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Quel avenir et quel destin ?

Des clandestins sous répression et délation

Est-ce la recherche de la vérité et de la joie ?

mardi 7 avril 2009, par Picospin

Jeter par dessus bord des innocents qui ont bravé les pires contraintes, les plus terribles souffrances et les plus grands dangers pour trouver une terre d’asile où ils pourront trouver du travail, un logement et une forme d’existence décente sinon digne, n’est pas une décision que l’on peut prendre sans danger en sans risque, celui en particulier de se trouver accusé de manquer d’esprit de compassion sinon de solidarité et de n’avoir pas secouru celui qui avait faim et soif, qui se trouvait au fond de la grotte ou du cachot humide, transi de froid et envahi par les désespoir.

Cri d’alarme

C’est ce cri d’alarme et d’avertissement qui est poussé par une masse de plus en plus impressionnante de citoyens, indignés de voir le spectacle de pauvres immigrés renvoyés chez eux sans qu’aucune réflexion sérieuse, maitrisée et gouvernée par la sagesse n’ait été initiée à leur encontre. C’est cette attitude, peut-être « irresponsable » à la limite, que dénoncent des sociologues, sous la référence déjà lointaine de Max Weber et le titre de logique de responsabilité contre éthique de conviction accompagnée des arguments suivants : « Il y a déjà bien longtemps qu’en ce domaine, nous sommes habitués, pour reprendre la terminologie de Max Weber, à constater l’existence d’une tension entre éthique de conviction, qui veut, à la limite, par exemple, que l’hospitalité soit sans frontières, absolue, et éthique de responsabilité, qui pousse en particulier les dirigeants politiques à tenir compte de divers impératifs pour réguler ou contrôler l’immigration. Et de préciser que l’humanisme des droits de l’homme, les valeurs morales, voire religieuses, l’engagement des associations, celui, aussi, des intellectuels sont du côté des convictions, l’action publique, l’intervention de l’Etat, au nom éventuellement de la raison, voire de la Raison d’Etat, tendent plutôt à se situer du côté de la responsabilité. Quelle est cette politique qui ne correspond assurément pas à l’image que la France aime à donner d’elle-même, le pays des droits de l’homme et du combat pour les Lumières et les valeurs universelles, le droit, la raison. Est-ce que la création d’un Ministère de l’Immigration, de l’Identité nationale, de l’intégration répond au défi que tentent de compenser de nombreux états, culpabilisés d’avoir construit un amalgame qui débouche sur une disqualification ou tout au moins sur un soupçon pesant sur les migrants, tenus alors non pas tant comme des êtres humains que comme un problème pour la Nation et son identité. S’agit-il d’une véritable déshumanisation selon les concepts de Kant ?

Déshumanisation ?

Mis à part le côté difficilement catégorisable de la création artistique, il demeure que ce à quoi se rapporte la responsabilité conformément à son sens, c’est la vie actuelle et potentielle et en tout premier lieu, la vie humaine. De là se détachent la responsabilité parentale et celle de l’homme d’état qui on en commun certaines propriétés dans lesquelles l’essence de la responsabilité se présente de la manière la plus complète et qui les placent avant toutes les autres. Ces responsabilités enveloppent l’être total de tous les aspects depuis la simple existence jusqu’aux intérêts les plus élevés. Pour l’enfant en sa totalité et et en toutes ses possibilités les besoins immédiats liés au corporel viennent d’abord, au début presque exclusivement. Ensuite s’ajoute toujours davantage tout ce qui tombe dans la catégorie de l’éducation telles que les aptitudes, les relations, le comportement, le caractère, le savoir dont la formation doit être encouragée et surveillée en vue de contribuer à la formation du bonheur. L’état en vint à exister afin que la vie humaine devienne possible et continue d’exister afin qu’une vie bonne soit possible et réalisable. C’est tout cela qui doit être le souci de l’homme d’état. Mis à part le monarque héréditaire, l’homme d’état porte pendant la durée de son mandat ou de son pouvoir la responsabilité pour la totalité de la vie de la collectivité, ce qu’on appelle le bien public. Même l’usurpation et le coup d’état entrainent la prise de responsabilité. La question qui se pose dans le cas qui nous préoccupe c’est à dire, celui de l’expulsion pour un retour au territoire d’origine est celle de la pérennisation de cette responsabilité au-delà d’une limite qui serait celle d’une décision volontaire de retour dans la « patrie » et l’extension de cette responsabilité à la descendance jusqu’à quel degré et pendant combien de temps.

Expulser

Cette question est d’autant plus difficile à résoudre que comme la responsabilité parentale, elle s’étend de l’existence physique aux intérêts les plus élevés, de la sécurité à la plénitude d’être, de la conduite conforme jusqu’au bonheur. Au coeur du projet développé dans l’Ethique, Spinoza assigne à l’homme de mettre en jeu sa liberté et son bonheur. Il cherche à le délivrer des craintes et des erreurs que la superstition ou le manque de courage philosophique provoquent. Ces efforts ont pour objectif de réaffirmer la responsabilité de l’homme face à la vie et de donner à chacun les moyens de d’être entièrement lui-même, non en fonction de ce que l’on aura choisi pour lui mais de ce qu’il doit vraiment être ou devenir pour vivre heureux. Comment pouvons-nous vivre autrement qu’à travers les passions qui conduisent nécessairement aux conflits et qu’est-ce qui pourrait permettre à chacun le sens de son existence et et son accomplissement entier et harmonieux ? Le sage doit vivre dans une société dirigée par la raison et non par le désir de se débarrasser de tel ou tel individu qui ne veut ni ne peut entrer dans cette collectivité. La forme politique la plus juste doit être celle qui permet à chaque individu d’agir en fonction de sa nature dont les limites sont dessinées par l’organisation de sa vie et non par la réponse aux questions qu’il se pose sur la vie la plus juste. Pour être conforme aux exigences de la raison, la cité doit laisser à chacun l’initiative de rechercher l’utile vrai et d’être fondée sur un rapport de vérité. Qu’en pensent les avocats zélés de la délation tout prêts à favoriser les dénonciations des passeurs qui serviraient à accréditer un système de répression capable de plonger les clandestins dans une catastrophe humanitaire et sanitaire ?

Questionnement éthique :

1. Quelles sont les mesures qu’un gouvernement peut prendre pour éviter les embarquements de réfugiés trop nombreux qui quittent leur pays dans l’espoir de rejoindre un pays riche de l’occident pour y améliorer leur niveau de vie ?

2. Ne vaut-il pas mieux les aider sur place dans leur pays d’origine pour éviter la solitude, la rupture des liens familiaux et amicaux ?

3. Est-ce que ces mesures ne pourraient pas être décidées dans un cadre international qui assure à tous la sécurité, l’arrivée à bon port et une aide coordonnée dans le cadre d’organismes internationaux offrant des garanties suffisantes de sécurité, de financement, d’alimentation et de logement ?

4. Est-ce que le spectacle des immigrants prenant le risque pour eux et leur famille d’une mort par noyade est acceptable pour un individu proclamant son appartenance à l’espèce humaine et de ce fait désireux de marquer sa solidarité avec les conditions misérables de ces réfugiés ?