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L’oubli excite-t-il le désirde savoir ?

Des accouchements sans douleurs ?

L’utilité des contradictions

samedi 1er juin 2013, par Picospin

Le Professeur attend de son élève qu’il dise que ce qui vient d’être enseigné, il le savait déjà. L’enseignement est vrai quand le disciple retrouve un savoir, comme le figure un dessin de Théodore de Bry dans la « naissance d’Athéna » car le savoir ne se transmet pas par remplissage. Héphaïstos est unanimement présenté comme le fils d’Héra1, mais il n’est pas clair qu’il ait eu un père.

Plongée en mythologie

Homère en fait le fils de Zeus et Cinéthon celui de Talos, un Géant de bronze, mais dans la version majoritaire, Héra, jalouse du fait que Zeus ait engendré seul Athéna, et pour lui montrer qu’elle pouvait se passer de lui, engendre seule Héphaïstos6. Lorsqu’elle lui donne le jour, elle le trouve si laid qu’elle le jette en bas de l’Olympe, et c’est de cette chute que daterait sa claudication. Il tombe alors dans la mer où il est recueilli par Thétis et Eurynomé, qui l’élèvent pendant neuf ans, à l’insu de tous, dans une grotte de l’île de Lemnos, où il fait son apprentissage d’artisan en façonnant des bijoux8. Pour se venger de sa mère, Héphaïstos fabrique un trône d’or aux bras articulés, qui emprisonne quiconque s’y assoit, et l’envoie dans l’Olympe en guise de présent. Héra s’y installe imprudemment et se trouve immobilisée, sans que nul ne sache comment la délivrer. Les dieux confient à Arès le soin d’aller chercher Héphaïstos, en vain. Enivré par Dionysos, Héphaïstos se laisse fléchir pour revenir dans l’Olympe délivrer sa mère. Zeus, soulagé, propose au dieu forgeron d’exaucer l’un de ses vœux : sur le conseil de Poséidon, Héphaïstos demande la main d’Aphrodite – requête à laquelle, visiblement, il n’est pas donné suite. De son côté, Dionysos, auréolé de sa réussite, obtient d’entrer dans l’assemblée des dieux. On ne remplit pas la tête, ni le crâne de son savoir, le savoir nait choisit de dévorer Métis, ouvrir le crâne pour faire sortir le diable qui sort en tant qu’Aphrodite, grâce à un accouchement par la tête.

Le test des idées

Ce qui nait ce sont les idées qu’il faut tester pour savoir si elles sont valables. Théetète, on peut avoir des enfants mort-nés, on enfante dans la douleur, on ouvre le crâne avec une hache, l’interrogation socratique est une violence. Dans Ménon, on entend « tu me fait penser au poisson torpille qui lance des chocs électriques ». Socrate chacun se saisit d’un esclave auquel il montre un théorème mathématique qui est à l’écoute de ses élèves qui doivent trouver la réponse. C’est la duplication du carré construire un carré double, test empirique de la possibilité de savoir on ne doit soutenir quelques chose qui ne soit pas admis, il faut trouver et reconstituer le raisonnement, hétéronomie ou autonomie. Le dispositif de « la caverne platonicienne », catéchisme, dans lequel des prisonniers se trouvent dans une caverne sombre, dans laquelle aucune lumière ne passe, sauf celle de la place d’un muret. Rien ne doit y bouger, les prisonniers qui doivent voir passer des formes, n’entendent que la rumeur de l’opinion, de la doxa, il y a l’ombre de votre propre visage il y a des différences de qualité, des ombres identiques, on ne devrait pas voir ma tête, l’image de moi qu’est ma tête. Il n’y a que des ombres, le manque d’éducation nous confine dans l’ombre de l’opinion. C’est une critique de l’apparence qui fait appel aux illusions. Le Socrate de Platon est connu pour sa laideur, à laquelle s’ajoute sa négligence et sa saleté. Il fait de sa laideur une preuve de sa beauté. Socrate est un philosophe incarné qui brise le canon grec du rapport entre beauté et bonté ce qui est l’inverse chez Socrate qui laid, aime la beauté, les beaux garçons.

