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Au bord du fleuve ?

Départ accompagné et sans retour pour les rives mystérieuses

Qu’y fait-on ?

lundi 22 février 2010, par Picospin

A une deuxième lecture plus soigneuse, il apparait qu’il s’agit d’une institution qui accueille majoritairement des patients en fin de vie. Autrement dit, sans l’exprimer clairement aux lecteurs profanes qui ne sont pas censés connaître tous les rouages de la vie hospitalière et de l’affectation spécialisée des services, il s’agit d’unités de soins palliatifs dont l’importance n’échappe à personne sauf à une partie de l’administration de la santé qui préfère fermer ses yeux sur cette activité essentielle pour la vie de la cité, le respect du au patient et à l’être humain qui se cache plus ou moins bien derrière cette dénomination.

Prisons envahies de suicides

A l’heure où les suicidés envahissent les prisons, où la mort rôde partout malgré l’abolition de sa peine, il paraissait essentiel que le plus grand soin et la plus grande attention soit portée aux patients en fin de vie qui attendent la mort dans la souffrance morale certainement, dans la douleur physique pour un certain nombre d’entre eux. On s’interroge sur les raisons qui ont poussé notre éminent journal du soir à s’intéresser plus particulièrement à cet aspect de la médecine, souvent délaissé par les pouvoirs public et les établissements privés parce que la mort veut le rester, dans un voile qui n’a plus rien à voir avec la burqa. Elle se doit de rester invisible. On la cache derrière les hautes technologies de la santé que l’on exhibe fièrement sinon avec orgueil. On mesure l’activité humaine d’un établissement de santé au nombre d’appareils sophistiqués et de ce fait très couteux parce que cet indice mesure mieux que d’autres l’attention portée à la qualité des soins et à celle de vie des patients, surtout pour ceux et celles qui, au terme de leur existence n’ont plus d’autre choix que celui de réclamer une mort aussi douce que possible, dépourvue de souffrance et accompagnée par les sentiments, le respect, l’amour des proches et des plus lointains.

Suicide assisté

Sous réserve de ces attentions, l’appel au suicide dit « assisté » s’éteint, le départ est plus calme et serein. Plus il l’est et moins on crie la blessure, le déchirement, la détresse, la tourmente à l’heure de l’apaisement supplié, de la peine effacée, de l’adversité sublimée. Faute d’introduction écrite, le lecteur anonyme et profane se demande toujours quelles sont les raisons de la rédaction d’un article sur un sujet que peu osent ou se permettent de rédiger puis de publier. La mort fait peur, la belle mort ne l’efface pas, la bonne mort n’est pas la vie bonne d’Aristote. Pourtant, elle peut avoir lieu ici. Autant ou plus qu’ailleurs ? C’est une question d’organisation, de gouvernance dirait-on aujourd’hui. C’est surtout la mise en jeu, la conservation d’une âme capable de luire, d’éclairer les ombres et les obscurités mais non les mystères. C’est la capacité d’agir, dans la misère des autres avec un résidu de sérénité qui ne nuit pas à la connaissance professionnelle du geste courant comme du geste rare, dévolu à chacun selon ses besoins, ses aspirations, ses volontés secrètes.

Contacts

Le soin, le serrement de mains, le contact de la peau froide n’empêche pas l’exercice d’une gaieté ni d’une joie communicative qui transpire l’éthique, autrement le rapport à l’autre, l’observation empathique du visage qui sert de repoussoir au meurtre. L’article ne refuse pas de faire référence aux accompagnants, à ceux qui sont épuisés depuis des jours et des nuits par la longue attente, le silence imposé, la veille prolongée, le souci de l’unique autre, exclusif objet de l’attention et de la sollicitude, qu’il importe de transformer en sujet. Le soignant ne saurait rester seul. Il doit transmettre par la bouche, aussi par l’écriture pour témoigner. Témoigner sans cesse de ce qu’il a vu, entendu, ressenti, dans la communion avec l’autre, au bord du chemin, sans succomber – pas lui, il n’en a pas le droit – à la tentation de la fusion, du destin partagé du renoncement à se libérer des doigts agrippés de celui, de celle qui est partie pour un autre destin.

Culture du palliatif

L’auteur de ces mots a raison de parler de culture, cet « accessoire » si délaissé par les « instructeurs » spécialisés dans un domaine où il n’y a pas de spécialistes car la mort ne saurait être la spécialité de personne ni l’exclusivité de certains qui sauraient, mieux que d’autres où l’on va et comment on y va. Alors, il s’agit surtout de rester parmi les vivants, de rester dans la vie, l’émotion et les affects ne serait-ce que pour trouver à leur contact la force, le soulagement, le réconfort de la solidarité bien après l’amitié partagée autour du dévouement, de la mission, de l’éducation venue des profondeurs, de la tradition passée de génération en génération car c’est elle qui assure le passage, celui qui terrorise, à moins qu’il ne se passe dans le silence de la nuit avec un soupir, comme une brève note de musique, capable d’assurer le transport sans trépidations et le départ sans secousses.

Questionnement éthique :

1. Le soin palliatif est-il un soin comme un autre ?

2. Est-ce que soigner doit obéir à des règles et à un code, particulièrement quand il s’agit de soins palliatifs ?

3. Est-ce que dans ce cas particulier c’est le soulagement de la souffrance qui prime puisque dans ce type de médecine, on renonce à l’acharnement thérapeutique susceptible de conduire à une certaine souffrance du patient ?

4. Quelle est la part de la relation humaine et de l’expérience morale dans l’accomplissement de cette mission ou de cette vocation ?

5. Quelle est la nature du lien humain qui prévaut dans cette philosophie du soin : contrat, confiance, paternalisme ?