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Décisions sous influences

jeudi 1er septembre 2011, par Picospin

Les résultats des délibérations qui mènent à ces prises de position paraissent d’autant plus étranges qu’elles ont parfois, sinon assez souvent été prises moins à l’occasion de la survenue d’un état affectif particulier ou paroxystique que dans une certaine sérénité apparente dont on pense qu’elle a entaché sérieusement l’équilibre de la rationalité.

Cette dernière a eu toutes les occasions d’être déséquilibrée par des affects intervenus préalablement à l’engagement d’une délibération interne, individuelle avec ce que l’on appelle sa conscience. Elle est liée à des circuits génétiquement spécifiés des régions cérébrales qui contrôlent la respiration, la fréquence et l’intensité des battements du cœur, l’équilibre de notre métabolisme, la recherche de nourriture et d’habitat afin ‘éviter les prédateurs et de nous mettre en condition de reproduire. Ces circuits interviennent dans la régulation biologique du corps et dans le développement et le fonctionnement des structures évolutivement modernes du cerveau. Le génome permet de spécifier et de mettre en place la forme générale des circuits et des systèmes, voire leurs détails précis sous l’influence des circuits façonnés de manière innée et celle des circonstances de l’environnement. Les mécanismes qui régulent et président à la biorégulation des circuits sont impliqués dans les processus de survie de l’organisme et de ce fait renseignés sur ce qui se passe dans les régions « modernes » du cerveau comme ils le sont de ce qui se passe de bon ou de mauvais dans les situations et l’efficacité des influences sur le fonctionnement des circuits dans le reste du cerveau pour que ces derniers soient en état d’aider l’organisme à survivre efficacement. La situation s’éclaircit dès lors que l’on tient compte du fait que nous sommes précablés pour percevoir la douleur et le plaisir apparemment pour permettre à la souffrance de nous alerter et de nous protéger en faveur de la survie et contre le risque de mort. Les sujets qui sont dépourvus de ce système d’alerte sont incapables d’acquérir des stratégies comportementales normales et les remplacent par des rires de « nervosité » et de contentement. C’est pourquoi, en l’absence de douleur de freinage ou de système d’alerte douloureux, la tolérance mécanique dépasse le seuil de tolérance mécanique d’une articulation ou de tout système locomoteur pour l’entrainer dans un circuit fermé de lésions mécaniques évolutives dont la gravité devient irréversible. Comme elle n’est pas ressentie, les réactions positives prennent le pas sur les négatives ce qui permet de supposer que les systèmes-ressorts de la douleur ou du plaisir jouent un rôle dans le développement des stratégies de prises de décision et d’exécution. Et si on allait chercher dans cette « niche » les raisons des aberration intellectuelles de la part de certains grands de ce monde qui se sont emparé du pouvoir en raison de leur paranoïa subaigüe ou chronique pour soigner une dépression chronique qui les maintient dans un état de stupeur alternant avec des obsessions, des terreurs, des frayeurs, des états d’excitation au cours desquels ils sont encore capables de créer, y compris de manipuler les autres comme pantins désossés entre les mains de déments sans foi ni loi, aussi dangereux pour eux-mêmes que pour ceux qui les suivent aveuglément comme par un puissant électromagnétisme capable de soulever les foules jusqu’à leur faire accomplir des actes de suicide collectif à l’instar de ce que nous avons vu dans le Bunker de Berlin. Y a –t-il une ressemblance quelconque de ce spectacle avec celui présenté par les grands suicides collectifs inspirés par les gourous des sectes qui ne laissent échapper personne à leur influence. Peut-on comparer ces attitudes, cette emprise psychologique, morale et physique à celle des régimes totalitaires presque tous mis sous coupe réglée par des leaders pathologiques dont la gravité de l’état psychique se détériore à mesure qu’il est entrainé à accomplir sa « mission » auprès des peuples qu’il se destine à soumettre, à protéger ou à asservir ?

Damasio AR. L’erreur de Descartes. Paris, Odile Jacob, 2010.