Les contradictions de Socrate

Socrate est plein de contradictions, comme l’écrit Francis Wolf qui les énumère, les analyse et les place dans un contexte utilitaire comme le fait d’être saint et sensuel, laid et beau, héros qui fuit la gloire, qui montre une grande politesse mais arrive en retard, qui figure un homme aisé qui vit aux crochets de autres, montre un tempérant sobre mais picole, est un démocrate qui conduit un combat contre les sophistes, est conservateur et révolutionnaire, politique qui ne veut plus s’y engager, attaché à l’incroyance mais évoque la révélation divine. Dans le « Trésor de Rackham le Rouge », le capitaine Haddock et Tintin, grâce à la réunion des trois parchemins, ont découvert les coordonnées de l’île où vécut François de Hadoque après l’explosion de La Licorne. Pour se lancer à la recherche du trésor du pirate Rackham le Rouge, censé se trouver dans l’épave de La Licorne, ils décident d’embarquer à bord du chalutier Sirius, emprunté au capitaine Chester. Tandis que les préparatifs avancent, la chasse au trésor est ébruitée par la presse et de nombreux soi-disant descendants de Rackham le Rouge, viennent réclamer une part du futur butin. Après avoir été chassés par le capitaine, c’est au tour du professeur Tournesol d’apparaître. Il leur propose un modèle de submersible permettant de plonger sous l’eau sans craindre les requins.

Entrée de Tournesol

Mais cette toute première rencontre avec Tournesol ne se passe pas très bien, car l’appareil ne s’avère pas encore au point et n’intéresse de toute façon personne. C’est un paradoxe, qu’il faille aller loin pour chercher le savoir précieux alors qu’il se trouvait ici à leurs pieds comme le gibier. Il en est ainsi de notre savoir, ce dont on se remémore, qui ne vient que d’un moment négatif qui fait oublier. Socrate et le trésor au bout du monde se trouvent, en réalité, à ses pieds. Il faut comprendre que le savoir est en nous, on n’enseigne pas mais on se remémore. Quand on oublie, on désire le savoir. Quel silène que celui qui contient à l’intérieur le trésor des dieux, mais avant, il faut apprendre à désapprendre, à connaître la différence entre le savoir et l’opinion. Pour découvrir le savoir en soi, il faut quand même apprendre. Socrate, adversaire de la démocratie, montre que le dialogue socratique est la construction d’un objet commun. Le savoir de cette différence est un enjeu fondamental, dans lequel le plus éloquent l’emporte. Le silène est laid dans lequel il y a une infinité de trésors. Il faut apprendre à désapprendre pour répondre à l’exigence du savoir. Socrate, pourtant adversaire de la démocratie, participe à la construction d’un objet commun, qui, à terme, rend les individus différents de ce qu’ils étaient.

De Socrate à l’aveu

Dans « L’aveu », apologie de Socrate, on veut faire avouer des choses que l’accusé n’a pas en lui, on veut le faire accoucher de quelque chose qu’il ne connait pas, qu’il ne porte pas en soi. C’est une violence qui fait naitre un désir. Dans le désir, apologie de Socrate, on rencontre un homme qui accepte de mourir au nom d’une vérité qui lui est supérieure, ce qui satisfait les critiques des Athéniens qui sont accusés de passer leur temps à s’intéresser à une chose dont ils ne devraient pas s’occuper. La violence de l’entretien socratique procède du désir. L’enseignement de Socrate est basé sur la démonstration de la contradiction qui permet de révéler ce que l’on porte en soi alors que l’aveu fait révéler ce qu’on ne porte pas en soi et qui est faux. La violence socratique procède de l’intérieur, car il est des gens avec lesquels ça ne marche pas car ce n’est pas le même type de violence que celui qui fait révéler ce qu’on porte en soi.

Mourir : la suspension des interrogations

Parfois, l’homme accepte de mourir pour une vérité supérieure à lui, de s’interroger sur la question de savoir d’où vient leur âme. Mourir c’est s’arrêter d’interroger, de s’interroger. A Socrate on a intenté le premier procès stalinien de l’histoire, ce qui n’était pas le cas de London, mais ce qui n’empêche pas de se demander si c’est une forme de suicide ? Mourir c’est s’arrêter d’interroger. Dans l’Hadès, l’homme aux bords de la mort pourra continuer d’interroger Ulysse, Homère, Hésiode, car philosopher, c’est apprendre à mourir, c’est la même chose. « Quel est le sort le meilleur ? » demande Socrate, entre moi, condamné à mort et vous qui allez continuer à vivre. Apprendre à mourir c’est penser, car dans cette situation, on s’éloigne d’elle, on n’est plus présent à la vie sensible pour se concentrer sur la question préoccupante du moment, celle de la mort.

D’après Enthoven, Arte, Philosophie