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Lettre d’Amérique

De la croissance, de la bienfaisance et de ses destinataires

Les derniers spasmes de GM...

samedi 27 décembre 2008, par Picospin

Pour les autres, les ignorants, les laissés pour compte de la société (sûrement pas la générale !), les analphabètes en quelque sorte, laissés dans leur état de désolation et d’interdiction d’accès aux informations, ils n’étaient pas au courant de ces prévisions pessimistes et ne pouvaient donc envisager ou prendre les mesures indispensable pour sortir leur tête de l’eau, cette eau en l’occurrence étant loin d’être limpide mais plutôt nauséabonde et opaque.

Une chance ?

Toujours est-il qu’une chance est offerte actuellement aux responsables des gouvernements, des organisations internationales et même nationales de sortir de l’ornière, plutôt des ornières qu’il faut mettre au pluriel tellement on peut en recenser. La crise est comme une pause dans le délire du monde, celui que nous n’avons cessé de vivre depuis les dernières décennies sous prétexte d’impératif de croissance, terme galvaudé et utilisé à tort et à raison pour expliquer au peuple que faute de croitre, on risque de mourir, ce qui n’est assurément pas le modèle le plus adéquat pour figurer le sort qui attend les pauvres et les moins pauvres s’ils ne prennent pas une conscience aigue du besoin absolu de participer à la croissance. Dans ce langage, ces prétextes, ces prescriptions, ces ordres, on oublie – pour des raisons assez évidentes – de préciser à qui est destinée cette croissance, qui doit en profiter et qui doit se sacrifier et faire les efforts héroïques au profit de qui, de quoi, de quelle entreprise, de quelle association de bienfaisance ? C’est ce type d’interrogation que pose dans le"International Herald Tribune" le journaliste Nicholas D. Kristof qui se demande quelle est la part réservée à la charité et aux œuvres de bienfaisance et celle qui provient des activités qui ont en vue uniquement le profit, mais qui profitent de leur position privilégiée sur le terrain des affaires pour aider ceux qui ont le plus besoin de secours plus que d’aide et de soutien plus que de fonds. Il s’agit en premier lieu des malades atteints de cancer et ceux qui ont eu la malchance d’être contaminés par le SIDA dont le traitement permet maintenant d’améliorer fortement la situation mais au prix d’un investissement auquel tout le monde ne peut avoir accès. Dans un accès de libéralisme inquiétant pour une nation organisée dans le sens du bien commun, cette phraséologie peut paraître étrange surtout lorsqu’on peut en isoler des bribes comme l’hommage aux activités professionnelles fort rentables comme tout commerce permettant pas son développement de procurer des emplois sous payés.

Exemples

A l’appui de cette thèse des exemples sont présentés comme celui du Rwanda, encore lui, après les massacres fous qu’il a subis et initiés. On prétend ainsi qu’un homme animé de bonnes intentions peut faire le bien tout en allant bien dans la conduite de ses affaires. Pourquoi ne pas citer à cet égard le cas d’un dénommé Fairbanks, consultant de son état, qui a aidé ce pays à faire la promotion de son café qui est vendu au prix fort à Manhattan. Ce succès a engendré une augmentation notable des salaires versés aux employés des compagnies qui travaillent dans le secteur et attiré de nombreux visiteurs dans la jungle de ce pays pour admirer la vie sauvage qui s’y déroule. A Nigeria, la situation est encore plus impressionnante si l’on suit l’histoire d’un homme d’affaires originaire de ce pays qui donne l’exemple même d’un pas qui a été franchi entre les affaires et la bienfaisance. Cette fois, il s’agit de la gestion de toilettes publiques gratuites au départ mais limitées à une seule unité pour 200.000 habitants. En les rendant payantes, sa société a pu gérer une offre sanitaire à beaucoup plus de monde qu’aurait pu le réaliser n’importe quelle œuvre charitable. Dans la guerre contre la pauvreté, il y a de multiples façons de proférer de l’aide à travers d’infinies modes d’organisations quitte à faire froncer les sourcils des plus psychorigides qui constatent et contestent les hauts salaires versés aux employés des organisations charitables, font de la publicité intempestive et parviennent même à engendrer de somptueux bénéfices en agissant de la sorte. Est-ce que ce mode de distribution des ressources financières va subsister aux Etats-Unis sous la nouvelle gouvernance impatiemment attendue de Barack Obama ?

Interrogations

D’aucuns parmi les journalistes se demandent si ce nouvel élu va être capable de promouvoir les réformes nécessaires à un pays dont le délabrement structurel et économique est considérable selon l’opinion d’éditorialistes réputés ? Les moyens de communication en termes de transports public sont dans un état lamentable à commencer par les trains, le métro, les voitures qui continuent de sortir des usines Ford ou General Motors restent de gros chars d’assaut consommant des gallons plus que des litres, les lignes électriques n’apportent plus la quantité d’électricité nécessaire aux besoins de la nation, le niveau d’enseignement reste au seuil des illettrés pendant que les meilleures universités continuent de former les meilleurs scientifiques qui ont juste le temps de profiter de leurs diplômes pour retourner dans leur pays et y dissiper les connaissance tout juste apprises. Tous ces sommets d’intelligence et de capacités ne sont formés que pour produire de l’argent à partir de l’argent au lieu de dessiner des voitures, des ordinateurs, sinon des équipements faits pour l’enseignement, des programmes Internet, des instruments de médecine susceptibles d’améliorer la vie et la productivité de millions de gens. Regardez-nous et regardez General Motors dans le miroir. Ce que vous y verrez c’est nous-mêmes. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une réinitialisation plutôt que d’un sauvetage pour rester dans la voie des mêmes erreurs. Il importe surtout de nous assurer que chaque $ emprunté actuellement à l’avenir de nos enfants sera dépensé avec la plus extrême rigueur, parcimonie et sagesse. Il doit être affecté à la formation permanente de nos enseignants, de nos scientifiques et ingénieurs, à la construction des infrastructures les plus productives et non à la fabrication d’éléphants blancs. L’Amérique reste toujours capable de se développer et de prospérer car elle garde la société la plus innovante, la plus créatrice et la plus ouverte. La Chine a beau avoir construit d’immenses aéroports, elle n’en est pas moins retournée à l’époque de la censure la plus étroite ce qui n’est pas un signe d’intelligence car cette politique restreint et confine l’imagination. Kennedy nous a emmenés en voyage sur la lune. Obama nous doit un voyage pour redécouvrir, reconstruire et réinventer notre jardin secret.