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De l’antiquité aux stoïciens puis à Pic...

De la dignité de l’homme politique

jusqu’à la Déclaration universelle des droits de l’homme...

dimanche 25 juillet 2010, par Picospin

Une sorte de respect de soi-même et d’autrui, qui n’a pas à se marquer au dehors » ou encore, selon la magnifique formule de Ricoeur, cette « exigence plus vieille que toute formulation philosophique » qui tient à ce que « quelque chose est dû à l’être humain du seul fait qu’il est humain.

Pour Aristote et Platon, cela ira encore plus loin en fondant la dignité sur la valeur absolue des personnes. Pour eux, « l’être humain est infiniment au-dessus de tout prix ». Kant fonde la dignité sur la valeur absolue des personnes, d’autant plus que pour lui, l’être humain est infiniment au-dessus de tout prix. La reconnaissance de la dignité d’autrui, de sa valeur absolue, concerne « la personne au sens le plus profond », c’est-à-dire la personne au-delà des contingences particulières qui la caractérisent. Nous sommes au plus près, ici, du « visage », tel que présenté par Lévinas, qui fait naître la conscience morale par une injonction irrépressible : « Le sens de l’humain est donné par la conscience morale, par cette exigence de nous-mêmes à l’égard de nous-mêmes qui nous fait pressentir qu’en causant injustement du tort à autrui, c’est immédiatement à nous-mêmes que nous faisons du tort. » En évoquant et invoquant le droit de disposer de soi-même particulièrement en fin de vie, cette réflexion met en question « l’intrusion du droit dans le champ de la morale », et vice versa, mais elle conteste surtout le principe stoïcien qui place « la liberté de la personne au fondement de son autonomie ». La dignité humaine est irréductible, même à ce dogme de l’être humain autofondé : L’appropriation de la dignité humaine fait reculer le veto de l’être au profit d’une reconnaissance de « l’être lié par quelque chose qui le dépasse », c’est-à-dire par un sens commun, quel que soit le nom qu’on lui donne, la transcendance divine telle qu’évoquée par Plotin, la « fraternité humaine » ou le « refus de l’inacceptable. Les chrétiens ont un mot pour résumer le sens de la dignité humaine : l’Incarnation. Comme l’écrivait Jean-Paul II : « Le Christ sauveur confirme dans toute leur plénitude les droits de l’homme en restaurant celui-ci dans la dignité qu’il a reçue du seul fait d’avoir été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. » L’équipe de penseurs réunis dans La Dignité humaine, sur une base laïque, utilise les mots de la philosophie pour redire, à la suite de Pascal, que « l’homme passe infiniment l’homme ». La qualité de l’homme, qui est la même pour tous, n’admet pas de degré et renvoie à l’idée que « quelque chose est dû à l’être humain du seul et simple fait qu’il est humain » ce qui signifie que tout homme mérite un respect inconditionnel, quel que soit son âge, son genre, sa santé physique ou mentale, sa religion, sa condition sociale ou son origine ethnique. Un des conceptions dominantes de la dignité humaine consiste en une attribution pour tous d’un attribut égal à toute vie humaine. L’autre fait appel à l’autonomie de la volonté en tant que seul élément véritablement digne.

1. Chronologiquement, les sources historiques de la notion de dignité ont donné à l’homme l’attribut d’honneur lié à l’exercice d’une charge ou d’un office public

2. Conféré la conception stoïcienne, qui accordait à toute vie humaine le caractère de dignité : chacun, esclave ou maître, étant libre de s’engager dans la recherche de la sagesse. Mais si la dignité stoïcienne, entendue en ce sens, était universelle, elle était aussi difficile à atteindre, puisque seul le sage stoïcien était véritablement digne et que la sagesse stoïcienne implique l’indifférence vis-à-vis du corps et de ses douleurs, ce qui minimise peu l’aide apportée à la douleur, la souffrance qui sont actuellement au cœur des débats sur dans les débats en bioéthique.

3. Chez Kant, on évoque la capacité d’agir moralement en dehors de déterminations empiriques, et sensibles, de la volonté ce qui convoque le devoir moral ou l’impératif catégorique d’agir librement, y compris et surtout contre les inclinations du désir et de la chair. Cette dignité se distingue du respect de la vie en tant que vie sensible et souffrante dans la mesure où elle est respect de la liberté humaine, c’est-à-dire de l’homme en tant qu’être suprasensible. Cette insistance kantienne sur l’autonomie de la volonté conduit, en bioéthique, à des problèmes parmi lesquels se pose la question de la décision à prendre dans les cas de comas. L’introduction plus récente des principes de prévention ou de précaution d’après Hans Jonas complique la problématique par la prégnance de la notion de prudence.

4. la dignité conçue dans son acception biblique peut justifier des recherches comme sur les embryons en ce que l’homme, fait à l’image de Dieu, détiendrait un privilège à l’égard de la nature et devrait l’organiser mais cette même dignité judéo-chrétienne peut au contraire être invoquée comme argument contre la recherche sur les embryons, au nom de la « dignité de toute vie », incluant celle de l’embryon. Dans les cercles d’obédience religieuse, on conseille de substituer la notion de « respect pour l’autonomie » à celle de dignité ce qui explique que la dignité soit si souvent invoquée signifiant quelque chose se situant au-delà et au-dessus du respect pour les personnes ou leur autonomie.

5. La dignité humaine dans le droit international
Le concept formel de « dignité humaine » occupe une place éminente dans le droit humanitaire, et notamment dans les textes relatifs à la bioéthique, la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme de l’UNESCO (2005) et la Convention sur les droits de l’homme et la biomédecine du Conseil de l’Europe (1997), la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) reconnaît que tous les membres de la famille humaine possèdent une « dignité inhérente » et disposent que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. La Charte européenne des droits fondamentaux (2000) (intégrée dans le traité de Rome de 2004) est consacrée à la dignité humaine. Certaines normes de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948) s’inspirent aussi directement du principe de respect de la dignité humaine, notamment celles relatives au droit à la vie, à l’intégrité de la personne, à l’interdiction de la torture et des traitements dégradants ou inhumains.

Lire demain : les conséquences politiques du non respect de la dignité

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