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A l’école quelle éducation ?

De la difficulté d’être, d’organiser son esprit et de répondre aux exigences de son corps

Faut-il obéir au libéralisme ou à la stricte tradition ?

mardi 29 janvier 2008, par Picospin

Peut-être une alimentation plus équilibrée avec les 5 légumes obligatoires, sans doute quelques ordinateurs en plus pour renforcer les possibilités de calcul, de rédaction, d’expression ? Mais pour le reste que se passe-t-il ? Un rapport du service de santé de l’Education Nationale vient de révéler que si nos enfants, les enfants de la République si chers aux cœurs des Ministres, du Président de la République et divers secrétaires d’Etats mangent plutôt bien, du moins en théorie, leurs possibilités d’évacuation des déchets comme on le dit de plus en plus souvent sont non seulement limitées mais parfois restreintes au minimum sinon empêchées par les installations qui leur sont destinées

Il s’agit, pour tout dire – mais tout dire est difficile dans ce cadre en raison de l’extrême pudeur qui règne dans ce domaine ressortissant au privé et au plus intime de chacun – de l’impossibilité d’accomplir la tâche physiologique la plus simple, la plus naturelle qui soit assignée à chacun d’entre nous : uriner. Il est intéressant et paradoxal que l’alerte cette fois encore et une fois de trop vienne des enfants eux-mêmes. D’un commun accord et dans leur très grande majorité, ces enfants mais peut-être aussi exclus de la République ont déclaré qu’il leur était impossible sinon interdit de se rendre sur les lieux de ce qui est devenu un crime. Ce sont les toilettes mises à la disposition des enfants pour y accomplir leurs fonctions naturelles. Que s’y passe-t-il ? Justement rien. Et pour quelles raisons ?

De l’usage des toilettes

Une difficulté insurmontable, une impossibilité matérielle, un empêchement technique de répondre en temps et en heure à la demande pressante de leur corps, de leur organisme, de leurs besoins physiologiques élémentaires. Qui dit cela ? Qui dénonce cette entrave à la liberté la plus naturelle de l’être humain, celle dont les conditions inhumaines avaient été déjà dénoncées par les prisonniers et déportés des Nazis dans les camps de la mort. Là il s’agissait de camps de concentration. Ici il s’agit d’établissements sous surveillance des cadres et fonctionnaires de la République qui ont pour mission d’accueillir, d’enseigner, de réchauffer, de nourrir l’esprit d’abord, le corps ensuite. Qu’ont-ils fait jusqu’à présent ? A mieux retarder la permission demandée par l’élève de se rendre au lieu privilégié où l’on peut librement se soulager. Au pire, le lui interdire et ne lui offrir qu’un décor inadapté, hostile, inesthétique, sale, mal entretenu, puant où l’on aurait même une certaine réticence à envoyer son toutou ou son chat. Le chat refuserait certainement de l’utiliser. Et l’homme ? Et l’enfant ? Lui non plus rassurez-vous puisque plus de la moitié d’entre eux interrogés sur l’état des lieux ont répondu négativement. Ils ont expliqué que ce geste élémentaire leur était impossible, refusé en raison des conditions imposées pour l’accomplir.

Un geste impossible

Et qui croyez-vous a dévoilé le pot aux roses ? Qui s’est permis de contester l’arrangement, l’entretien, la construction de ces lieux toujours cachés par pudibonderie, par dégoût de la saleté par crainte de la souillure comme l’avait souligné en son temps une anthropologue de génie qui vient de nous quitter, Mary Douglas ? Un administrateur zélé ? Un médecin scolaire particulièrement attentif aux souffrances de ses patients ? Non. Tout simplement les « usagers » eux-mêmes, ces chers enfants qui ont osé braver les tabous, franchir les frontières de l’intolérable, dénoncer le scandale de ces conditions de vie, transgresser les interdits. Et ceci à un moment où les bien pensants fustigent les « jeunes » pour leur liberté débridée, leur sans gêne sexuel. Un paradoxe ? Cette question mérite assurément d’être étudiée de plus près par nos sociologues, anthropologues, psychothérapeutes en mal d’activité. Tout simplement pour élucider le dysfonctionnement d’un système dont l’attachement à la tradition, aux conventions, est si fort que ses serviteurs les plus zélés n’osent pas l’enfreindre d’un iota. On a donc fini par dénoncer ces conditions déplorables après des années d’hésitations, de tergiversations, de fausses pudeurs. Qui ? Les adultes qui constatent tous les jours les modalités lamentables offertes dans les endroits de réunion que sont les cafés, les bars, les restaurants, les amphithéâtres où l’on est incommodé par les odeurs, l’inconfort, l’exiguïté des lieux.

Contre ou pour le bien-être
Tout cela à un moment où l’on ne cesse de se référer au bien être, au confort de vie, à la conservation de la santé. A cause de la solidarité qui nous lie entre membres de la communauté nationale, on commence à prendre conscience de l’ampleur et des risques induits par ce problème. Car les conséquences de ces rétentions fréquentes, répétées, passant à la chronicité n’en sont pas bénignes pour autant. Tout simplement, elles ont des conséquences à long terme pour l’état sanitaire de la population : infections urinaires, troubles digestifs, mal-être, diminution de concentration. Ce qui peut se traduire en mauvais résultats scolaires, irritation, complications éventuelles au moment de la grossesse et de l’accouchement, irritation du tube digestif, prémisses de colites ou dégénérescence cancéreuse, tous facteurs qui contribuent à augmenter les dépenses de santé et à grever le budget de l’assurance maladie. Petits détails, grandes conséquences. Et pendant ce temps, on signale que « les violences à l’encontre des personnels de l’Education nationale sont en hausse et « une montée des incivilités, sur les difficultés et le mal-être quotidien ».

Questionnement éthique :

1. Faut-il libéraliser les comportements des élèves et des enseignants ou au contraire renforcer l’application de règles strictes dérivées de la tradition ?

2. Si oui, jusqu’à quel point ?

3. Comment transformer des règles dérivées de la tradition en comportements rationnels, autonomes et sociologiquement acceptables pour tous ?

4. L’exaltation excessive de la liberté prise comme fin exclusive et absolue ne peut-elle aboutir à la destruction des liens humains ?

5. En ce cas, n’est-ce pas la responsabilité qui provient de la petite étincelle de la liberté qui serait la meilleure réponse ?

6. Comment traiter cette dernière ? Par un appui sur un lien traditionnel ou assumer la responsabilité personnelle ?