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Dehors les mauvais élèves

Dégradations, pollutions et économies sacrifiées

Les censeurs ne sont pas les payeurs

samedi 14 janvier 2012, par Picospin

Ce n’était donc pas une surprise d’apprendre les décisions prises par les agences de notation dans le sens d’une dégradation de plusieurs pays européens alors que d’autres restaient vaillamment debout même s’ils avaient vacillé sous les coups de butoir de leurs propres économistes, de la position des pays fiers d’avoir survécu et des commentaires lancés à la suite de l’annonce de la nouvelle à la fois crainte, attendue, sinon espérée par certains. Alea jacta est auraient dit les Romains avant de traverser le Rubicon au moment où ils faisaient encore confiance à César.

Du monde à la télé

Maintenant, les plateaux de télévision sont remplis de Messieurs sérieux et menaçants qui avec un plaisir non dissimulé affirment à qui veut bien les entendre qu’ils l’avaient bien prédit, que cette situation ne pouvait durer et que le couple franco-allemand marié par des parents illégitimes devait divorcer pour ne plus donner d’illusions au monde entier qui avait assisté goguenard au mariage entre une physicienne saturée de bises, d’embrassades et de caresses politiques par un amoureux éconduit qui revivait à travers sa relation féminine l’aventure en pays tzigane aux sons de violons langoureux, de souvenirs tragiques comme ceux qui s’étaient déroulés lors des convulsions de la monarchie austro-hongroise devant les provisoires vainqueurs de la première guerre mondiale. Pourtant de nouvelles sonorités apparaissaient des deux côtés du front dans le domaine de la musique où l’on entendit les sonorités nouvelles et rebelles des Hongrois Bartok ou Kodaly face aux accents modernes des Ravel et Debussy inventant des séquences et des phrases qui avaient commencé de percer les tympans des habitués aux concerts de Johann Strauss ou de Mozart d’un côté, de Bizet ou Chopin de l’autre. Ici on ne fait plus de musique mais de la finance pure et dure au point de rétrécir les ceintures des populations, de rappeler à l’ordre les faiseurs de dictatures et les novices en économie malgré l’éclosion d’écoles de commerce prestigieuses qui font la fierté des Ministères de l’Enseignement, sans doute à tort et à raison. Standard & Poor’s a déclassé d’un cran la note de la France, et maintenu sa perspective négative.

Un gros panier

Huit autres pays de la zone euro sont dégradés. L’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Finlande gardent eux leur AAA. Pour François Baroin, le ministre des Finances, « ce n’est pas une bonne nouvelle » mais ce n’est « pas une catastrophe ». François Baroin a annoncé la nouvelle au journal de 20 heures de France 2 avant même qu’elle soit officialisée par Standard & Poor’s, peu après 22h30 vendredi. L’agence de notation financière a donc abaissé d’un cran la note de la France, à « AA+ ». « Ce n’est pas une bonne nouvelle » mais ce n’est « pas une catastrophe », a estimé le Ministre des Finances. « Ce ne sont pas les agences de notation qui dictent la politique de la France », a-t-il affirmé. Neuf pays de la zone euro sont dégradés au total par S&P. Egalement sanctionnée, l’Autriche perd son AAA. L’Italie, l’Espagne et le Portugal sont dégradés de deux crans. La note de la dette italienne tombe ainsi à BBB+, soit le même niveau que le Pérou ou la Russie. Le Portugal est relégué dans la catégorie « spéculative » avec une dette notée BB. La France échappe à une dégradation de deux crans. Mais la perspective attachée à sa note reste négative. Autre mauvaise nouvelle pour l’hexagone : l’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande et le Luxembourg sont épargnés.

