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Mai 68 : Commémoration d’un succès ou d’un échec ?

Des barricades qui rassemblent ou divisent ?

Est-ce que M. Sarkozy serait devenu Président sans les évènements de 68 ?

mercredi 30 avril 2008, par Picospin

Mai 68 a été un tournant dans la vie des Français, un moment sacré de libération pour la plupart, au moment où la jeunesse s’assemble, où les ouvriers étaient à l’écoute et où le gouvernement d’inspiration monarchique de de Gaulle prit peur. Mais pour d’autres comme pour le président actuel Nicolas Sarkozy, qui n’avait que 13 ans à l’époque, Mai 1968 représente l’anarchie, un relativisme de la morale, la destruction des valeurs sociales et patriotiques qui, comme il n’a cessé de le dire, doivent être liquidées.

Un débat animé

Ce débat féroce sur ce qui est arrivé il y a 40 ans est typiquement français. Il existe même un débat violent sur les appellations selon le clan auquel on appartient. La droite appelle cela les évènements, alors que la gauche le qualifie de « mouvement ». Alors que la révolte de la jeunesse devint un mouvement général à l’ouest, - depuis les protestations américaines contre la poursuite de la guerre au Vietnam jusqu’aux Rolling Stones dans le Londres dansant et enfin le gang de Baader en Allemagne de l’ouest – la France fut le pays où les protestations de la génération des baby boom s’approcha au plus près de la révolution politique, avec 10 millions d’ouvriers en grève, et pas seulement une opposition contre les lois sociales des classes privilégiées, l’enseignement et les mœurs sexuelles. Pour André Glucksmann qui joua un rôle de premier plan en tant qu’acteur intellectuel du mouvement, Mai 68 était un monument sublime ou détesté que nous vouons commémorer ou enterrer.

Un monument ou un cadavre

C’est un cadavre, a-t-il ajouté, auquel tout le monde veut dérober un vêtement. A 71 ans, M. Glucksmann qui se présente encore avec une coiffure évoquant les Beatles, a écrit un livre en collaboration avec son fils Raphaël, actuellement âgé de 28 ans dont le titre évocateur est « Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy ». Dans sa campagne électorale centré contre son adversaire politique socialiste a attaqué Mai 68 et ses héritiers gauchistes qu’il a blâmés pour avoir induit une crise de moralité, d’autorité, de valeurs du travail et d’identité nationale. Il n’a cessé de s’en prendre au cynisme de la gauche caviar. En 1968, l’espoir était de changer le monde, comme ce fut le cas de la révolution bolchevique mais il se trouva être immanquablement incomplet et les institutions de l’état ne purent être modifiées, a affirmé M. Glucksmann. Tout ce que nous sommes en état de faire c’est de commémorer ce qui n’empêche pas la droite de rester au pouvoir. La France et la Gauche seraient dans un état de coma mental. Quant au fils Raphaël, qui a mené sa première grève à l’école en 1995, il appartient à une génération qui a la nostalgie de ses pères réels mais pas le moindre estomac pour amorcer une bataille à un moment où l’économie traverse une période difficile.

Où dormir ?

Les jeunes refusent actuellement toute réforme veulent défendre leurs professeurs dans une position qui ne laisse place à aucune alternative. Les évènements commencèrent il y a 40 ans, en Mars à l’Université de Nanterre où un jeune Allemand né en France du nom de Daniel Cohn Bendit commença à animer des manifestations contre des règles surannées qui interdisaient à des jeunes de sexe différent de dormir ensemble dans les mêmes dortoirs. Quand l’Université dut fermer ses portes au début de Mai, la colère se répandit au centre de Paris, au Quartier Latin et à la Sorbonne où l’élite des étudiants manifesta contre les lois archaïques de l’Université puis fit tâche d’huile auprès des travailleurs dans les grandes usines. Les scènes de barricades, les charges des policiers et les gaz lacrymogènes restent chers aux Français tels que les reproduisirent les magazines et les livres publiés à l’époque. On se mit plus tard à citer une phrase de Cohn-Bendit, actuellement membre du Parlement Européen, qui dit « Sous les pavés, la plage » et qui est connu depuis lors pour avoir lancé de fameux slogans comme « Il est interdit d’interdire », "Vivez sans restrictions et jouissez sans crainte" ce qui prenait un double sens auquel était associée la jouissance sexuelle. Cette injonction prenait un sens d’autant plus fort que le pays avait été fermement entouré de lanières et que le contrôle des naissances à l’aide de la pilule ne datait que de quelques mois, comme n’a pas manqué de le faire remarquer Alain Geismar, autre chef historique du mouvement, physicien qui a passé 18 mois en prison et a publié son propre livre intitulé « Mon Mai 1968 ».

