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Dérives de l’enfance : que font nos enfants, comment sont-ils manipulés ?

Transmission des valeurs ou laxisme ?

dimanche 8 juin 2008, par Picospin

Tous les enfants font des caprices et ont des demandes particulières vis-à-vis de leurs parents. Cette attitude est normale puisque ce qu’ils cherchent c’est la satisfaction instantanée et sans restriction de leurs désirs. Vers l’âge de 18 mois, époque de l’apprentissage de l’affirmation de soi, l’enfant adopte naturellement une attitude d’opposition. Ce qui est pathologique, c’est l’exaspération et la permanence de cette position.

Nature des caprices

Tous les enfants font des caprices et ont des demandes particulières vis-à-vis de leurs parents. Cette attitude est normale puisque ce qu’ils cherchent c’est la satisfaction instantanée et sans restriction de leurs désirs. Vers l’âge de 18 mois, époque de l’apprentissage de l’affirmation de soi, l’enfant adopte naturellement une attitude d’opposition. Ce qui est pathologique, c’est l’exaspération et la permanence de cette position. On parle d’enfant tyran lorsque ses exigences se mettent à concerner tous les domaines de la vie, de façon répétitive, au point d’obliger les parents à réaménager la leur en fonction de ses désirs autrement dit quand il y a réellement despotisme. Ces comportements, qui s’exercent en famille ou à l’école, peuvent débuter très tôt, au stade du bébé qui refuse ses biberons et pleure toutes les nuits ou du tout-petit hyperactif qui est sans cesse agité, ne laisse aucune seconde de paix à son entourage, refuse de se coucher, de rester à table, de se concentrer sur une activité quelconque ou ne supporte pas qu’on lui réponde négativement. Les fantasmes agressifs font partie d’un développement normal, mais on doit s’alarmer si, après l’âge de 5 ans, l’enfant continue de s’attaquer physiquement à ses parents. La tyrannie peut également revêtir des formes masquées comme celle de l’enfant qui se plaint régulièrement de douleurs physiques, de maux divers, d’un mal-être permanent ce qui contraint ses parents à se centrer sur lui et à s’intéresser à lui de façon plus particulière Dans tous les cas, il faut intervenir le plus tôt possible, car un enfant despotique a toutes les chances de devenir un adolescent tyrannique. Cet enfant est le plus souvent un garçon, fils unique ou aîné de la fratrie. Il s’en prend davantage à la mère qu’au père, surtout s’il la sent dépressive, démunie ou que ses parents sont séparés. Son despotisme pourra aller jusqu’à lui interdire de refaire sa vie, en adoptant des conduites dangereuses et en exerçant un chantage.

Despotisme

Le despote veut sa mère tout à lui. Les propos des enseignants et éducateurs révèlent l’incompréhension et l’impuissance des adultes confrontés chaque jour à des enfants et des adolescents de plus en plus rétifs, de plus en plus durs. Le thème des enfants-rois est sur tous les rayons des librairies. Mais comment un bambin si mignon peut-il devenir un petit tyran ? Les parents se sont mis à traiter l’enfant comme un adulte en lui demandant tout le temps ce qu’il veut, ce qu’il ne veut pas et oubliant que si l’enfant est bien une personne, il est une "petite personne" qui ne doit pas imposer son mode de vie aux adultes et particulièrement à la famille. Platon prévenait déjà que lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter alors c’est là en toute beauté et en toute jeunesse que débute la tyrannie. Certes les moeurs ont évolué et la structure de la famille avec elles. Divorces, remariages, recompositions des familles sèment la chronologie de la vie de famille où l’enfant s’impose de plus en plus comme l’élément fédérateur quand l’espérance de vie du couple est aléatoire. Comme les parents sont culpabilisés devant ces comportements au cours desquels l’enfant devient un enjeu affectif il est d’autant plus facile pour ce dernier de jouer de cette corde sensible. Dès les premiers mois, le tout-petit cherche à satisfaire son "Moi", alors que les autres n’existent que pour satisfaire ses besoins, ce qui lui permet de faire l’expérience de sa toute puissance. Entre 2-3 ans et 8-9 ans, l’enfant échafaude des stratégies pour asseoir sa volonté. La prise de pouvoir est progressive mais inéluctable si l’enfant ne rencontre pas de résistance. "L’enfant tyran ne se définit pas par la gravité de ses actes, mais par la multitude des petits acquis quotidiens au détriment de l’autorité de l’adulte" On croirait entendre François Mitterrand qui avait dit un jour où il devait être particulièrement en verve socialiste qu’on ne revenait jamais sur les acquis sociaux.

