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Orgueil national

Des risques et dangers du Football de chambre

Comment éviter la mort des spectateurs ?

samedi 9 février 2008, par Picospin

La littérature médicale et le cinéma regorgent la description de personnes qui sont victimes d’un « malaise cardiaque », parfois d’une mort subite, lors de l’annonce d’une nouvelle dramatique. Depuis plus de deux siècles, la médecine s’est penchée sur les relations qui pouvaient exister entre stress et événements cardiovasculaires. Mais jusqu’aux dernières décennies du XXème siècle on ne disposait que de cas cliniques anecdotiques, épars et peu significatifs en faveur d’un lien causal entre situation stressante et événements cardiovasculaires

Statistiques

Dès que l’on a pu organiser des études de grande envergure, les épidémiologistes ont tenté de déterminer si des évènements collectifs comme la guerre, un tremblement de terre ou une importante manifestation sportive étaient susceptibles augmenter l’incidence des accidents cardiovasculaires d’origine coronarienne. Les méthodologies utilisées ont été rétrospectives pour des événements par définition imprévisibles, comme les catastrophes naturelles ou celle qui ne déclenchaient pas la mise en place d’une étude prospective sérieuse comme celle que l’on peut enregistrer lors de conflits armés. Les grandes rencontres internationales de football qui suscitent une émotion collective particulièrement intense à des périodes prédéterminées, n’avaient jusqu’ici fait l’objet d’aucune étude épidémiologique prospective. Six études rétrospectives se sont cependant penchées jusqu’ici sur l’incidence de la survenue d’événements cardiovasculaires mortels ou non lors de matchs importants d’une compétition internationale. Leurs résultats ont été contradictoires. Une recherche conduite aux Pays-Bas a montré une augmentation de la mortalité chez les Néerlandais lors des matchs de la coupe d’Europe en 1996 tandis qu’à l’inverse une étude a retrouvé une diminution de la mortalité par infarctus en France le jour de la victoire des Bleus lors de la finale de la Coupe du Monde 1998. Une équipe allemande a soumis le problème à une véritable étude prospective. L’événement choisi a été la Coupe du Monde de football qui s’est déroulée en Allemagne du 9 juin au 9 juillet 2006. Quinze services d’urgence de Bavière ont participé à ce travail qui a inclus les sujets pris en charge pour une pathologie coronarienne aiguë, une arythmie cardiaque, un arrêt cardio-circulatoire ou une pathologie ayant nécessité la mise en place d’un défibrillateur automatique implantable. Ce protocole a permis de comparer l’incidence des événements cardiovasculaires durant la Coupe et lors d’une période contrôle de mai à juillet 2003 et 2005 et en mai et juin et juillet 2006. Durant la totalité des périodes étudiées, 4.279 malades ont été pris en charge pour l’un des accidents cités ci-dessus. L’incidence des urgences coronariennes a augmenté de manière significative chez Bavarois les jours où l’équipe d’Allemagne était engagée par rapport aux périodes témoins (multiplication des urgences cardiaques par 2,66 p<0,001, ce qui est hautement significatif).

Des enjeux "majeurs"

Les facteurs les plus significatifs ont été le sexe du téléspectateur (multiplication de l’incidence par 3,26 chez les hommes versus 1,82 chez les femmes), l’enjeu du match (le jour de la demi-finale perdue contre l’Italie, plus de 60 accidents ont été enregistrés contre environ 15 les jours habituels ou pendant des matchs sans importance, le caractère dramatique de la compétition ou les enjeux historiques en cause (le quart de finale contre l’Argentine gagné au tir au but a été marqué par un record absolu d’urgences cardiaques et le match de poule contre la Pologne a été plus « toxique » pour les cœurs allemands que celui contre la Suède qui était pourtant une huitième de finale. Les jours de match, une augmentation de fréquence des événements coronariens aigus a été constatée dans l’heure qui précédait chaque match puis un pic dans les deux heures suivant le début de la rencontre. Cette surmorbidité coronarienne provoquée par un match télévisé a davantage concerné des patients ayant des antécédents coronariens (risque multiplié par 4,03) que des sujets sans pathologie coronarienne connue (risque multiplié par 2,05) (différence significative de p<0,001). On ne peut qu’émettre des hypothèses sur les mécanismes conduisant d’une retransmission télévisée à un accident coronarien. Le fait que les hommes soient plus concernés que les femmes pourrait être lié à leur intérêt supérieur pour le football ou à une plus grande vulnérabilité au stress.

Des obstacles emportés par des tourbillons

Le risque plus grand chez les coronariens connus pourrait être du à une intervention sur des plaques d’athérome vulnérables qui sont emportés dans le flux sanguin par les turbulences d’un débit augmenté à cause d’un simple accroissement de la consommation d’oxygène liée à une tachycardie émotionnelle. Enfin il est impossible de distinguer sur ces seules bases ce qui revient au stress proprement dit et aux phénomènes liés à des facteurs adjuvants comme le manque de sommeil, une alimentation déséquilibrée, une consommation excessive d’alcool et de tabac ou l’inobservance d’un traitement au long cours. Cette surmormidité coronarienne induite par les événements sportifs internationaux appelle la mise en place de quelques mesures. En terme de santé publique un renforcement des équipes d’urgentistes les jours où un haut risque est prévisible comme l’engagement de l’équipe nationale. Des mesures préventives sont souhaitables pour les coronariens connus comme le renforcement des traitements bêta-bloquant et/ou antiagrégant et les anxiolytiques. Quant à la contre-indication de la télévision pour les coronariens les jours de match, elle serait sans doute contre productive engendrant une frustration et des conflits familiaux tout aussi dangereux pour la plaque d’athérome. A l’évidence, la suppression de la règle du but en or lors des prolongations (dite aussi règle de « la mort subite ») après la Coupe du Monde 1998 n’a pas suffi à rendre le football sur canapé plus inoffensif pour le cœur.

Questionnement éthique :

1. Comment interpréter psychologiquement l’importance qu’attachent les spectateurs au résultat d’un match qui concerne leur équipe nationale ?

2. Est-elle liée à la vision des symboles comme le drapeau ou l’exécution des hymnes nationaux ?

3. Faut-il pour des raisons de santé publique proposer la suppression de toute manifestation de type national ce qui réduirait, si l’on en croit les résultats de ces recherches, aboutir à une substantielle économie sur les dépenses de santé des nations

4. Est-ce que ces manifestations émotionnelles sont susceptibles d’avoir une incidence positive ou négative sur la cohésion et l’efficacité de la productivité d’une nation ?


Sources :
Jim
Wilbert-Lampen U. Cardiovascular events durong world cup soccer. New Engl J Med 2008 ;358 : 475-483