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Les difficultés d’application de la Loi Leonetti

Débats sur l’euthanasie en France

L’affaire Lambert

jeudi 8 mai 2014, par Picospin

L’euthanasie est interdite en France mais l’acharnement thérapeutique l’est aussi. Référence est faite à Vincent Lambert que sa mère ne voulait pas laisser partir parce que ses lésions étaient considérées comme irréversibles et qu’il n’est pas conscient de l’état dans lequel il se trouve.

Libre de vouloir mourir ?

À quel moment l’issue peut-elle être considérée comme fatale ? La question essentielle qui se pose quand il s’agit d’envisager la solution de l’euthanasie serait celle de la liberté pour l’homme car on peut se poser la question de savoir si on est libre de vouloir mourir. Il faut se munir de la garantie de ne pas être soumis à l’ingérence de la famille, avant de se diriger vers un dispositif faisant appel aux directives anticipées. Si on est en état végétatif, on peut concevoir que la personne dans cet état ne veuille pas survivre ainsi. La loi Léonetti constitue un progrès dans les manières de conduire les processus au choix chez ces types de malades, mais ne elle ne suffit pas à résoudre tous les problèmes qui se posent à propos de la vie et de la mort chez des malades aussi gravement atteints. Dans le cas qui nous préoccupe, la personne en question est moins malade que handicapée. La loi doit être modifiée pour qu’elle devienne contraignante pour le corps médical.

Conscience minimale

Les patients en phase terminale peuvent demander de partir dans un état de conscience minimale. Un exemple qui illustre la difficulté de prendre une décision adaptée à la situation réelle du malade inconscient ou pauci relationnel est celui d’une femme dans le coma qui témoigne qu’après en être sorti, elle a entendu les gens parler autour d’’elle au point qu’elle se souvient d’avoir entendu l’échange de paroles de la part de son entourage et à propos duquel on avait fait allusion au choix du cercueil qui devait lui être destiné. La responsabilité finale devrait incomber aux médecins. La loi Leonetti serait une ingérence d’autrui, il faut accepter que des questions soient posées.

Un autre cas

Le cas de Vincent Himbert en septembre 2000, illustre les difficultés auxquelles doivent faire face les décideurs pressentis pour apporter leur solution au dilemme posé par ces cas. Le patient nommé Himbert a été victime d’un accident grave qui le laisse lucide et entendant, capable de parler de la mort, comme il l’avait fait avec sa mère quand il lui a dit que « si tu m’aimais tu me laisserais mourir ». Elle a été placée en garde à vue et inculpée, au terme de la mission confiée à un comité d’éthique et qui débouche sur un non lieu. Le patient en question n’était pas en phase terminale mais très handicapé. Il faut demander une loi qui légalise les conditions de la fin de vie, ce qui n’exclut pas le devoir de donner à la société les moyens de faire vivre un individu ayant pris la décision de continuer dans cette voie ou de l’interrompre. Le débat se se focalise alors sur l’arrêt de suspension de traitement et la mise en place d’une sédation, ce qui ne dispense pas de poser la question de déterminer si boire et manger appartient à la catégorie des traitements ou à celle des soins.

Qui serait concerné par légaliser ou dépénaliser l’euthanasie, le droit de mourir ?

On pourrait bénéficier d’une sédation pour ne pas souffrir pendant la phase de la fin de vie. L’hydratation serait un traitement, une ouverture d’une aide à mourir qui permettrait d’éviter de fragiliser les dispositifs existants si l’on fait référence à l’observation que 3% des décès en France relèvent de la décision des médecins de laisser la mort venir ou de la donner sans qu’on se serve du verbe « tuer ». Mettre fin à la vie de quelqu’un est une euthanasie active et passive. Kafka a dit : si vous ne me tuez pas vous êtes un assassin. L’aide médicale à mourir pose la question des modalités à mettre en œuvre qui ne soient pas brutales et gardent intacte la question de la liberté, à propos de laquelle on doit poser la question de la valeur suprême qui pourrait être celle de mourir pour la liberté. On vit dans un état laïc qui doit laisser libre, si l’on tient compte de l’opinion selon laquelle la mort n’appartient pas aux politiques, comme le dit Raffarin.

Le bien commun

L’état doit justifier la recherche d’un bien commun. Il faut montrer comment on peut différencier ceux qui sont ou ne sont pas concernés, dans une institution qui a le souci du bien commun. Pour éclairer les débats, qu’on se réfère au « Suicide assisté dans l’Orégon », destiné aux patients qui ont moins de 6 mois à vivre, répètent deux fois leur demande, doivent prendre la pilule mais, parfois renoncent à accomplir ce geste. Ils peuvent prendre ou pas, ce n’est pas un suicide, permet d’éviter les demandes de mort. Dans le « Droit de mourir dans la dignité » il s’agit de mourir plus dans la liberté que dans la dignité, le droit de mourir en fait partie. Sauf chez les penseurs religieux, l’opinion générale des philosophes est que le suicide fait partie des droits de l’homme. Mais les riches meurent dans des cliniques situées dans des pays qui offrent les moyens de satisfaire les désirs de leur clientèle fortunée mais pas les pauvres qui doivent s’éteindre dans les établissements les moins luxueux.

Vouloir mourir ?

Si on veut mourir pourquoi en empêcher ceux qui le veulent de le faire à moins de faire allusion à une absence de solidarité de plus en plus fréquente et aux inégalités dans la répartition des Soins Palliatifs malgré la présence des aidants et de la persistance d’une certaine solidarité, fait qui empêcherait d’accuser la société. Il y a des oppositions anciennes, philosophe politique, amoureux du bien commun, on redoute qu’on ait profitabilité qui permet les dérives s’il n’y a aucun contrôle. Économiquement on n’aura pas les moyens de s’occuper de tout le monde. De quel droit m’interdire de me suicider, si on veut le demander. D’où la nécessité de circonscrire le sujet pour avancer dans un débat difficile qui doit être mené avec circonspection et débarrassé de l’influence des passions au profit de la raison.