Capitulation "sans conditions" ?

Les parents capitulent et deviennent des "collaborateurs" croyant acheter ainsi une paix précaire au prix de renoncements successifs. Ils mettent en place des stratégies d’évitement et ne s’aventurent plus à demander quoique ce soit à leur enfant à moins d’être certains de la réponse. De l’enfant gâté à l’enfant roi, et de l’enfant roi à l’enfant tyran les étapes sont franchies très rapidement. Chaque renonciation de la part des parents ne fait que préparer le terrain pour un nouvel abandon. Tout l’art du tyran en herbe consiste à se présenter comme une victime, à provoquer les adultes et à installer une ambiance pesante et stressante. Face aux personnes extérieures à la famille, les parents cherchent à l’excuser en vantant sa maturité et son tempérament bien trempé, un atout dans un monde qui ne fait pas de cadeau. On incrimine pêle-mêle Mai 68 et son refus de l’autorité, une psychanalyse mal digérée, les divorces précoces, les familles monoparentales, la télévision qui privilégie la recherche de plaisir immédiat, le manque de temps des pères mais aussi des mères. Travaillant presque toutes à l’extérieur, elles n’ont guère envie d’être dans le conflit lorsqu’elles retrouvent le soir leur couvée. « Aux prises avec une forte culpabilité liée à l’idée de faire trop de choses pour toutes les mener à bien, les mères souffrent de ne pas profiter assez de leurs enfants », poursuit-elle. « Elles perdent confiance dans leurs capacités d’éducatrice. »
De son côté, l’enfant sent vite la faille, s’y engouffre avec jouissance et en profite pour imposer ses volontés. Comme il ne demande pas et exige, ses choix sont illimités et contradictoires et à ses yeux, les adultes sont à sa disposition. Parler d’enfant roi est un pléonasme. Rappelant l’existence d’une phase d’opposition normale entre l’âge de deux et trois ans, qui correspond à l’émergence de la conscience de soi durant laquelle le bambin va vouloir imposer ses désirs, elle rappelle qu’il existe en parallèle la conscience des autres et en particulier celle des parents et des éducateurs. Ceux-ci vont ou pas poser des limites à ce sentiment de toute-puissance. Comment glisse-t-on de l’enfant roi à l’enfant tyran ?

Tyrannie ou royauté

Du côté des adultes, cette mutation passe par des erreurs d’appréciation face à l’agressivité de leur petit démon qui est considéré comme sachant se défendre. On note aussi une tendance à psychologiser ces comportements difficiles et à formuler des préceptes éducationnels trop généreux, voire laxistes pour ne pas le frustrer pour éviter de le rendre malheureux. Ces parents négocient beaucoup trop, évitent tout conflit par peur des représailles avec un immense sentiment d’impuissance et de capitulation. Leur seule issue consiste à rejeter la faute sur l’extérieur, les institutions, la qualité des éducateurs et des enseignants. Du côté des enfants, cette prise de pouvoir agrémentée de colères et de chantage affectif est suivie de phases de câlins réparateurs durant laquelle ils tentent de se faire pardonner, tout en se posant en victimes dès que l’on s’oppose à eux. De l’autre côté de la façade, on apprend avec optimisme et satisfaction que le principal mouvement de scoutisme français, dont l’assemblée générale se tient ce week-end, a vu ses inscriptions augmenter de 8 % depuis septembre alors que l’on croyait le scoutisme affaibli. Les parents voient dans cette éducation une transmission de valeurs qu’ils ne trouvent plus ailleurs et qu’ils sont réticents à transmettre par eux-mêmes car ils se sentent seuls avec leurs enfants et souvent désarmés devant leur opposition et leur résistance.