Peu d’heureux

Il ne reste donc plus que 4 pays dans la zone euro à bénéficier du AAA auprès des trois grandes agences de notation, et plus que 14 dans le monde dont l’Allemagne, l’Australie, le Canada, le Danemark, la Finlande, Hong Kong, le Liechtenstein, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, Singapour, la Suède et la Suisse. Ces dégradations en série pourraient aussi avoir un impact sur la note du Fonds européen de stabilisation financière censé venir en aide aux pays en difficulté (Grèce, Irlande, Portugal). La zone euro est « déterminée » à maintenir le AAA de ce fonds a cependant tenté de rassurer Jean-Claude Juncker. Le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn a « regretté la décision aberrante de Standard & Poor’s », « au moment où l’Europe agit de manière décisive sur tous les fronts pour répondre à la crise ». La nouvelle était anticipée depuis plusieurs semaines. Le 5 décembre dernier, Standard & Poor’s avait placé « sous surveillance avec implication négative » la note de 15 des 17 pays que compte la zone euro. Ses analystes avaient exprimé leur déception après le sommet européen des 8 et 9 décembre, et leur inquiétude face à la dégradation de la conjoncture. Les initiatives qui ont été prises par les dirigeants politiques européens au cours des dernières semaines seraient insuffisantes pour régler les tensions d’ordre systémique dans la zone euro a indiqué S&P dans le communiqué diffusé vendredi soir. En France, les réactions politiques n’ont pas tardé, à 100 jours de l’élection présidentielle.

Une valeur sûre

« La France est une valeur sûre, elle peut rembourser sa dette et les nouvelles concernant notre déficit sont meilleures que prévu », a commenté Valérie Pécresse qui, à l’unisson des membres du gouvernent a relativisé la nouvelle. François Baroin a assuré que le gouvernement ne présenterait pas de troisième plan de rigueur en ajoutant que ce ne sont pas les agences de notation qui dictent la politique de la France. Le Premier ministre, François Fillon, qui s’est rendu à l’Elysée vendredi soir, tiendra, un point presse samedi à 10h30. C’est pourtant lui, le premier qui, à deux reprises avaient alerté le premier l’opinion en affirmant qu’il avait pris la charge d’un pays en faillite. Les responsables socialistes ont de leur côté fustigé « l’échec » du Président Nicolas Sarkozy. « C’est d’abord une terrible nouvelle pour la France, notre pays va payer très lourdement les conséquences de cette décision », a regretté Jean-Marie Le Guen, député PS de Paris. Pour François Bayrou, le président du Modem, « c’est en réalité une double dégradation », à la fois de « notre note souveraine, qui va affecter la réputation de notre pays » mais aussi « par rapport à notre principal voisin, l’Allemagne, avec qui jusqu’à maintenant nous mettions largement en scène notre égalité de statut ». La perte du AAA français consacre de fait un décrochage entre les deux premières économies de la zone euro. Paris et Berlin bénéficiaient tous deux jusqu’ici de la meilleure notation financière, qui permet d’emprunter à moindre coût sur le marché de la dette.

Déséquilibre

Le rapport de force entre le couple franco-allemand est désormais déséquilibré. Si S&P attache une perspective stable à la note de l’Allemagne, elle reste négative pour la France, qui pourrait être encore dégradée à moyen terme. Sur les marchés, l’écart des taux à 10 ans entre la France et l’Allemagne s’est creusé pour atteindre 132 points de base, ou 1,32%. Vendredi, les tensions étaient également sensibles pour l’Espagne et l’Italie sur les marchés obligataires, malgré des levées de dette réussies jeudi et vendredi. Alors que les premières rumeurs sur la dégradation de plusieurs pays de la zone euro circulaient dès le début de l’après-midi, la monnaie unique a décroché. Elle s’affichait vendredi soir en baisse de 1,08% à 1,2675 $, son plus bas niveau depuis 16 mois. Les mauvaises nouvelles en provenance de Grèce, où les négociations avec les banques sur l’échange de dette grecque ont été interrompues, ont aussi pesé sur l’euro.

Des bourses angoissées

Les Bourses ont accusé le coup, marquant une nette inflexion à la mi-séance. Pour l’instant, la catastrophe est heureusement limitée pour la France où l’on voit que le CAC 40 a limité son repli à 0,11%, finissant à 3.196,49 points pendant que Francfort perdait 0,58%, et le Dow Jones 0,4% en clôture à Wall Street. Voici le remue ménage auquel ont assisté les experts convoqués autour de la table des commentaires devant les principaux plateaux de télévision et demain les stations de radio lors de leurs audiences matinales. A ce moment, les langues se délieront, les esprits se libèreront et les chaumières pourront verser des larmes pour inonder les champs desséchés et pollués par les organismes génétiquement modifiés répandus généreusement par les « dons » si largement offerts par les officines ayant conquis depuis longtemps les marchés de la planète.