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Que faire pour réparer les inégalités ?

Des inégalités : de quand datent-elles ?

Représentent-elles une constante indélébile de la société malgré son évolution, ses bouleversements et ses révolutions ?

samedi 5 avril 2008, par Picospin

Le principe d’un éventail salarial relativement resserré qui correspondait à l’idéal d’égalité inscrit dans la devise de la République s’est effrité. De multiples facteurs de déprime pourraient être évoqués. Le modèle social s’est grippé. Pour la première fois depuis l’après guerre les Français redoutent que leurs enfants aient une vie plus difficile que la leur. Les distances du domicile au lieu de travail s’allongent indéfiniment et le stress professionnel devient pour beaucoup insupportable.

Avant 1979, presque personne ne parlait des ghettos des banlieues. Elles sont devenues la mauvaise conscience d’une société perçue comme plus dure et moins solidaire. La mondialisation libérale est souvent vécue comme une menace. Sans oublier les nouvelle angoisses liées au réchauffement climatique.
En somme, comme le disait Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy les Français
en ont assez d’attendre ! Voilà près de vingt-cinq ans que leur situation se détériore et qu’on leur demande des sacrifices qui ne servent à rien. Le principe d’un éventail salarial resserré qui correspondait peu ou prou à l’idéal d’égalité inscrit dans la devise de la République, s’est effrité. Les révélations sur les salaires des grands patrons et leurs parachutes dorés n’ont fait que retourner le couteau dans la plaie. Les inégalités se sont aussi accrues dans la structure des budgets des ménages. Le poids du logement était presque le même pour toutes les catégories sociales, en 1979 voisin de 12 % du budget. En 2006, les 20% des ménages qui affichaient le niveau de vie le plus faible consacraient en moyenne plus de 25% de leurs dépenses de consommation au logement contre 11% pour les 20% les plus aisés. En revanche, les inégalités sociales passent moins par l’alimentation. En 1979, celle-ci pesait pour 35% du budget des foyers les plus modestes et 18% de celui des plus aisés. En 2006, les chiffres passent à respectivement 17,2 % et 12,9 %. Ce qui ne contrarie pas la tendance à l’augmentation des inégalités : si l’on additionne les frais de logement et d’alimentation, ce total passe de 47 % à 42 % du budget pour les plus modestes et de 30 % à 24 % pour les plus aisés. Cette évolution représente une diminution, en proportion, de 21 % pour les seconds contre près de 11 % pour les premiers. Alimentation et logement absorbent ainsi plus du tiers du budget des ménages les plus modestes et moins du quart pour les plus riches. D’où vient cette situation ? est-elle une constante de la vie sociale quelles qu’en soit le type ? Les révolutionnaires ont-ils réussi à réparer les injustices ou au contraire n’ont-ils fait qu’aggraver une situation sans retour ? Comment sortir de ce déséquilibre permanent qui risque à tout moment de faire basculer le fragile équilibre d’un monde qui ne demande qu’à être déstabilisé par une mondialisation pas encore maitrisée ? Qu’en était-il autrefois ? Les rares régions du monde qui ont développé la production alimentaire de manière indépendante l’ont fait à des époques très différentes. De ces régions nucléaires, les chasseurs-cueilleurs des zones voisines ont appris à produire des aliments tandis que d’autres ont été remplacés par des envahisseurs producteurs de vivres venus d’autres régions de production, encore à des époques différentes. Les populations de certaines zones écologiquement adaptées à la production alimentaire n’ont jamais développé ni acquis l’agriculture à l’époque préhistorique. Elles sont restées des populations de chasseurs cueilleurs jusqu’au jour où le monde moderne a fini par les balayer. Les populations des régions qui se sont les premières lancées dans la production alimentaire ont ainsi pris une longueur d’avance sur la voie des fusils, des germes et de l’acier. Il en résulta une longue série de collisions entre les nantis et les laissés-pour-compte de l’histoire. Comment expliquer ces différences géographiques dans le calendrier et les formes de la naissance de la production alimentaire ? Jadis, tous les peuples de la terre étaient composés de chasseurs-cueilleurs. Pourquoi certains d’entre eux se sont-ils convertis à la production alimentaire ? Et pourquoi l’ont-ils fait autour de 8500 av, ].-C, dans les habitats méditerranéens du Croissant fertile, seulement 3 000 ans plus tard dans les habitats méditerranéens climatiquement et structurellement semblables du sud-ouest de l’Europe et jamais de manière indigène dans les habitats méditerranéens semblables de la Californie, du sud-ouest de l’Australie et de la région du Cap en Afrique australe ? Pourquoi même les populations du Croissant fertile ont-elles attendu 8500 avant notre ère, au lieu de devenir des producteurs alimentaires dès 18500 ou 28500 av.JC. ? De notre point de vue moderne, toutes ces questions paraissent au départ un peu sottes, tant les inconvénients du mode de vie de chasseur-cueilleur sautent aux yeux. Naguère, les spécialistes citaient volontiers ces mots de Thomas Hobbes pour caractériser la vie des chasseurs-cueilleurs : sale, grossière et brève. Ils devaient travailler dur, être mus par la quête quotidienne de nourriture, se trouvaient souvent au bord de la disette, manquaient des conforts quotidiens élémentaires tels que des lits moelleux et des vêtements adaptés et mouraient jeunes. C’est uniquement pour les citoyens prospères du premier monde, qui n’ont pas à produire eux-mêmes leurs vivres, que la production alimentaire réalisée dans des régions lointaines est synonyme de moindre travail physique, de plus de confort, de libération de la disette et d’une plus longue espérance de vie. La plupart des paysans, agriculteurs et éleveurs, qui constituent la grande majorité des producteurs alimentaires du monde, ne sont pas nécessairement mieux pourvus que les chasseurs-cueilleurs. L’étude de leur « budget temps » indique que leurs journées de travail sont plus lourdes que celles des derniers. Pourquoi ont-ils fait ce choix, ont-ils changé d’avis ? La surprise provient de la réponse tardive à ces questions : la production alimentaire est apparue comme un sous-produit de décisions prises sans que les conséquences en soient connues.

Questionnement éthique :

1. Les leçons du passé tirées des connaissances sur la production des aliments sont-elles susceptibles d’éclairer les chemins du futur pour une alimentation moins couteuse en travail, en investissements et en difficulté de stockage ?

2. Que faire pour alimenter le monde de façon juste et équilibrée en qualité et quantité à un moment où grondent les menaces des changements climatiques et de la récession économique ?

3. Faut-il changer radicalement de mode d’alimentation pour en fournir à tout les monde, riches comme pauvres ?

4. Est-ce que la globalisation et les OGM sont-ils susceptibles d’améliorer les modalités de distribution de l’alimentation dans le sens d’un meilleur rendement et d’une plus grande justice ?


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