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Pour l’égalité des chances ?

Dépression : une maladie de la société ?

Le suicide ?

mardi 10 mars 2009, par Picospin

D’après un protagoniste d’un rapport fortement pessimiste et dont les pensées sous forme d’un livre paraitront incessamment, c’est le système éducatif qui en France, alimenterait le malaise de la jeunesse au travers de l’obsession du classement scolaire et d’une vision de la réussite qui sépare les vainqueurs des vaincus. Cette alerte, lancée à l’improviste et à grande échelle, est alarmiste au point d’avoir mobilisé Martin Hirsch, Haut Commissaire à la Jeunesse qui se dit fortement préoccupé par le fort taux de pauvreté de ce segment de la population dont la situation est d’autant plus inquiétante qu’elle se distingue des autres tranches des forces vives de la nation par sa fragilité, sa précarité, son faible niveau de vie et l’inquiétante proportion de chômeurs.

Pessimisme

Ces conditions sont devenues un facteur de pessimisme majeur au sein de la population alors qu’elle devrait figurer parmi les forces agissantes, servant d’entrainement et de leadership à un pourcentage sans cesse grandissant de citoyens qui se dirigent tout droit, directement et à grande vitesse vers la retraite, l’inactivité et avec elles les maux qui caractérisent l’entrée dans cette catégorie d’effectifs. Dans ces conditions et dans cette situation déjà fortement entamée par le pessimisme sinon la désespérance, est-il encore temps pour ce pauvre Martin Hirsch, hier sauveur des vieillards, aujourd’hui pompiers de jeunes, de sauver une fraction non négligeable de ces derniers qui sont littéralement paniqués par le modèle élitiste sur lequel se fonde le système éducatif qu’on dit actuellement en crise profonde. Cette situation, entrevue par un grand nombre d’observateurs depuis de longs mois, sinon de longes années ne pouvait que déboucher sur cette situation qui risque de laisser sur le carreau les plus fragiles des jeunes engagés dans le cycle de vie qui leur est présenté par un état qui régit tout, décide de tout, ne cesse de réglementer et de plus est très fier de son système de formation puisque tout le monde est convaincu que c’est un des meilleurs au monde, quon s’arrache partout les rescapés d’une compétition dont les perdants restent au tapis parfois définitivement, faute de passerelles, de purgatoire et même d’enfer où faire mijoter à petit feu les plats d’une cuisine française dont on est persuadé qu’elle reste la meilleure du monde sans avoir réellement fait le bilan de ce qu’elle coute en cuisiniers brûlés, en casseroles attachées et en mets délicats jetés prématurément à la poubelle des cuisines et de l’histoire. Ce ne sont pas que les déchets que l’on jette ainsi.

Déchets et forces vives

Ce qui est plus grave ce sont les forces vives de la nation qui risquent de capoter dans un système d’une extrême exigence, d’une extrême dureté à partir des fameux concours qui sont organisés non pour favoriser et sélectionner une élite mais surtout à rejeter ceux qui ne peuvent suivre ce train infernal imposé depuis longtemps par les survivants des concours, les réchappés de luttes impitoyables, les miraculés de compétitions souvent mortelles dans lesquelles de nombreux coureurs perdent leur vie comme le suggère la longue cohorte des suicidés, incapables de survivre à un filtre qui retient, comme rivières le saumon, ceux qui ne peuvent ni ne savent ni n’ont envie de subsister après des épreuves d’où ils sortent meurtris, fustigés, coupables et atteints dans leur estime de soi. Les épreuves auxquelles sont soumis les candidats présentés autant par leur famille, la défense de leur réputation, la perpétuation de leur qualité que par leurs professeurs et formateurs, engagés dans le même combat que la République pour ses élites ne sont pas destinés à l’épanouissement du plus grand nombre mais pour justifier la sélectivité des concours, la justice et l’égalitarisme de leur approche et de leur organisation. On arrive au paradoxe d’une situation dans laquelle on enlève à la majorité des prétendants à un avenir dont ils rêvent mais dont ils savent aussi qu’il n’est que rarement à leur portée les merveilleuses illusions de la jeunesse, le bien le plus précieux que peut léguer la génération précédente à celle qui est en construction.

Priorités : égalité des chances ?

On ne peut que s’interroger sur les raisons de la mise en priorité de l’égalité des chances devant toutes les autres fournies ou offertes par la collectivité, l’organisation politique, la nature et le pacte républicain. C’est en son nom exclusif qu’on attache plus d’importance à l’organisation des concours, des épreuves, des méthodes de sélection et de classement au détriment de l’épanouissement d’un être humain, porteur d’une flamme unique, capable d’allumer toutes celles que portent les autres pour porter à l’incandescence de l’enthousiasme, de la ferveur, de la passion les ressources uniques et si précieuses des plus jeunes qui ne sont pas là pour réparer les injustices et inégalités des hommes mais pour faire éclore leur propre potentiel, celui qui leur a été donné en germe à la naissance et dont la croissance a été fleurie, surveillée, aidée par la famille, les enseignants, les éducateurs pour construire un homme responsable, autonome, maître de son destin, de ses décisions et non une épave laminée, écrasée, déchiquetée par des broyeurs anonymes, envoyés en mission spéciale pour éliminer les plus discrets, les plus sensibles, les plus modestes. Ce faisant, n’a-t-on pas mis au dépotoir, un Beethoven, un Picasso, un Einstein, et combien d’autres dont la carrière scolaire avait été semée d’embûches et dont certains sont devenus des génies en puissance. En tout cas, les suicidants risquent fort de ne jamais accéder au bonheur d’entendre un oiseau chanter, d’observer un poisson frayer, de voir un cheval galoper. Une prochaine réunion à Paris traitera du thème impressionnant du sens de la vie où des philosophes, des penseurs, des enseignants, des écrivains donneront leur avis, livreront leurs commentaires, agiteront leurs pensées.

Il est à parier qu’aucun d’entre eux n’osera évoquer le bonheur de passer des concours.

Pauvre Monsieur Hirsch !!!

Questionnement éthique :

1. Que peut faire la société et en son nom l’entreprise pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes étudiants ?

2. Comment faciliter la sortie de jeunes dans la vie active et leur accueil à l’entrée dans les entreprises ?

3. Est-ce que le facteur psychique avec sa prédominance dépressive suffit à expliquer le malêtre des jeunes étudiants en général et celui des plus âgés en particulier ?

4. Est-qu’il ne serait pas opportun de réfléchir à de nouvelles modalités d’accueil des jeunes qui font leur entrée dans le monde du travail pour atténuer leur angoisse devant l’inconnu et la nécessité de s’adapter au monde du travail ?

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