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Le désordre crée le génie

Des Tziganes au jazz manouche

Aux sources de Duke Ellington, de Ravel et de Debussy

vendredi 6 août 2010, par Picospin

Tout le monde a entendu parler des romanichels dont on sait vaguement qu’ils sont nomades, vivent dans des roulottes, parlent une langue incompréhensible pour la plupart, n’exercent guère de profession stable, suscitent plus la méfiance que la confiance et font tendre souvent la main à leur progéniture la plus jeune.

Nomadisme

Ce mode de vie, d’habitat, de nomadisme et d’instabilité suscite la curiosité et la peur, parfois l’angoisse et la crainte d’être victime de cambriolages, d’intrusions dans les maisons. On ne sait pas exactement où ils se terrent et l’on suppose le plus souvent qu’ils vivent surtout dans les régions du centre et de l’est de l’Europe, nommément en Roumanie, Bulgarie, sinon Hongrie. Parce qu’ils viennent de manifester vigoureusement contre des réactions policières en France contre certains de leurs membres à la suite de heurts violents avec les forces de l’ordre, le gouvernement actuel de la France a décidé de prendre contre eux des mesures draconiennes qui vont de l’emprisonnement à l’expulsion pour, dit-on, assurer et renforcer ka sécurité des citoyens français. On peut aussi se demander pour quelles raison et par quelles voies la réputation et la terreur suscitées par cette frange de la population sont parvenues en territoire français depuis les pays qui viennent d’être cités. Quelles sont les raisons de cette soudaine chasse aux brebis galeuses, aux boucs émissaires, devenue de plus en plus féroce et radicale à mesure que le « danger » s’est approché des pays d’occident en provenance de l’Europe centrale et de l’est.

Mains tendues

Les mains tendues par une cohorte familiale à travers les grilles des maisons particulières dans des régions plus ou moins isolées provoquent une certaine terreur entretenue par la méconnaissance des us et coutumes, le non-conformisme d’un groupe ethnique qui cherche moins l’assimilation que le particularisme et qui du fait de son isolement culturel suscite curiosité, étonnement, sinon recul devant les tentations du rapprochement et les propositions sincères d’une aide organisée à défaut parfois de se révéler efficace. Devant les difficultés du pouvoir actuel en place, certains de ses éléments se sont jetés, corps et âmes, sur cette occasion de dérivation pour tenter de faire oublier les vrais problèmes sociétaux, politiques et de cohésion nationale au profit de faits divers à l’intérêt médiocre, aux conséquences vénielles et au déclenchement de réflexions, de terreurs, ancestrales portées par un imaginaire fantasmatique venu du fond des âges. Seulement, il se trouve que de ces perturbateurs occasionnels de la vie bourgeoise sont sortis des artistes de génie, d’une totale originalité devant lesquels le monde entier s’est incliné.

Éblouissement

La qualité de leur invention et prestation a ébloui le continents les plus éloignés de la France, pays où le jazz manouche, inventé par un gitan exceptionnellement doué qui a révolutionné l’écriture du jazz auquel il a emprunté une bonne partie de l’inspiration auprès des musiciens américains comme Duke Ellington et des compositeurs de la musique française contemporaine comme Ravel et Debussy. Un long chemin depuis les tsiganophones habitant la Bosnie-Herzégovine, la Roumanie, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, l’Ukraine, la France, l’Allemagne où sont parlés le tsigane des Balkans, des Carpates le tsigane de Serbie, le tsigane valaque, ou gréco-turc. La langue que parlent les Tsiganes est à l’image de l’itinéraire de leurs ancêtres : le romani est différent d’un pays à l’autre, teinté de particularismes linguistiques, tout en conservant une certaine intercompréhension. Est-ce un souvenir particulier de cette culture particulière, parfois hermétique, sinon ésotérique qui a été importé d’un pays de l’est en France pour y germer en laissant des séquelles teintées de méfiance, de crainte, voire d’hostilité.

Un grand danger ?

Est-il vraiment raisonnable de supposer que cette ethnie est susceptible de créer désordre, marasme, révolution, voire acharnement en France, le pays justement qui a accueilli la musique manouche plus que n’importe quel autre avec la connivence d’un violoniste italien de passage pour former l’ensemble musical le plus original et le plus cohérent qui ait été formé depuis des dizaines d’années. Ces gens, méritent-ils d’être refoulés, persécutés, pour leur acharnement à conserver leur culture ? Autrefois les Nazis, au nom de la pureté de la race qui n’était guère exprimée de façon flagrante chez les Hitler, Goebbels, Goering et autres dignitaires n’avaient pas hésité à mélanger dans le même sac les populations indignes de vivre comme les tziganes, juifs, slaves et autres rejets de l’humanité. Faut-il suivre leurs traces ?

Questionnement éthique :

1. peut-on résoudre totalité ou partie des question posées ici par l’intuitionnisme ou perception immédiate du devoir effectif et reconnaissance des devoirs n’exigeant aucune justification supplémentaire ?

2. Dans ce contexte, que faut-il penser de la notion de holisme des valeurs comme totalité organique ou particularisme ?

3. Est-ce que kantisme et utilitarisme sont un obstacle à la quête de la vérité ou de l’objectivité dans le domaine moral ?

4. Est-ce que l’éthique kantienne procède de l’intention ou du respect des droits ou de la priorité accordée aux sentiments et au caractère ?