Ethique Info

Accueil > Médecine > Départ dans la joie ou dans les larmes ?

Doit-on mourir dans la souffrance ou le bien-être,

Départ dans la joie ou dans les larmes ?

Plus de confort pour les pauvres ?

jeudi 26 juin 2008, par Picospin

Certains Juifs victimes de la déportation et de la shoah pensaient qu’ils avaient trop péché ce qui avait provoqué l’ire de Yahvé et que de ce fait, ils étaient punis par la vie la plus douloureuse et la mort la plus impitoyable, celle d’une extermination par les gaz, d’un enterrement dans les charniers d’Ukraine ou d’une mort par balles au-dessus de tombes creusées par des coreligionnaires qui ensuite les basculaient dans les trous construits pour contenir leurs corps au-dessus desquels parfois, on bâtissait des mausolées.

Confort ou souffrance

On n’en finissait pas de mourir dans les souffrances les plus longues et les plus atroces sans qu’on puisse soulager les victimes de cette opprobre : calmer la douleur, permettre de reposer en paix. Pour cette raison, une infirmière anglaise avait créé les soins palliatifs, dénomination offerte aux départements qui voulaient bien accompagner les mourants, les cancéreux, les insuffisants cardiaques jusqu’à leur sortie de la vie pour leur rendre plus supportables les derniers instants de la vie et l’adieu dit aux proches. Des médecins intelligents et héroïques avaient obtenu des pouvoirs publics psychorigides et intransigeants l’autorisation de recourir à la morphine, produit qui était utilisé depuis des lustres partout ailleurs. Ici, elle restait interdite, nichée au fond de placards auxquels nul n’avait accès car cette drogue était dangereuse pour un malade qui risquait de s’habituer à elle ce qui risquait – n’est-ce pas – de le rendre dépendant et d’éteindre ses effets. Il fallut des années avant de pouvoir ouvrir cette boite de Pandore, cachée au regard des soignants et patients afin que surtout, ils n’y aient jamais recours. Mieux vaut souffrir dans la lucidité masquée par la douleur que de vivre dans le confort sous l’influence des démons.

Soins palliatifs ou suicide

Enfin, des unités de soins palliatifs furent créés, des équipes d’intervenants spécialisés dans la lutte contre la douleur circulaient de service en service pour aider leurs confrères à mieux soigner, devenir plus efficaces, accompagner, consoler, soutenir. Pour réaliser ce programme, il fallait naturellement des adjuvants visant à assécher les sueurs, à humecter la peau, à réactiver l’appétit, à susciter le lever et la marche pour éviter d’immobiliser les mourants dans une attitude définitive, de tarir la pensée et de se replier en légume. Il fallait des antalgiques, des antidépresseurs, des tranquillisants, des soignants aguerris capables de trouver la meilleure position de repos, d’humecter les lèvres, d’étancher la soif. Ce dispositif encore restreint avait le mérite d’exister. Même le Président de la République avait promis qu’il serait développe, que des lits seraient ouverts partout pour accueillir non toute la misère du monde mais ceux et celles qui allaient nous quitter pour un univers inconnu, infranchissable et terrifiant. Sur cette lancée enthousiaste et optimiste d’un entrepreneur plein de bonne volonté et de projets, arrive le projet que vous connaissez : les médicaments de "confort", ceux qui donnent encore le goût de vivre " alors qu’il n’y a plus rien à faire » seront à la charge des mourants, de ceux à qui nous devons tout puisqu’ils nous ont tout donné. Adieu la dernière joie, le dernier baiser échangé dans la lucidité, la conscience et l’amour, adieu les comprimés qui sèchent nos larmes. Les pouvoirs publics en ont décidé ainsi : soit….

Questionnement éthique :

1. Est-ce que la souffrance est une vertu qui permette de hausser l’estime de soi, la valeur individuelle ou collective et exalter le courage pour le donner en exemple aux autres, à d’éventuels témoins ?

2. Est-ce que la mort dans "d’atroces souffrances" selon l’expression consacrée constitue un exemple en soi qui ait des vertus positives et incite l’entourage à en faire autant ?

3. Est-il préférable de voir un être cher et proche mourir dans la paix, sans douleur ni souffrance parce que tout a été fait pour qu’il profite des plus récents moyens d’atténuer l’inconfort, les contraintes ?

4. Est-il réconfortant pour les témoins d’une disparition de constater que le mourant reste paisible dans ses derniers instants et que ses yeux se ferment dans la sérénité obtenue par un accompagnement physique et spirituel appropriés prodigué par des personnes bénévoles ou professionnels qui ont acquis par leur expérience une technique et un discours en phase avec les besoins de la personne en fin de vie ?