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Où atterrir ?

Décollage de l’escadrille Malraux

Quels choix ?

lundi 25 mai 2009, par Picospin

Il était facile dès lors de faire appel aux muses et aux héros pour qu’ils fassent un appel général destiné à faire revenir auprès de son noyau dur les forces, les valeurs, les objets précieux égarés dans la boue de la Champagne sous la menace des forces hostiles qui combattaient pour la liberté et aussi pour l’honneur.

Ce mot d’honneur ainsi que d’autres symboles des comportements humains portés à leur paroxysme, Malraux les adorait. En en prononçant le nom jusqu’à le faire répercuter et résonner dans les anfractuosités les plus secrètes des murs, les crevasses les plus dérobées, les orifices les plus dissimulés, le Ministre de la Culture chantait un hymne pour lui-même, pour son héros infatigable, de Gaulle, et pour sa patrie que, pourtant, il ne contribua pas toujours à honorer de la meilleure façon qui soit par ses comportements quotidiens, ses actions d’éclat, ses transgressions morales dont la conception et l’exécution ne cessent de poser des questions d’éthique pour un personnage descendu tout droit de l’histoire et qui avait pris pour mission de s’en inspirer, de s’y réfugier, d’y trouver en permanence une source d’inspiration, ne serait qu’à travers sa traversée des grands moments avec lesquels il a joué, qui l’ont guidé et qu’il a guidés par ses volte faces et ses niches incessantes. Il n’a cessé de passer d’une idéologie à une autre sous la bénédiction d’un peuple qui appréciait ses écrits, son style, son goût d’autodidacte, et chez lequel la symbiose entre un général étrange et original et celle d’un aventurier cultivé faisait merveille dans une aura de célébrité accentuée par un talent d’acteur et d’orateur qui mêlèrent leurs effets pour construire une sorte de héros mythique dont la voix sortie des profondeurs de l’histoire finit par atteindre la réalité d’un sol qu’il aimait à quitter pour s’envoler vers le ciel de gloire. Le retour au Panthéon fut-il plus terrible pour autant ? Malraux était-il un homme d’action ? En ce sens, il ressemblerait plutôt à Sarkozy qu’à de Gaulle qu’il a fini par rejoindre après un parcours qui l’a mené de la gauche à la droite, des révolutionnaires espagnols aux conservateurs français. Il a entonné plusieurs chants modulant ceux de la résistance, de "l’Internationale" jusqu’à la "Marseillaise" sans qu’on puisse l’accuser de manquer de fidélité à la foi embrassée, aux mouvements amorcés et aux choix décidés. Peut-on l’accuser de transgression des lois de la société, de l’honnêteté, des règles élémentaires de la bienséance alors qu’il savait très bien à quelle porte frapper, pour réaliser son bien personnel, quelles voies ouvrir pour tracer un chemin de réussite, de gloire ou de reconnaissance ? Il connaissait par excellence les voies royales, les lits de femmes qui allaient le conduire à la célébrité, comme il savait s’envoler avec une escadrille pour atteindre le ciel, toucher l’azur et tracer dans les nuages, les empreintes de son passage dans la voûte céleste. Comment s’est-il mis à voler sans les aptitudes et l’expérience de saint Exupéry ? Un miracle, un don du ciel, la transformation d’une force spirituelle en une énergie motrice ?

Questionnement éthique :

1. Comment sélectionner le "bon" Malraux, celui qui a su choisir entre le clinquant des mots, les pirouettes des salons, les baise-mains aux dames, les signes et manifestations qui allaient lui apporter la gloire ?

2. Est-ce que Malraux est un tricheur de la culture ? Est-il possible qu’il ait berné autant de gens par son brio, son style, sa conviction sinon ses convictions ?

3. Peut-on réellement l’accuser de malhonnêteté, d’escroquerie sinon de vol au cours de ses expéditions indochinoises ?

4. Peut-on dire la même chose de son instabilité politique qui ressemble plus aux agissements d’un aventurier qu’à ceux d’un personnage politique, littéraire et mondain engoncé dans un habit d’académicien ?