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De la médecine curative au courant « palliativiste », quel chemin à emprunter ?

lundi 22 juillet 2013, par Picospin

Est-il opportun de comparer l’état de santé de ces patients entre leur entrée dans la médecine curative, leur sortie de cette catégorie du soin et celle de leur séjour au sein de la médecine palliative qui s’honore souvent, se flatte parfois de renflouer un état de santé psychique sinon psycho- affectif et corporel détérioré par la prise en main et la domination d’une médecine plus axée sur le maintien d’un équilibre somatique précaire que sur l’atteinte d’un état de bonheur relatif considéré par la plupart des philosophies comme le parangon d’un état de bien-être même si sa durée ne doit qu’être éphémère ?

Traces visibles ou invisibles ?

Peut-on découvrir dans l’histoire de la médecine des traces du passage de tentatives, velléités de certains courants médicaux qui avaient eu pour perspective d’effacer les vestiges, le sillage des profondes empreintes creusées dans les chairs des souffrants pour planter à leur place des jardins d’Eden suffisamment fleuris pour compenser les dégâts causés par l’endolorissement prolongé de certaines parties du corps au profit d’un bien-être physique et psycho-affectif capable de rendre du gout à la qualité de la vie, ne fut-ce que pour la durée limitée de ses derniers instants. Arrivée récemment sur le marché complexe et de plus en plus riche de l’art de soigner, la médecine palliative avait un longe et tumultueux chemin à parcourir pour en reconnaître ses limites, définir ses frontières avec les interventions médico-chirurgicales, l’intrusion des nanotechnologies, des inventions prothétiques et de tous les apports que ne cessent de fournir les dérivés des inventions promises aux applications censées faire de l’homme un être augmenté par ses performances, ses accomplissements, ses exploits et prouesses.

Quels objectifs ?

Ces objectifs valent surtout pour rendre tout son équilibre au handicap, afin de compenser les imparfaites exécutions de la nature aux êtres vivants « jetés sur la terre » comme le dirait Heidegger pour y mourir en tant « qu’être pour la mort ». Il est intéressant de noter que nombre d’ouvrages consacrés à l’histoire de la médecine soulignent les effets sur cette profession de la richesse des avancées considérables dans toutes les branches de l’art de soigner comme si ces progrès dans l’art de soulager les maux des êtres vivants n’étaient qu’à mettre sur le compte de la soif de savoir, de l’avidité irrationnelle impossible à maitriser qui serait le propre de l’homme. Dans cette soif incoercible de connaître, il serait moins question de se mettre au service de l’homme et de ses souffrances, de l’éradication de ses maux que de se consacrer à satisfaire ses plus intimes désirs, ses passions les plus secrètes et en définitive d’honorer son moi sinon son surmoi pour y ériger sa propre statue au seul bénéfice de sa gloire, voire de celle de sa corporation.

Une nouvelle ardeur

Certains souhaitent réfréner cette ardeur ou cette autosatisfaction pour transférer quelques succès éphémères vers des compartiments extra-médicaux, sorte de délocalisations propices aux activités déployées dans les domaines des sciences qui n’appartiennent pas nécessairement à l’art médical et au sein desquels se situent des territoires aussi vastes et spécialisés que le sont l’industrie chimique ou pharmaceutique, l’hygiène, et plus près de nous, la génétique, l’imagerie et toutes les nouvelles spécialités annexées par la médecine et la biologie, l’électronique et la mécanique qui renforcent les capacités de l’homme, celles malheureusement perdues dans le combat inégal avec la nature et celles liées aux accidents imputables aux prises de risques inévitables dès lors qu’une vie est engagée et que l’âme lui commande d’aller jusqu’au bout d’elle-même et du corps avec lequel elle partage son existence. Aucune découverte ne nous délivrera de notre angoisse dont nous tentons de nous débarrasser à l’aide des dosages répétés du taux sanguin de cholestérol, par les tranquillisants qui battent des records de consommation dans les pays en proie à la dépression et à la perte de confiance en son propre avenir.

Dieu et l’Église

Le discours des médecins s’inscrit dans celui de l’Église qui place Dieu à la place de le première cause dans l’irruption des maladies dans un corps sain si ce n’est altéré déjà par les modes de vie « fatigants » qui président aux occupations diverses des populations évoluant dans le microcosme du corps humain et, au-delà de celui-ci le macrocosme constitué par l’univers, le ciel, la terre et avec lui l’eau, l’air et le feu responsables de la sécheresse, du froid, de la chaleur et de l’humidité. On profite de cette catégorisation pour attribuer à l’être humain, à l’organisme des caractères dominants que seraient les tempéraments sanguin, flegmatique, bilieux ou mélancoliques, également répartis dans les cas de bonne santé mais tendant au déséquilibre quand l’une de ces participations à la construction de l’organisme domine les autres. En ces cas, la maladie apparaît sous toutes ses facettes plaçant le corps médical dans une position interrogative sommée de choisir entre une de ces hypothèses pour parvenir au diagnostic. Ce dernier entrainera le choix fort restreint entre plusieurs options thérapeutiques dont aucune ne s’avérera assez solide pour entrainer la guérison et encore moins le recul de la cause pathologique, aboutissement de la vertu curative de stratégies thérapeutiques hésitant entre les options simplificatrices que sont le "saignare, purgare, clysterium donare" déjà dénoncé par Molière.

Ce bon Molière

Ici, il s’agissait d’adopter une attitude offensive envers la maladie pour s’obliger à combattre avec retenue sous la conduite d’un système de défense fortement inspiré par les dispositifs défensifs élaborés au cours des guerres du 20è siècle qui ont vu successivement se mettre en place la ligne Maginot, d’une part, le mur de l’atlantique de l’autre. Ces tactiques défensives ont été construites sous l’influence de la théorie de « l’art de guérir par l’expectation » inspirée par les références fort anciennes de la Natura Medicatrix chantée par Hippocrate qui préconisait de laisser faire la nature surtout lorsqu’elle tend à évacuer les humeurs viciées. Cette période de relative stabilité, sinon passivité sera suivie par une évolution rapide entre 17è et 18è siècles, lorsque le renouveau de la science moderne finira par s’appuyer sur le doute méthodique et le primat de la raison et de l’expérience. Pas pour la médecine qui reste confinée dans un fatalisme auquel l’Église n’oppose guère de résistance scientifique efficace.

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