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Malaise des enseignants et des élèves

De réformes en réformes : le destin tragique des enseignés et des enseignants

Face à l’immobilisme et à la désuétude, quelles solutions ?

lundi 8 mars 2010, par Picospin

C’est l’objectif. Il est dommage qu’il ne cible pas les élèves qui devraient être les principaux bénéficiaires de ces arrangements dont un Ministre de l’Education, ancien enseignant de luxe, était l’auteur.

Agitation en pédagogie

Comme il est accoutumé de s’agiter dans les milieux de la pédagogie, ce qui devrait être placé comme priorité est déplacé en dernière position, en queue de peloton. L’important étant d’être lauréat de concours et non pas formé aux difficultés et aux pièges de l’enseignement à un moment où les élèves et étudiants doivent être recadrés, les parents rassurés et les enseignants apaisés devant les difficultés croissantes de leur métier sinon de leur mission. Les responsables de la formation des enseignés comme ceux des enseignants paraissent se rendre compte de l’impossibilité à remplir leur mission. Comment peut-on enseigner sans enseignants ? L’aveu est tel que l’enseignement sera remplacé par un accompagnement dont on ne précise ni le contenu, ni la formation des accompagnants, ni même le degré de formation de cette nouvelle catégorie professionnelle dont on ne sait rien, sauf que la formation risque d’être hautement déficitaire, le niveau culturel très bas et la capacité d’adaptation aux enseignés très étroite si l’on veut bien tenir compte d’un savoir réduit et d’une maturation fruste.

Précarité

Dans les conditions précaires d’une tâche médiocrement remplie, est-il opportun ou nécessaire de répéter à l’envi les textes et contenus des principes de précaution et de responsabilité écrits par Hans Jonas qui avait dédié ces paroles aux descendants actuels de nos générations afin que le monde actuel soit en état de leur préparer et de leur offrir un monde futur propre, bien entretenu, débarrassé autant que faire se peut de toute pollution et apte à les accueillir sur une planète protégée des catastrophes naturelles et de celles liées aux inconduites des hommes. Le constat actuel est sombre, la vision pessimiste et les prévisions empreintes de scepticisme. n septembre, comme à chaque rentrée, le ministère devra placer devant des élèves des enseignants débutants. La différence, c’est que cette fois, une partie d’entre eux auront un handicap supplémentaire : ils seront encore plus débutants que leurs prédécesseurs et n’auront pour certains même jamais vu une classe.

Un héritage difficile

Ce sera l’un des effets de l’entrée en application de la réforme de la formation des enseignants, engagée en 2008 par Xavier Darcos, alors ministre de l’éducation, et dont son successeur Luc Chatel a hérité. Pour le ministère, tout va bien. En organisant le "compagnonnage", c’est-à-dire l’accompagnement des profs débutants par des enseignants expérimentés, cette réforme va introduire du concret et du bon sens à la place des théories pédagogiques issues de 1968. Pour tous les autres dans l’éducation nationale, y compris les adversaires de ces théories, tout va mal. Ils regrettent qu’on prenne le risque de mettre des jeunes non formés face à des élèves qui vont servir de cobayes.A part quelques officiels, personne ne semble croire vraiment en la viabilité de cette réforme. Ayant manqué d’un cheveu le concours 2008 de professeur des écoles, un candidat à ces accompagnements a été nommé après une formation de quelques jours, sur un poste de remplaçant dans une "zone d’intervention limitée" du Val-de-Marne.

Tranches de vie

Pour lui, cela s’est "bien passé" grâce à son expérience antérieure. Ayant "toujours voulu être enseignant", il a passé une licence de sociologie et s’est dirigé vers le primaire "en raison du caractère généraliste et polyvalent de cet enseignement". Par ailleurs, il avait brièvement enseigné dans le secondaire privé et travaillé comme animateur. Mais, dit-il, "tenir le coup ne suffit pas". Est-il vraiment justifié d’exercer la profession d’animateur comme un vulgaire journaliste de télévision ou de radio qui s’enthousiasme pour un oui ou un non, embrasse les jolies filles devant les écrans de télévision et raconte des histoires considérées comme drôles sous les applaudissements fournis de quelques adolescents enthousiasmés de se trouver sur des banc publics en si bonne compagnie. Est-ce cela l’éducation dont rêvent les parents qui voudraient que leurs enfants construisent leur vie, planifient leur carrière, organisent leurs loisirs de manière toujours utile pour eux-mêmes comme pour les autres. Comment peut-on demander à des étudiants de remplacer dans les classes les débutants qui partiront en formation... "C’est risqué."

Pédagogie : un rôle mineur

Il est vrai que dans l’organisation de l’enseignement en France, le thème et la matière la plus importante ont toujours été considérés comme négligeables par rapport au contenu de l’enseignement et du discours des enseignants. La pédagogie y joue une place secondaire alors qu’elle constitue la clef de voute de tout apprentissage de la part des élèves et étudiants. Dans ces conditions, il n’est guère surprenant que les résultats tant décriés de l’enseignement en France se place à un rang aussi médiocre dans les classements de Shanghai ou d’ailleurs. La responsabilité n’en incombe nullement aux enseignants et aux élèves mais bien à un système moribond, hors d’âge, immobile, conservateur et totalement inefficace où seuls les modes de sélection par concours sont importants ce qui est en réalité la partie la moins importante de la scolarité car contraignante, stressante, inhibitrice et psychologiquement négative.