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Qui sont les plagiaires ?

Définition possible ou impossible du plagiat ?

Copier est-il utile à l’apprentissage ?

mercredi 13 janvier 2010, par Picospin

Cette faute, puisqu’elle doit bien être considérée comme telle s’est étendue et multipliée à mesure que les techniques de la microinformatique ont envahi l’espace de l’écriture, de la publication, de l’impression sous la désormais fameuse désignation de « copier coller ».

Une technique facile

On sait que cette technique permet de réinsérer dans les textes des morceaux et extraits entiers d’écrits, articles, papiers déjà publiés sans nécessairement citer leurs sources. Une telle approche est considérée comme un vol, au même titre que celui qui consiste à dérober à la devanture d’une épicerie des citrons ou des oranges sans les payer au propriétaire. Le plagiat consiste à s’inspirer d’un modèle que l’on omet délibérément ou par négligence de désigner. Le plagiaire est celui qui s’approprie frauduleusement le style, les idées, ou les faits. La contrefaçon est en terme juridique, un délit contre le droit d’auteur. Juridiquement, ce dernier ne protège que la forme accomplie d’une œuvre, tandis que l’idée qui l’a inspirée et le style qui l’a mise en forme et les informations elles-mêmes, restent « de libre parcours ». La limite entre l’inspiration, l’imitation et la contrefaçon est parfois difficile à déterminer. La meilleure façon de s’affranchir d’une accusation de plagiaire est de citer systématiquement les sources sur lesquelles son travail est fondé, ce qui est obligatoire quand on s’appuie sur le droit de citation.

Libre parcours

Si les idées sont de libre parcours car tout le monde peut les reprendre, le plagiat va au-delà car le plagiaire dans son intention, tente d’usurper une gloire indue en s’appuyant sur l’œuvre d’un autre auteur. Il emprunte sans le dire la forme de l’expression. La contrefaçon est devenue une mode depuis que dans les pays particulièrement actifs, certains objets couteux en provenance de sociétés dont les prix de vente sont chers pour être vendus à des prix très bas ce qui constitue naturellement pour les véritables auteurs et propriétaires des inventions, dessins ou modèles un manque à gagner qui risque de leur être très préjudiciable. Elle est d’ailleurs traquée par les douanes qui cherchent avec une grande avidité à détecter aux frontières les produits contrefaits qui traversent clandestinement les frontières pour être écoulés dans le pays « d’accueil » à des prix et des tarifs nettement plus bas que leur modèle d’origine. Cette histoire est aussi vieille que le monde quand on considère que le fait de copier est l’acte originel de l’homme puisque l’enfant au stade de petit homme est déjà encouragé pour apprendre à copier le modèle parental avant de voler de ses propres ailes et d’inventer et créer à son tour des œuvres considérées comme originales.

Stigmates de l’originalité

Qu’est-ce qui est original et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Comment juger puis déterminer, discriminer le faux du vrai quand on sait que l’espionnage industriel consiste à regarder discrètement chez le voisin et le concurrent ce qui s’y fait pour s’inspirer de ses produits afin d’en approcher les formes, les couleurs, les conceptions. Jetez un simple regard sur la mode et les voitures. Vous vous apercevrez que ces dernières se présentent presque toutes sous le même aspect à quelques rares détails près. Cette similitude peut être désignée sous le terme de « tendance » par lequel on peut facilement exonérer les concurrents de toute velléité de copie. Dans le domaine de l’écrit, de la littérature, un logiciel vient d’être créé avec lequel on tente de créer une traque des plagiaires pour démasquer le travail de démarquage et de transformation visant à masquer la source. Comme cette opération n’est pas toujours efficace, on a mis au point des programmes informatiques opérant non seulement sur le vocabulaire ou les mots employés mais sur la nature même du style.

Même Corneille, Molière, La Rochefoucauld

Quand on connaît la multiplicité des plagiats et la forte quantité de plagiaires et non des moindres, est-on pour autant plus enclin à la permissivité d’autant plus que la tâche de ces « copieurs » est facilitée par le nombre considérable de dictionnaires des synonymes, d’assistance par l’internet qui permettent la reproduction, la dissimulation à l’exemple de celles dévoilées par Madame de Lafayette dans « La Princesse de Clèves » et de La Rochefoucauld ou de l’affaire Corneille Molière qui continue d’intriguer le monde universitaire ? En réalité, il est difficile de détecter les inspirateurs des œuvres. Le culture consiste justement à oublier les sources des connaissances pour les métaboliser en un magma qui sert de nouvelle matière ou de matière rénovée à partir des données de base. Si l’on veut consulter des documents récents, qu’on veuille bien rafraichir sa mémoire à l’aide de la récente affaire de « plagiat » qui a éclaté entre Marie Darrieussecq, universitaire et psychanalyste et Camille Laurens dont les œuvres ont été publiées par le même éditeur ce qui ajoute encore à la complexité de l’analyse des culpabilités et à la désignation des vrais ou faux coupables. Une affaire à agiter les cercles littéraires parisiens ce qui vaut mieux après tout que de compter les victimes des tremblements de terre survenus hier à Haïti.

Le Monde des Livres : 8/1/2010, page 5.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que les techniques actuelles de traitement de textes ne constituent pas une tentation de copier, voire de tricher avec les textes, les données ou les modèles ?

2. La mise à disposition libre de sites internet n’est-elle pas une incitation à s’inspirer et à s’imprégner de modèles anciens de référence par lesquels on risque d’être impressionné ?

3. Comment se tirer de la confusion entre recommandation de s’inspirer de modèles à copier et d’originalité à assumer ?

4. Vaut-il mieux créer une oeuvre originale mais médiocre qu’une copie parfaite ?