Malheurs des Tchadiens

Face à ces problèmes qui touchent essentiellement les couches les plus favorisées d’une population déjà privilégiée par rapport à celle qui vit difficilement dans les pays en développement, ne faut-il pas s’intéresser au sort que subissent d’autres enfants qui n’ont ni le loisir, ni les possibilités, ni les moyens de jouer aux apprentis sorciers. De jeunes enfants réfugiés dans des camps situés dans l’est du Tchad pour fuir le conflit au Darfour, à l’ouest du Soudan, sont kidnappés et revendus comme enfants-soldats à des groupes armés. Des réfugiés du Darfour âgés de moins de neuf ans sont vendus comme enfants-soldats à des groupes armés qui opèrent dans l’est du Tchad. Les enfants sont enlevés à l’intérieur même des camps de réfugiés, en plein jour, avant d’être vendus à des groupes rebelles opérant dans les environs. 10.000 enfants-soldats avaient été ainsi recrutés dans l’est du Tchad en 2007. Le recrutement se fait désormais à plus grande échelle et de manière plus agressive avec un nouvel élément, le commerce des jeunes enfants. Pendant ce temps, de l’autre côté, en Occident, juristes, psychanalystes et psychiatres s’alarment du phénomène de l’enfant roi, de plus en plus fréquent aujourd’hui et insistent sur la nécessité de réapprendre aux parents la valeur sinon l’efficacité des limites et des interdits.

Une 3è voie ?

Les 254 enfants de l’école du Ziegelwasser dans un quartier sensible à Strasbourg, qui s’étaient engagés à ne pas allumer d’écran pendant dix jours, renonçant aux consoles de jeux et d’ordinateurs, ont réussi le pari à 90 %. Le but n’était pas d’interdire, mais de sensibiliser. Pour responsabiliser les familles, celui-ci devait être contresigné par les parents. « Ma fille a appris à s’occuper différemment », souligne un père. Pendant dix jours, les associations du quartier, mais aussi des parents, avaient proposé des ateliers de cuisine ou de couture, des jeux en extérieur ou des balades à vélo. Certains enfants, habitués à se coucher tard, ont gagné des heures de sommeil. Le travail scolaire s’en est ressenti, comme le montre la diminution des fautes d’orthographe dans les dictées. Le dernier jour de l’expérience, certains ont craqué. « J’ai regardé la série à la télé », confie un gamin d’une dizaine d’années. Une mère acquiesce : « On ne peut pas complètement vivre sans télé, mais on peut essayer de se limiter. Les études menées au Québec et aux États-Unis sur de telles actions montrent une réduction très sensible des violences verbales et physiques.

Questionnement éthique :

1. Comment les parents "modernes" peuvent-ils gérer le développement psychique, affectif et physique de leurs enfants après les évènement de mai 68, les bouleversements politiques, sociétaux et économiques du monde ?

2. Peut-on dire qu’on assiste actuellement au désarroi des parents qui ont peur de heurter leurs enfants de front, de crainte de perdre leur affection, leur amour et leur attachement ?

3. D’où peut provenir cette fragilité, cette peur de transmettre des valeurs auxquelles de moins en moins de gens adhèrent et qu’ils n’osent remplacer par d’autres thèmes d’accrochage à la famille et à la société ?

4. Peuvent-ils trouver une réassurance auprès des institutions traditionnelles comme les scouts, sinon les associations religieuses ou laïques, les rencontre avec les autres dans un espace multiculturel où les différences créent l’enrichissement réciproque des uns par les autres ?

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