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De Stalingrad à Arlington

Des morts gelés sous une terre verdoyante

Quelle mort pour les héros ?

samedi 29 août 2009, par Picospin

Devant un tel tableau on ne peut qu’être éberlué par la déraison pour ne pas en dire plus des dirigeants des principaux pays impliqués dans un conflit atroce qui a laissé près de 50 millions de morts sur le terrain, estimation minimale qu’on n’ose rapporter à sa grandeur réelle pour ne pas heurter l’esprit de raison, d’équilibre psychique et de sang froid des observateurs de cette guerre, de ses ravages et de l’horreur de la vie ainsi créée par des individus au bord de la paranoïa, très proches de la démence et inconscients des malheurs, du mal, des souffrances et des meurtres qu’ils avaient suscité par l’hypertrophie de leur ego quand ce n’est pas celui de leur obésité à l’instar de celle longtemps affichée par un guerrier en chambre comme Goering.

Une belle carrière ?

Ce dernier ne devait pas avoir été satisfait par sa carrière même si elle avait été facilitée par son patron, le Führer car au lieu de se complaire dans le pouvoir et la fatuité, il se réfugiait dans la bouffe ce qui n’est jamais un bon moyen d’afficher aux autres le contentement de soi et la jouissance du reste. Au moment d’en arriver à l’épisode de Stalingrad, point décisif de cette guerre, moment à partir duquel s’est esquissé le tournant d’un conflit particulièrement dur et inhumain, je songeais aux conditions atroces que vivaient pour leurs derniers instants les combattants des deux côtés et plus particulièrement les Allemands qui étaient venus jusque là avec la confiance naïve insufflée par un fou qui se prenait pour un génie et qui de ce fait a précipité dans le néant une bonne partie de l’Europe. De l’autre côté ce n’était pas mieux quand on constate les fautes effroyables du génial "Petit Père des Peuples", enfermé lui aussi dans une paranoïa chronique, qui, sur une durée de plusieurs années, l’a poussé à faire assassiner pratiquement la totalité de ses collaborateurs, disciples, généraux, subordonnés, tellement il se méfiait de tous et ne put que se résoudre à porter successivement les cercueils de ses victimes jusqu’à leur destination finale pour être bien certain qu’ils ne pourraient plus jamais s’échapper de leur tombeau.

S’échapper du tombeau ?

Et l’on assista à un déchainement de violence, de mesures « protectionnistes » qui n’étaient pas économiques cette fois mais simplement destinées à se débarrasser de tous les ennemis, les suspects, les candidats aux postes de direction pour avoir le droit une seule fois dans la nuit de fermer un œil pour laisser reposer un cerveau agité par une tempête sans fin qui ne cessait de jeter sur les rivages les corps et les âmes meurtries, déchiquetées et déjà froides des victimes de cet holocauste. Qui n’a pas vu les visages hagards, tourmentés et en même temps résignés des moribonds, des fantômes, des corps déjà réduits à l’état de cadavres des derniers combattants du front dans une ville réduite à l’état de squelette, n’aura pu prendre la mesure du carnage et de ses lendemains, produits par cette guerre ridicule jusqu’à la dramaturgie à l’initiative de deux capitaines qui disaient vouloir faire le bonheur des peuples. S’ils avaient cette intention, elle était tout simplement un conglomérat de gestes et d’objectifs fous que les plus déments des pervers ne sauraient et n’auraient pu justifier jamais.

Le gel conserve-t-il ?

C’est à ce moment que je mes suis mis à comparer la situation de n’importe quel soldat allemand, de Stalingrad à la Normandie, avec celle d’un Ted Kennedy qui hier est mort entouré des siens dans la foi de ses ancêtres et de sa tradition, solidement appuyé sur des convictions parfois instables, sinon bancales, boiteuses sans empêcher son idéal de trouver sa réalisation dans la proposition de mesures susceptibles de sauver demain des millions d’Américains de la maladie, de la misère, des infections ou du cancer. Demain, entouré par une nation compatissante et admirative, il sera enterré à côté des siens, de ses frères, de sa famille dans un cimetière de verdure au milieu des croix des héros, sous un nom déjà glorieux, vénéré par un peuple reconnaissant à lui-même et à toute sa famille des actions dignes et généreuses accomplies au nom d’un peuple ayant retrouvé sa fierté après d’obscurs moments à mettre au compte de l’imbécillité, de l’ignorance et de l’incompétence. Devant la mort, personne n’est égal. Il y a loin des soldats tués sans être même enterrés à Stalingrad au repos mérité dans un cimetière verdoyant situé quelque part près d’Arlington.