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Dépressions en Irak

lundi 19 novembre 2007, par Picospin

Expériences des soldats

Le syndrome maniaco-dépressif s’appelle maintenant syndrome bipolaire. Il s’exprime par des alternances d’excitation et de dépression. Sa fréquence dans la population américaine aurait augmenté dans une proportion proche d’un rapport de 1 à 40 en 15 ans, de 1994 à 2003. Ce chiffre b’a fait que s’accentuer encore depuis la publication de cette statistique. Les experts soutiennent la thèse d’un diagnostic le plus souvent établi par des médecins avertis pour expliquer ces données et non une croissance vertigineuse de la maladie. Elle n’est sans doute pas moins fréquente en France où la consommation des psychotropes s’inscrit parmi une des plus fortes au monde. On entend à la radio des publicités encourager les personnes déprimées à s’en aller en voyage pour chasser ce cauchemar.

Excursions

Cette annonce fait sans doute l’affaire des voyagistes à la recherche de clientèle, de charters bondés quittant le pays à 4 h du matin pour des destinations ensoleillées où les candidats à la guérison qui sont devenus de vulgaires curistes se précipitent sur les plages de sable pour s’y faire bronzer, perdre leur blancheur naturelle au risque de constater la transformation de leurs grains de beauté en mélanomes. La psychose maniaco-dépressive se caractérise par des variations brutales de l’humeur que l’on pensait ne trouver que chez les adultes. Maintenant, les psychiatres s’intéressent de façon plus perspicace à son apparition chez les jeunes. La précocité du diagnostic permet aux jeunes gens atteints de ce désordre de bénéficier plus précocement d’un traitement adapté à leur état.

Surestimation ?

D’autres prétendent que ce diagnostic est surestimé car il est appliqué à tout enfant qui montre le moindre signe d’agressivité. Après cette classification sur des bases légères, les jeunes patients sont traités par des médications agressives qui ne manquent pas d’effets secondaires comme une rapide surcharge pondérale. Une autre estimation produite de 1994 à 2003 fait part d’une augmentation considérable de cas recensés qui auraient augmenté de 20.000 à 800.000 ce qui représente près de 1% de la population au-dessous de 20 ans. L’extension de ce diagnostic constitue une aubaine pour les laboratoires pharmaceutiques car les traitements prescrits pour cette pathologie coûtent 3 à 5 fois plus cher que ceux qui sont habituellement donnés pour des maladies comme la dépression ou l’angoisse. On ne sait pas encore si le diagnostic établi est correct et si les patients chez lesquels il a été établi vont grandir en gardant la maladie lorsqu’ils auront atteint l’âge adulte. Cette hypothèse a d’autant plus de chances de devenir réalité que les caractéristiques de la maladie bipolaire peuvent très bien s’évanouir ou disparaître à l’âge adulte.

Fréquence et ampleur des atteintes mentales

Ces questions encore difficiles à résoudre reprennent toute leur actualité quand on prend en compte l’ampleur des troubles psychiques chez les soldats américains qui reviennent d’Irak. Une enquête sanitaire vient en effet de montrer que 20% des militaires exerçant dans le cadre des militaires de l’active et près de 45% des réservistes revenant des combats en Irak ont besoin d’un traitement psychiatrique. D’une enquête menée dans ces échantillons de population tout récemment, de juin 2005 à décembre 2006, chez 65% des soldats d’active et plus de 35% des réservistes, il ressort que 6 mois après leur retour, 20% des soldats d’active et 42% des réservistes et des membres de la garde nationale nécessitaient un traitement médical psychiatrique à la suite de leur expérience vécue en territoire irakien. La fréquence des troubles est nettement moins accusée chez les militaires d’active que chez les réservistes puisque elle ne se situe qu’à 14% chez les premiers et à 21% chez les seconds.