Une révolte sociale

Ce mouvement a réussi comme révolution sociale mais non comme mouvement politique. Alors que de Gaulle et son gouvernement régirent à l’aide de la Police et l’armée au cas où les étudiants marcheraient sur le Palais de l’Elysée, projet qui ne vient jamais à l’esprit des leaders étudiants. Ils se sont toujours contentés de parler de la révolution mais jamais de la mettre en application. Ce que Geismar a remarqué c’est que ce mouvement lança le début de la fin du Parti communiste en France qui s’opposa sans cesse de façon virulente à la révolte de ces jeunes gauchistes qu’il ne réussit pas à contrôler. La société de Mai 68 était complètement bloquée à l’instar de la société de l’avant guerre ébranlée par la guerre d’Algérie, le baby boom et des écoles surpeuplées. En tant que divorcé, M. Sarkozy ne pouvait pas être invité au dîner de l’Elysée. Sa vie privée trop voyante, son succès politique associé à ses origines juives et étrangères auraient rendu inimaginable toute carrière politique visant à la Présidence de la République avant 1968. Glucksman qui continue de soutenir Sarkozy comme étant l’ampleur d’un état considéré comme sacré est plutôt amusé par les attaques répétées auxquelles se livre M. Sarkozy contre Mai 68 et qui risquent de le liquider d’abord lui-même. Sans oublier l’absurdité de la commémoration de cet anniversaire pour lequel des leaders de la mode comme Sonia Rykiel et Agnès B font partager leurs opinions dans la presse ainsi que l’a fait un joaillier parisien du nom de Jean Dinh Van, né au Vietnam qui a lancé un pavé en argent sous forme d’un pendentif qu’il a mis en fabrication pour célébrer 40 ans de liberté et dans son cas personnel de succès. Le plus petit de ces bijoux est vendu au prix de 275 $.

Glossaire

Moralité : Caractère des personnes ou des actes considérés par rapport à l’idéal du bien ou aux normes du devoir, opp. immoralité. Valeur positive ou négative des personnes, des jugements ou des actes du point de vue du bien ou du mal. Moeurs ou morale, croyances et pratiques morales effectives d’un groupe ou d’une société. ex. l’état de la moralité publique.

Révolte : Soulèvement de la conscience, au nom du droit naturel contre le droit positif, l’injustice de l’ordre établi, insurrection contre les institutions. "La révolte nait du spectacle de la déraison devant une condition injuste et incompréhensible" Camus : L’homme révolté.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que le mouvement de mai 68 était justifié par la situation politique et sociale ?

2. Est-ce que la misère ou la pauvreté sinon la famine étaient des éléments propres à justifier sinon à expliquer cette révolte faite par les étudiants sans l’appui permanent des employés, des salariés et des ouvriers ?

3. Quels sont les éléments qui ont permis d’éviter une effusion de sang significative malgré les manifestations de rues, l’intervention des CRS et l’implication de forces de police et de régiments militaires ?

4. Pour quelle raison la France a-t-elle été à l’avant garde de ce mouvement par rapport à d’autres pays ?

5. Pourquoi le gouvernement du Général de Gaulle a-t-il été aussi craintif par rapport à cette révolution en réalité peu sanglante et qui heureusement n’a pas fait de nombreuses victimes ?


Sources : The New York Times
April 30, 2008
Barricades of May ’68 Still Divide the French
By STEVEN ERLANGER