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Des Hang aux colonels : quels destins ?

dimanche 10 octobre 2010, par Picospin

Europe, avait longtemps attendu les habitants de l’immense empire de Chine après la terreur qu’elle avait éprouvé lors de sa traversée de la mer sur le dos inconfortable d’un taureau dont au moins la puissance la rassurait.

C’est dans cette position incongrue, chaotique et trop dure qu’elle attendit les Chinois débarquer au Pirée pour renflouer un pays au bord de la dérive et qui est obligé de saluer avec dévotion et moult remerciements l’arrivée virtuelle d’une flotte asiatique prête à apporter aux descendants des Titans, d’Océan, d’Hypérion, de Téthys les présents envoyés par de généreux donateurs qui espèrent bien récolter bientôt les retours d’investissement si aimablement offerts à une Athéna se mourant de consomption. A l’occasion de la visite solennelle et combien réconfortante des successeurs et descendants encore en vie des dynasties Xia, Shang, Zhou et combien d’autres qui avaient délégué pour cette importante cérémonie dans le sud du Péloponnèse les meilleurs et plus représentatifs d’entre eux, personne n’avait cru devoir lésiner sur le cout des frais de représentation. Ils devaient être à la hauteur des enjeux. Il s’agissait tout simplement de sceller une alliance et sans doute plus que cela entre les fondateurs de notre civilisation - ce qui n’était pas rien quand on veut bien songer à l’importance symbolique, commerciale, politique, historique d’une telle alliance qui allait, - tout le monde en était sur, dépasser de loin celle qui avait été conclue il y a si longtemps entre le Dieu sans nom et son peuple à l’occasion de laquelle l’arche d’alliance était intervenue, pour rassurer les peuples et les guider vers un grand destin auquel, craignait-on, pouvaient s’opposer les puissances matérielles affichant pignon sur rue, non pas une seule mais toutes celles qui guident les pas des pays les plus riches de la planète, des Champs Elysées à Oxford Street, de la 5è avenue au cœur de ce pauvre Manhattan à peine sorti de sa destruction survenue il y a presque 10 ans. On décida donc de faire appel aux survivants des plus récentes dynasties y compris les « Fils du Ciel » fatigués d’en découdre avec leurs rivaux depuis si longtemps et qui aspiraient à un peu de tranquillité après la perte par l’empereur de son « Mandat du Ciel ». De l’autre côté c’était la mobilisation générale, difficile à obtenir d’un pays si souvent en proie aux effets d’une démocratisation hâtive, le plus souvent ou trop souvent en proie au désordre. Certes, il y avait toujours des représentants des corps constitués ne serait-ce que ceux de la mer sur laquelle trônait, sans bouée car il était excellent nageur, un Poséidon qui avait veillé tard la nuit précédent les cérémonies pour éviter que les Chinois, munis de nourritures terrestres extrêmement variées puissent en faire apprécier la saveur à leurs hôtes. Préférant gouter à leurs propres mets de bambou, poulets ou autres porcs qu’ils dégustaient sans aucune réticence d’ordre religieux, plutôt qu’aux chaussons grecs, véritables invitations au voyage, ou baklavas dont l’origine turque ou grecque restait toujours aussi obscure et discutée, ils déballèrent devant des hôtes déjà appauvris et médusé, des dizaines de plats amoureusement confectionnés pour cette unique et exceptionnelle occasion. Si les milieux de la dissidence chinoise célébraient samedi l’attribution du Nobel de la paix à l’intellectuel emprisonné Liu Xiaobo, avec joie et délectation, ils n’en redoutèrent pas moins un nouveau tour de vis après des arrestations de militants sitôt l’annonce du destinataire du prix. Alors que les défenseurs des droits de l’homme se félicitèrent de l’octroi de ce prix au dissident emprisonné, la police arrêtait des dizaines de supporters de Liu Xiaobo qui fêtaient la réception de son prix. "La nuit dernière, des gens ont été embarqués par la police. Le gouvernement ne veut pas que les gens se rassemblent et célèbrent", a déclaré Teng Biao, un avocat de militants des droits de l’homme. "C’est un vrai casse-tête pour le gouvernement, ils ne veulent pas que les gens sachent", dit-il à propos du prix Nobel de Liu. Tout n’avait pas été fait pour que la joie règne dans les esprits et les cœurs. C’était aussi la colère qui entachait le bonheur de tous au moment où on apprenait, pendant les manœuvres d’accostage au port, le déshonneur infligé aux visiteurs par des Suédois au bord de la conduite barbare. N’empêche, en une semaine, Pékin avait renforcé son influence en Europe, à la faveur de la crise, en volant au secours de la Grèce et