Active et réserve

En 6 mois on constate une augmentation impressionnante de la fréquence des dépressions puisqu’elle passe de 12 à 17% chez les premiers et de 13 à 24% chez les seconds. Comme l’alcoolisme fait des ravages plus importants que ne le divulguaient les premières statistiques, l’étude en cours sur les vétérans de l’armée américaine recommande de s’occuper des problèmes de santé mentale avant qu’ils ne s’enracinent de manière chronique. Ces dispositions se heurtent aux faibles moyens d’exécution des programmes en raison de la modicité du financement accordé pour ces opérations. Le nombre des SDF ne fait que croître en particulier chez les femmes ce qui ne laisse pas de surprendre, d’autant plus que 40% d’entre elles se plaignent d’avoir été victimes d’agressions sexuelles. Les vétérans subissent une dégradation physique, mentale et morale plus marquée et plus rapide que celle constatée chez les combattants du Vietnam.

Alcoolisme

Si les pouvoirs publics faisaient tout ce qu’ils devraient réaliser pour venir réellement en aide aux exilés en terre d’Irak, le coût sanitaire réel de la guerre d’Irak excéderait à long terme celui de la guerre elle-même. L’assurance militaire qui est censée couvrir la santé des réservistes démobilisés est sous-équipée et encombrée malgré le court terme de cette couverture. Si l’on ajoute à ces comptages pessimistes l’impressionnant taux de suicide qui est près de 2 fois plus élevé que la moyenne américaine, surtout dans la tranche d’âge des 20 à 24 ans où elle s’élève à 3,6 fois plus, on se rend compte facilement de l’ampleur du désastre de cette guerre inutile, meurtrière, corrosive et délabrante pour le moral et la cohésion de la nation. La fraction de la population touchée par l’extension de cette pathologie semble bien être celle des tranches d’âges à la lisière de l’adolescence et de l’âge adulte. Les médications prescrites pour les seconds ont été rapidement étendues aux premiers sans que l’on sache très bien si cette attitude thérapeutique est parfaitement adaptée à la situation. L’apparition possible de la maladie au jeune âge maque le tableau clinique et oblige les soignants à opérer plus précocement en raison de la difficulté de trouver des moyens humains et matériels pour juguler la violence de la symptomatologie.

Les laboratoires pharmaceutiques : des prédateurs ?

La situation devient plus dramatique dans la mesure où les laboratoires pharmaceutiques désireux de profiter d’un nouveau marche qui s’ouvre plus largement qu’avant, inondent les institutions de produits nombreux et variés. Diagnostics et traitements se trouvent sur l’Internet ce dont profitent les parents concernés par les soucis que provoque l’état préoccupant de leurs enfants. Après de nombreux et longs tâtonnements, on finit bien par trouver un traitement approprié. Il se situe aux abords du Lithium considéré comme un stabilisateur efficace de l’humeur et un psychotrope. Les effets secondaires de ces plans de traitement consistent en prises de poids qui à terme exigent des restrictions drastiques dans l’alimentation mais finissent par stabiliser la situation.

Questionnement éthique :

1. A-t-on sous-estimé jusqu’ici les conséquences des traumatismes psychiques induits par les conditions de vie en temps de guerre ou dans l’univers concentrationnaire ?

2. Quel est le rôle du silence aux lendemains des fins de guerre ou de la libération des camps de concentration ? Comment interpréter le long silence des déportés qui n’osaient parler de leur expérience et des écoutants qui avaient peur d’entendre leurs récits ?

3. Peut-on passer sous silence les séquelles des visions d’horreur des acteurs et des témoins des guerres qui peuvent se traduire par l’entrée dans l’alcoolisme chronique ou la consommation de drogues pour favoriser l’oubli ou le refuge dans les fantasmes ?

4. Quelle est la différence entre la médecine civile et la médecine de guerre ?

5. Est-ce que les autorités responsables ont bien prévu d’affecter suffisamment de fonds à la prise en charge des traumatisés de la vie civile et surtout de l’expérience militaire, des conflits modernes constitués d’actes terroristes ?

Sources :
Le Monde : Les Etats-Unis découvrent l’ampleur des troubles psychiques des soldats revenant d’Irak. 16.11.2007.