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Des impossibles réformes aux eaux du Mississipi

lundi 29 mars 2010, par Picospin

Cette fois, il s’est présenté de bon matin sous les robes ou jupes et non la burla de deux femmes qui ont sacrifié leur corps, leur vie et leur âme au profit d’une cause encore mal identifiée mais qui pourrait bien être circonscrite à celle d’un nationalisme autrefois placé sous la coupe du grand protecteur russe et assemblé sous l’étiquette trompeuse de l’URSS dont il ne reste qu’un vague souvenir pour les plus âgés d’entre nous et sans doute aucun pour les plus jeunes générations.

Un métro sous privilèges

Cette aventure survenue dans le métro, lieu privilégié des meurtres en série de l’époque moderne avait déjà été éprouvée par de glorieux prédécesseurs que soit dans les grandes capitales comme Madrid ou Londres en dehors de celui, plus hypothétique de New York dont la densité est notoirement moins importante que celle des autres cités. Le symbole de la vie d’une cité y est aussi moins significatif que dans d’autres villes européennes où la vie souterraine matérialisée par un réseau actif de rames circulant à haute fréquence, énergie et vitesse représente le cœur d’un corps reproduisant en bas ce qui se passe à un degré de plus ce qui se passe en haut, à la surface des avenues et des ruelles. Est-ce que le peuple souhaite réellement que disparaisse la seconde au profit ou en remplacement de la première comme le laissent à penser les nombreuses enquêtes d’opinion réalisées ces temps derniers pour connaître l’opinion des citoyens français sur les qualités et les caractéristiques à entreprendre pour réformer le pays, si longtemps négligé par des pouvoirs passifs ?

Aux orties

On les jette maintenant aux orties sous prétexte que n’ayant rien fait pour changer la structure et la fonction de nombreux éléments de la nation, ils ne seraient jamais, ni eux ni les autres, changer quoi que ce soit aux « fondamentaux » de la nation pour lui faire aborder le monde moderne et entrer dans le 21è siècle armé jusqu’aux dents pour affronter une compétitions qui s’annonce des plus sévères sinon des plus modernes. De ces interrogations, on tire les conclusions que l’on veut selon que l’esprit s’oriente vers la stabilité et la sécurité de l’immobilisme ou l’enthousiasme illimité pour le changement, habillé par le vocable politisé des réformes. De ces notions, on a glissé à l’allure d’un patineur sur piste de glace olympique vers un réformisme dont le contenu n’est pas encore précisé ni l’inventaire achevé, tellement sonne fort aux oreilles les plus obstruées des plus sourds le mot magique de réforme dont la musique a chanté hymnes et symphonies aux électeurs qui s’étaient précipités pour accueillir sous les vivats le candidat qui en parlait le plus fort, le plus souvent et le plus longtemps.

Rallye automobile

Les changements, les virages, les têtes à queue devinrent si familières que personne ne s’apercevait de leur transformation douce et harmonieuse, quasi invisible, en retraits, abandons, changements de cap. Ces variations dans l’immobilisme laissèrent le peuple pantois, sur sa faim, sinon affamé, jusqu’à le laisser découragé d’observer autant d’efforts vains, de combats inutiles, d’enthousiasmes contenus alors que le navire continuait de voguer sur toutes les mers, houleuses ou plates à la vitesse d’une frêle embarcation jetée sur le Mississipi aux accents d’un blues langoureux mais désespéré, faiblement mu par des roues à aube ayant depuis longtemps remplacé le clapotis des rames immergées par les esclaves noirs. C’est à ce point de mon récit que j’ai envie de préciser le terme de « paralogisme naturaliste » par celui de politique pour entrer plus rapidement et plus facilement dans le thème qui m’intéresse, celui de la confusion entre une description des faits (« si tu me frappes, cela me fait ma »l) et une description des valeurs (« me frapper, c’est mal »).

Croisements dangereux ?

On croise souvent cette erreur utile qui donne des mauvaises excuses, puisque, comme ’tout le monde le fait, ce n’est pas grave’ ou ’il est naturel d’être violent/peureux/raciste/volage/monogame/réticent à manger des légumes et donc c’est ainsi qu’il faut être’. Sur cette base, certains ont déduit qu’il était impossible de fonder des normes, ou des valeurs, dans des faits. Bien sûr ils admettent que des faits sont pertinents pour nos raisonnements moraux : si nous étions incapables de souffrir, peut-être ne serait-il pas mal de nous frapper. Mais ils maintiennent que, fondamentalement, les valeurs sont radicalement différentes des faits observables, voire du monde naturel, et qu’elles ne sauraient être déduites de l’un ou de l’autre. D’autres ont rétorqué que les valeurs étaient ancrées dans des faits naturels, et pouvaient être expliquées dans ces termes. Certains se sont aussi demandé comment il se fait que, si les valeurs ne sont pas des ’ingrédients’ naturels du monde d’une manière ou d’une autre, nous soyons capables de les percevoir et de les prendre parmi les causes de nos actions ? Bref, si la distinction de base tient clairement la route, il y a controverse sur l’étendue de ses conséquences.

La vie bonne

L’étape intermédiaire en est le lien entre l’éthique et ce que les anglosaxons appellent le "human flourishing". En français on dit ’bonne vie humaine’, mais le terme est moins satisfaisant. Il ne s’agit pas ici d’abord d’une vie vertueuse, mais d’une vie propre à mener à une existence pleine, riche et entière. L’image qui vient à l’esprit est celle d’une plante qui pousse, s’étend, fleurit, bref se porte bien au sens le plus large du terme. Elle dessine une présentation contemporaine d’une éthique basée sur "l’eudaimonia" antique, à l’exemple de celles d’Aristote ou des Stoïciens. Les commentateurs des résultats statistiques calculés à la suite des enquêtes qui ont inauguré cette réflexion annoncent clairement que toute croyance, toute confiance, toute crédibilité dans les pourfendeurs du conservatisme et en même temps thuriféraires d’un réformisme en clair obscur n’a plus aucune chance d’être acceptée ni soutenue par les masses. Rien d’étonnant à ce que l’enthousiasme au départ soit suivie par la déception, le rejet et le détournement à l’arrivée.