en posant les jalons d’une nouvelle "Route de la soie", autour d’investissements ferroviaires et maritimes reliant la Méditerranée orientale à l’Asie. Pékin a ainsi renforcé son influence en Europe, à la faveur de la crise, en volant au secours de la Grèce et en posant les jalons d’une nouvelle "Route de la soie", autour d’investissements ferroviaires et maritimes reliant la Méditerranée orientale à l’Asie. Le Premier ministre chinois et son homologue turc le 8 octobre 2010 à Ankara. Les tensions avec les Européens sur les taux de change et les polémiques sur les droits de l’homme qui ont entouré l’annonce de l’attribution du prix Nobel de la Paix à un dissident chinois, n’ont pas empêché le Premier ministre chinois de multiplier les accords commerciaux en Grèce, Italie et Turquie, conclus surtout dans les infrastructures des transports, durant une tournée qui devait prendre fin ce week-end. Vendredi à Ankara, la Chine a signé des accords pour participer à la modernisation de 4.500 km de voies ferrées. Le Premier ministre turc a lui-même appelé de ses vœux la création d’une "nouvelle Route de la soie" ferroviaire entre la Chine et l’Europe via la Turquie, sur le modèle des antiques itinéraires de caravaniers qui jusqu’au 16e siècle ont permis le commerce des marchandises entre les deux parties du monde. En Italie, la Chine a aussi investi dans des infrastructures et des réseaux, liés à l’énergie solaire et aux télécoms. Wen Jiabao a appelé les entreprises italiennes, "Marco Polo d’aujourd’hui", à investir davantage dans son pays. Le Premier ministre chinois et son homologue italien Berlusconi, en sont convenus le 7 octobre 2010 à Rome. Dans les trois pays, Pékin a promis que les échanges commerciaux allaient bondir d’ici à 3 ans. Le geste de Wen le plus commenté a été l’engagement chinois d’acheter des obligations d’État grec, lorsque le pays endetté et affaibli recommencera à en émettre à long terme, une fois résorbée une partie de son abyssal déficit. Mais, si certains ont estimé que l’initiative s’apparente à un "plan Marshall pour la Grèce", de nombreux médias ont exprimé la crainte que ce pays ne devienne "la première colonie chinoise en Europe" ou un "cheval de Troie à queue de Dragon" pour le reste du vieux continent. "La Chine a toujours attaché une grande importance à ses relations avec l’Union européenne. Si elle aide la Grèce dans la limite de ses possibilités, c’est pour éviter une contagion de la crise de la dette souveraine à l’ensemble de la zone euro", a expliqué un chercheur de l’Académie des Sciences Sociales chinoises. La Chine a renforcé son implantation au Pirée, premier port grec près d’Athènes, où son géant Cosco a une concession de plusieurs dizaines d’années sur deux terminaux de fret maritime. L’objectif de Pékin est d’en faire le principal centre de transit des marchandises chinoises à destination du marché européen. De 800.000 en 2010, le nombre de conteneurs traités par cette firme devrait tripler en 5ans, selon « Wen », qui a aussi annoncé le déblocage de 5 milliards de dollars pour que les armateurs grecs puissent acheter des bateaux chinois. La Chine qui a aussi un projet de centre logistique près du Pirée, avait déjà exprimé son intérêt pour les chemins de fer grecs promis à la privatisation. Dans le port où quelques rares murs portent l’inscription "China go home", la discrétion est de mise, sans doute pour ne pas susciter de rejet. Lors de la visite de Wen, seuls les photographes chinois et grecs ont été conviés à immortaliser des photos de groupe sur fond de grues et de conteneurs. Les agences internationales n’ont pas été admises. La soudaine affection de l’immense Chine pour la petite Grèce représentée par l’immense Athéna en souvenir de sa puissance passée et de son élection triomphale propre à aiguiser les convoitises des hommes ne date pas d’hier. Sans doute avait-elle commencé d’apparaître au lendemain de l’entrée du héros d’Athènes, Thésée, dans la mouvance effleurée par un certain Karl Marx, lors de son premier voyage entre Charybde et Sylla lors duquel secoué par une eau des plus agitées, il faillit se noyer ce qui eut été fort dommage pour d’épars partisans de ses conceptions politique mais au contraire fort bénéfique pour les opposants d’une idéologie qui n’avait que trop duré. Malgré les conditions inconfortables du voyage, il eut le temps et le loisir de nouer des liens affectueux, malheureusement pour lui éphémères avec des partisans acharnés de ces conceptions économiques et sociologiques jusqu’à ce que des messieurs en Uniforme de Colonels ne vinrent à chasser des temples les dangereux agitateurs d’un trop calme Péloponnèse.