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Quel parcours ?

Des garden parties de l’Elysée au mimétisme

Jalonné de quels obstacles ?

samedi 5 juin 2010, par Picospin

Cette manière de faire est évidemment considérée comme immorale surtout dans des cultures qui considèrent, comme celle de la France, qu’en vertu du principe d’égalité, tout recrutement ou toute promotion doit obligatoirement passer par un classement établi selon des règles rigoureuses, plongées dans l’anonymat, sans tenir compte de la personne, de l’être humaine qui se cache derrière la copie non identifiable du candidat.

Apprentissage

Copier est pourtant le début de l’apprentissage. Les petites filles regardent leur maman faire la cuisine, élever ses enfants, faire le ménage comme les garçons s’identifient à leur père quand il écrit, parle au téléphone ou invite des amis. Les singes sur les plages cassent des noix comme ils l’ont vu réaliser par des hommes ou des congénères. Ainsi en est-il de la société qui ne cesse de s’inspirer des images qu’elle renvoie aux autres et qui suivent aveuglément les modèles constamment présentés à leur choix, leur satisfaction esthétique et leurs goûts personnels. Pensez-vous qu’il en soit autrement lorsque ce sont les grands de ce monde qui se donnent à voir en modèles ou en exemples ? Probablement non tant les sites d’information, d’images, d’icônes sont constamment relayés par les organes de diffusion en continuelle progression technique. Ils capturent l’attention du plus grand nombre par la multiplication de leurs stations, de leurs messages et la séduction de leurs représentations. Ainsi en est-il des manifestations, spectacles, évènements montrés au grand public par les grands de ce monde.

Divertissements

Vrai ou faux, on considère à tort ou à raison que les divertissements, rassemblements, mascarades offerts par les grands aux petits dans les cadres somptueux qui excitent la jalousie des derniers sont d’uns qualité telle qu’on ne peut négliger l’occasion de se frotter à la grandeur des premiers. Ainsi en fut-il des manifestations élyséennes dont on vient d’apprendre le coût somme toute modeste. Pas de quoi s’affoler et exciter des envies au moment où on ne cesse d’encourager les petits à économiser et restreindre la circonférence de leur ceinture au profit de celle des grands, de ceux qui ont trop à manger et risquent de tomber entre les griffes acérées de quelque maladie métabolique, prédisposant à l’obésité. Sur l’unique page dédiée aux économies indispensables pour sauver le pays, on peut lire les encouragements à faire des économies à cette période de crise si sévère et si injuste qu’on ne craint pas de recruter des spécialistes en finances et économie pour leur soutirer à prix d’or les recettes miracle indispensables au retour à l’équilibre. De peur qu’on ne le perde, on s’agite dans toutes les sphères du pouvoir pour grappiller les quelques sous nécessaires à remettre au centre les fléaux d’une balance fragile penchant désespérément du côté des riches.

Quels beaux jardins

Ainsi en est-il des jardins élyséens où la qualité de l’accueil flatte tellement les ego que le nombre des convives ne cesse d’augmenter pour clamer aux proches les honneurs dont on était l’objet ce qui nous coute cher. Le coût de la « Garden Party » du 14 juillet à l’Élysée s’était élevé, en 2009, à 732.826 euros, soit près de 100 euros par personne invitée. Chaque année, le nombre d’invités augmente : 5500 en 2007, 7050 en 2008 et 7500 en 2009. Le dernier rapport de l’Élysée évoque une réduction du coût par personne de l’ordre de 11%" sans donner ni le nombre d’invités ni le coût global, qui n’a jamais été aussi élevé. La Cour des Comptes avait déjà épinglé l’Élysée sur les frais de sa réception. Elle estimait qu’il y avait des économies à faire et des habitudes à perdre. Et de citer en exemple la réception du 14 juillet 2008, où plus de 290 000 euros ont été réglés à une entreprise, prestataire « depuis de nombreuses années », alors que son concurrent avait fait une offre nettement moins élevée à 187 000 euros. Économies par ci, dépenses par là, la maladie coute cher : le contribuable peut faire l’effort d’en payer le cout puisque c’est pour sa santé. Les réceptions somptuaires, il appartient naturellement à l’hôte de ces lieux d’en couvrir les frais c’est-à-dire d’inviter tous les contribuables à en partager fraternellement le montant.

Un mécanisme universel

Mimétisme : partout présent. C’est le mécanisme fondamental du comportement humain, dont dérive la totalité des éléments de culture. La reproduction d’un geste est à la base de la mémorisation d’une technique. C’est en voyant l’autre faire que l’on se représente l’utilité ou l’intérêt de la chose faite, en même temps que l’on découvre l’apparence que prend ce geste. Ensuite, c’est en reproduisant le geste que l’on découvre sa difficulté, et que l’on se forge un souvenir de l’enchaînement des actions nécessaires à son accomplissement. Le mimétisme est à la source de phénomènes de groupe ou de foule pouvant conduire à des travers comportementaux excessifs, voire des aveuglements dangereux, allant du simple conformisme jusqu’à l’hystérie collective. Sans oublier la manipulation mentale par la propagande ou le "gouroutisme". Si le mimétisme encourage, facilite ou induit l’apprentissage et l’enseignement, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles : il est omniprésent dans notre société et devrait faire de nos élèves et étudiants des modèles de vertu, des puits de sciences et de savoir. Pourquoi n’en est-il pas ainsi ? Qui peut répondre à cette question ?

Questionnement éthique :

1. Si l’on accepte, même partiellement, le point de vue de John Stuart Mill et de sa conception de l’utilitarisme, sa recherche de la conciliation entre défense de la liberté individuelle et recherche du bonheur pour le plus grand nombre, comment peut-on introduire dans cette philosophie le conformisme, équivalent possible mais mineur du mimétisme ?

2. Comment chaque individu peut-il tracer le plan de son existence et admettre pour lui-même que c’est le meilleur possible parce que c’est le sien propre ?

3. Que penser du fait que pour Mill si la liberté d’action n’est pas illimitée, comment s’y prendre pour que l’exigence morale de la liberté politique soit capable de gouverner les désirs des individus ?

4. Les hommes doivent-ils s’entraider pour distinguer le meilleur du pire et à préférer l’un et éviter l’autre ?