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Autosécrétions

Des petits produits aux grands sentiments

La maitrise de soi

samedi 3 septembre 2011, par Picospin

Il s’agit d’un échantillonnage de substances chimiques sécrétées par le corps avant que ne s’installe l’émotion qui lui correspond. Cette découverte paradoxale en a surpris plus d’un qui pensait en toute naïveté que la sensation suivait le sentiment et non l’inverse.

Émotion

On est ému, ou terrifié non parce qu’on a vu un serpent mais parce que la seule vue de cet animal se tortillant dans le sable provoque un simulacre de sentiment de terreur qui s’exprime par une accélération de la fréquence cardiaque, de la sudation, des tremblements, un refroidissement des extrémités et autres réactions du système neurovégétatif. Ce sont ces réactions physiologiques qui déclenchent les sentiments de peur de joie, sinon de bonheur parce qu’en les éprouvant, on retrouve des sensations déjà ressenties auparavant et qui ont abouti à la même séquence de réactions que celle déjà reconnue à l’occasion de la répétition d’une épreuve déjà ressentie, des traces qu’elle a laissées ou de la mémoire qu’elle a imprimée. On parle souvent de plasticité cérébrale pour expliquer le fait que le cerveau est capable de se développer en fonction des tâches répétitives qu’on exige de lui. Ce qui était autrefois une plaisanterie et au mieux un symbole est devenu avec le temps et les progrès accomplis dans les neurosciences une réalité maintes fois démontrée par les nouvelles technique d’imagerie fonctionnelle par IRM. La section du cerveau qui correspond à la projection sur son territoire des doigts de la main gauche subit avec l’entrainement, les exercices et le jeu des violonistes une évolution vers une augmentation du volume du territoire dévolu dans la sphère cérébrale aux mouvements des doigts accomplis par le virtuose quand il s’entraine pour se perfectionner.

Zones interdites

Il existe donc bien une zone spécialement réservée à un territoire du corps du sujet qui autrefois était devenu par un mécanisme d’allégorie ou de symbole, moins que d’hypertrophie à l’instar d’un muscle entrainé qui grossit à vue d’œil pour former une sorte de bosse comme celles qu’on avait autrefois attribué aux forts en maths. On pourrait observer un de ces jours la formation de bosses à un endroit déterminé du crâne, correspondant à une spécialisation d’un domaine particulier de la pensée. Doit-on placer dans cette catégorie les modifications induites sur la pensée, les passions et les sentiments par des substances spécialisées capables de modifier l’humeur, les sentiments, l’entrain, l’enthousiasme au même titre que le fait de façon pathologique et délétère l’absorption d’alcool ou de drogues. Cette fois cependant, nous sommes en présence de la sécrétion autonome par l’individu de substances moins de façon incontrôlée que par des stimulations comme celles résultant d’une activité physique volontaire. On connaît l’atténuation de la douleur sous l’influence de l’exercice soutenu et de l’effort comme on prend conscience de la stimulation par des produits dérivés de l’adrénaline d’un état d’excitation qui s’oppose à l’effet de torpeur consécutive à l’immobilité, la passivité et la dépression suivant l’inactivité. Les « humeurs » du corps s’enchainent les unes derrière les autres si on veut bien accepter la prise en compte de ses propres sensations selon lesquelles l’activité engendre plus d’activité et que le meilleur remède contre la dépression reste l’activité physique qui en est le meilleurs stimulant.

Sécrétions

Cette action est due à la sécrétion par les aires cérébrales d’une catécholamine, la dopamine, qui intervient au titre d’un antidépresseur mais qui agit aussi bien sur les noyaux gris centraux dont la détérioration est liée à la maladie de Parkinson caractérisée par des raideurs, un faciès figé, une humeur inégale et des tremblements involontaires. Hitler en était atteint vers la fin de sa vie au moment où il salue les dernières recrues pour la Wehrmacht des jeunesses hitlériennes qui avaient à peine dépassé l’âge de 15 ans. Quel rapport peut-il y avoir eu entre ses épisodes de dépression, la nécessité de haranguer des foules pour se sentir porté par les masses enthousiastes à l’affut de la moindre de ses éructations ? On dit que les hommes politiques porteurs d’un volumineux ego sont volontiers diminués par une dépression chronique contre laquelle ils luttent par des compensations d’admiration, des phases d’excitation alternant avec de longs moments d’abattement sur lesquels l’absorption d’alcool agit comme catalyseur et renforçateur d’action. Contre ces manifestations, le patient ainsi atteint lutte par des actions répétitives dont chacune renforce la précédente comme on peut le voir sur les images d’archives des documents cinématographiques qui décrivent le comportement de Hitler au cours des grandes démonstrations de masse de Nuremberg, Munich ou Berlin. On l’y voit gesticuler, agiter ses bras ce qui excite encore davantage son ardeur au combat par le biais des sécrétions d’adrénaline qui le mettent en transe dans sa haine des Juifs, des ploutocrates anglo-saxons et autres ennemis communistes, staliniens ou trotskystes.

Actions

L’action renforce l’action qui sert de combustible à la haine de l’autre, à l’incandescence du corps et de l’âme pour le plus grand bénéfice de l’hypnose de foules subjuguées par les litanies indéfiniment répétées des dictateurs. Ces comportements sont stéréotypés et ne diffèrent guère les uns des autres sauf en ce qui concerne les qualités d’orateur des tyrans qui remuent les foules sans autre aide que les motifs répétés des harangues sans objet ni sens et qui parlent plus aux passions positives ou négatives qu’au rationnel.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que le désir peut être considéré comme puissance créatrice de valeurs ?

2. Est-ce que l’éthique est liée à un désir sans le manque ou comme incomplétude, défaut d’amour, quête de l’unité perdue qui témoigne du vide de l’être au sein de la réalité humaine ?

3. Pour d’autres, le désir étreint la vie et les valeurs. Dans quelle mesure est-ce vrai ?

4. Est-ce que désirer équivaut à créer des valeurs nouvelles et de ce fait tend à la puissance conçue moins comme compétition et lutte mais comme création et joie ?