiques permettant de mieux comprendre et juger les avantages et inconvénients de l’assimilation par une langue et des références culturelles communes. Où et comment, sur quel terrain et dans quelles conditions organiser, sous quelles auspices approuver, encourager les rencontres inter culturelles et éviter qu’elles ne basculent dans des situations conflictuelles. D’aucuns affirment que l’on se dirige maintenant à toute vitesse dans le multiculturalisme en raison de l’augmentation incessante des porosités entre les cultures du fait de l’intensité croissante des flux migratoires, encouragée par les uns et farouchement combattue par les autres.

Multiculturalisme : Charles Taylor

A l’extrême, on pourrait observer à long terme une porosité qui confine à la diaspora dont le « centre est ailleurs » selon le mot de Charles Taylor qui s’empresse d’ajouter que cette situation limite impose une réponse maladroite mais simple « ici c’est comme ça » qui recouvrirait le droit de vivre et de parler librement. Cette attitude, exigence de nos sociétés modernes, implique la liberté et le devoir de reconnaitre la valeur égale des différentes cultures non seulement en les laissant survivre mais encore et surtout de reconnaître leur mérite.

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