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Des antiques roulottes aux BMW de dernière génération et aux avions de la République

mercredi 25 août 2010, par Picospin

Les gens n’aiment pas voir l’agitation car elle est souvent indicatrice de mouvements sociaux, révolutionnaires, révoltes contre les pouvoirs en place. Cette confrontation rompt la paix apparente entre les couches sociales et politiques que l’on aime voir figées dans le silence, la paix, l’immobilité sinon l’immobilisme. Est-ce pour cette raison de déplacements permanents, de soif d’aventure et d’errance que les Roms sont actuellement montrés du doigt par ce que la société compte de plus établi, de plus puissant et de plus respectueux de l’ordre que personne ne souhaite voir corrompu, interrompu ou agité comme des molécules dans un bénitier.

Le long et le court terme

A ce propos, il n’est pas sans intérêt de constater l’entrée en lice dans l’aventure actuelle des « gitans », des puissances ecclésiastiques qui ne peuvent plus attendre d’entrer vigoureusement dans le débat, faute de se voir damer le pion par des forces toujours attentives à exploiter n’importe quelle vibration politique susceptible d’être exploitée à leur avantage par les récupérateurs de révolutions pour un profit immédiat sinon lointain, à long terme comme on dit dans les milieux boursiers. L’homme apprécie l’état stable, cette tranquillité fluide, visqueuse, apte à engendrer la mélancolie, la sieste, l’endormissement sous l’olivier. Il aime moins la fuite, celle qui a commencé par l’Égypte, paradigme de tout déplacement urgent sous la menace à la recherche du moindre refuge où la mère et l’enfant pourront trouver la quiétude à défaut du repos sous le souffle puissant, rassurant mais si chaleureux des bœufs et autres mammifères invités à la fête de la naissance du plus pauvre des pauvres.

Errance

Mues par une énergie farouche et nouvelle, les autorités n’ont de cesse d’avoir mis en mouvement l’errance sous la forme de convois de Romanichels dont la vue heurte le bon sens moral de certains de nos frères humains comme aurait dit ce bon La Fontaine. Encore, cette vision extatique est devenue insupportable aux hommes de bonne volonté qui voient l’attelage mené moins par des bêtes de somme vigoureuses sinon mal nourries mais par de puissantes cylindrées flambantes qui n’ont que trop de chevaux à offrir pour mener au loin les convois parfois branlants d’enfants et de vieillards, tous insupportables au regard des moralisateurs de ce monde qui avertiraient bien la Croix Rouge pour mettre fin à l’exode. Ont-ils tort ? Ce n’est pas certain si l’on considère les conditions et les risques de l’exil tels qu’ils sont décrits à l’occasion des innombrables missions effectuées par des passeurs pour indiquer moins le chemin de la liberté que celui du travail et par conséquent de la survie. Cette fois, le chemin de l’exil est inversé. Il se situe « dans un coin de désert », aux confins de l’Égypte, de la bande de Gaza et d’Israël où des dizaines d’Africains, rongés puis brûlés par le soleil tentent d’échapper non à des bourreaux éventuels et de rencontre qu’aux passeurs bédouins qui vont tenter de franchir la triple rangée de barbelés qui matérialisent la frontière désertique entre le Sinaï égyptien et le Néguev israélien.

Tourisme ou survie ?

Ces lieux ne sont pas de tourisme même si d’intrépides voyageurs à la recherche d’aventures aiment prendre le risque de voir des armes se lever contre eux moins dans un jeu pour adolescents attardés que pour abattre quelques Erythréens qui avaient tenté de s’emparer des armes de leurs passeurs qui réclamaient un petit supplément pour terminer leur mission avant que des garde-frontières ne se mêlent définitivement de l’affaire. Il semble que l’ancien emplacement du paradis terrestre dont on ne connaît pas précisément les limites mythiques le redevienne sous l’influence d’un espoir renouvelé, du mirage d’une nouvelle vie laborieuse seule susceptible de leur rendre la dignité à laquelle tout être humain, « affilié » aux Droits de l’homme aurait droit même si d’aucuns accusent des garde-frontières empressés et trop diligents ont « pratiqué une politique du tirer pour tuer », comme cela a été révélé au sujet « d’escarmouches » entre migrants et passeurs.

Tirer pour quoi faire ?

Cette situation apparemment connue de tous a fait dire récemment à Navi Pillay, Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU que « le nombre élevé des victimes suggère qu’au moins quelques responsables égyptiens de la sécurité ont pratiqué une politique du « tirer pour tuer ». La diversité des évènements, des acteurs présents et des lieux d’exécution impose de traiter le sujet non seulement sérieusement mais avec discernement, mesure et analyse particulière de chaque cas comme cela a été révélé à propos de la discussion sur l’éthique appliquée qui représente l’exemple le plus vivifiant de l’étude de cas ou casuistique, suivie d’une considération non moins négligeable sur la complexité des cas dans laquelle la technologie en pleine évolution ne joue pas le moindre des rôles. Quelle convergence entre chômeurs du désert et Roms dans la roulotte du départ quand ils devront quitter cette dernière pour emprunter les aéronefs de la République pour rejoindre leur mythique paradis roumain ou bulgare ?