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De la politique à la mort et à ses soins : le procès Bonnemaison

dimanche 22 juin 2014, par Picospin

Il s’agit de celle appelée Vincent Lambert, qui dure depuis de longues années à l’instar du nom de la victime qui se trouve dans un état végétatif chronique, encore appelé pauci réactionnel, à la suite d’un grave accident de voiture et qui a omis de laisser des directives anticipées pour orienter les décisions qu’il souhaitait voir prendre à sa famille en cas de perte de ses moyens d’expression. Malgré cette lacune, des responsables médicaux et certains spécialistes juridiques ont pris leurs responsabilités. Les uns ont décidé de suspendre alimentation et hydratation alors que les autres se sont précipités sur cette occasion pour contrer ces décisions conduisant directement à la mort sous forme d’une euthanasie dite passive. C’est ce que l’on appelle par un doux euphémisme une loi donnant à la médecine l’autorisation de se retirer.

Une discipline hors jeu

Cette discipline étant considérée comme hors jeu, il reste aux juridictions sollicitées pour donner leur avis à prendre l’affaire en mains ce qui doit se solder dans un avenir très proche à déléguer au Conseil d’État la mission le soin de statuer définitivement sur une affaire au sujet de laquelle certains affirment que le patient avait bien émis une opinion sur ses vœux en cas d’impossibilité de s’exprimer alors que d’autres avaient nié cette version des faits. L’autre affaire sort du cadre de l’euthanasie passive pour entrer dans le cadre de sa version active. Il s’agit de l’initiative prise par un médecin urgentiste de prendre la responsabilité de mettre fin délibérément à la vie de certains de ses malades parvenus à la fin de leur vie. Ce qui complique les décisions juridiques à prendre à son égard est le fait qu’il ne s’est entouré d’aucune garantie lui permettant d’agir à sa guise comme celle de solliciter l’avis de ses collègues ou de leur confier ses interrogations éthiques. D’un autre côté, nombre des témoins cités insistent sur le caractère dramatique de leur mission dans les soins palliatifs qui épuise leurs réserves d’énergie.

Comment côtoyer la mort

Côtoyer la mort, l’accompagner, la soigner si besoin et si possible constitue un ensemble de pratiques médicales qui se situent à la lisière de la médecine traditionnelle et franchissent les frontières des soins à prodiguer à ceux qui sortent de la vie pour entrer sur le territoire de la mort. Ces allers et retours permanents exigent une sérénité et une sagesse hors du commun et le soutien permanent des collègues associés au sein de groupes de paroles pour soutenir la souffrance déléguée par les mourants aux soignants vivants. La souffrance des mourants a été prise en charge primordialement par la médecine laissée seule, face à la mort de l’autre.

Médecine, société, puis juridictions

Dans la mesure où ce face à face avec la fin de vie est diffusé à la société, cette dernière a pu assister cette dernière dans la tâche malaisée, tragique, douloureuse d’une médecine qui n’a ni pu ni su, faute d’éducation et d’apprentissage à gérer le problème de la fin de vie. On lui a confié le soin de s’occuper d’autrui dans toute l’acception du terme par une sollicitude continue à son égard, exceptionnellement interrompue par une intervention d’euthanasie pour laquelle elle n’avait ni droit légal, ni technique et encore moins juridique et éthique.

Bonheur de la médecine, malheur du droit

Peut-être n’est-elle pas si mécontente de se trouver soulagée de toutes ces missions désormais prises en charge par le juridique dont on attend, par l’intermédiaire des tribunaux administratifs et surtout du Conseil d’État d’endosser les responsabilités des décisions suprêmes. La conscience de tous sera enfin soulagée.