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Un évènement ou un non évènement ?

Des sectes à la grammaire

La grammaire enseignée aux enfants

jeudi 21 février 2008, par Picospin

Comme toutes ces nouvelles parviennent en même temps, il est plus facile de les relier entre elles par ce qu’elles peuvent avoir de commun. C’est ainsi que le texte du communiqué de la Présidence de la République parle d’un « Non-problème » ce qui est évidemment la façon la plus grammaticalement correcte de s’exprimer. Cette expression a même fait rougir mon ordinateur qui l’a soulignée en rouge pour faire honte aux prêcheurs de bonnes paroles, d’expressions grammaticales justes et de résultats probants de la nouvelle manière d’enseigner la langue française.

Vraiment un non problème ?

Ne suffisait-il pas en effet de dire, d’écrire ou de répéter qu’il « ne s’agissait pas d’un problème important » pour que tout le monde soit satisfait ? La négation existe puisque nous l’avons tous rencontrée au hasard de nos pérégrinations dans la presse, la littérature ou la philosophie. L’expression utilisée par l’égérie de la 5è république qui se trouve être comme toutes les personnalités de son rang, une fraîche émoulue de l’ENA est d’autant plus désagréable à entendre qu’elle complique plus la compréhension de la phrase qu’elle ne la simplifie. On s’attendait à mieux de la part d’une descendante de l’élite de notre pays qui, parait-il, fait l’admiration du monde entier. Il parait que pour l’enseignement de la langue française et en particulier de la grammaire, il est urgent de revenir aux fondamentaux. C’est ce que nous proposons de faire ici en ce qui concerne le sujet scabreux des sectes dont l’activité, la relation à l’argent et la spiritualité n’ont pas toujours bonne presse. Le mot secte a d’abord désigné soit un ensemble d’hommes et de femmes partageant une même doctrine philosophique ou religieuse, soit un groupe de fidèles qui se sont détachés de l’enseignement officiel d’une Église et qui ont créé leur propre doctrine. Il est devenu un terme polémique, qui désigne un groupe ou une organisation le plus souvent à connotation religieuse dont les croyances ou le comportement sont jugés obscurs ou dévoyés. Généralement les responsables de ces groupes sont accusés de brimer les libertés individuelles au sein du groupe ou de manipuler mentalement leurs disciples afin de s’approprier leurs biens, de les maintenir sous contrôle et d’être une menace pour l’ordre social.

Sectes

Ce terme devenu injurieux est récusé par la plupart des groupes visés, ainsi que par certains juristes et sociologues. Pour exprimer le coté éventuellement néfaste de certains groupes et pratiques, on parle de dérive sectaire. Des sociologues des religions comme Danièle Hervieu-Léger ont travaillé sur ce thème. Dans son livre "Approche de la sociologie religieuse", cette dernière, après une brève présentation de l’incapacité de la justice à offrir une définition convenable et un historique des politiques gouvernementales de lutte contre les « menaces » sectaires, résume la vision symbolique française du phénomène sectaire : celui-ci serait en fait identifié à une maladie qui attaquerait le corps social. Le rôle de l’État serait de détruire cette maladie et de venir en aide aux victimes. Hervieu-Léger insiste sur le rôle des associations antisectes dans l’élaboration de cette vision, en particulier avec le « délit de manipulation mentale ».Elle présente sous la forme d’un marché de biens symboliques un portrait de la religion qu’elle définit comme une inscription dans une lignée croyante et de la spiritualité qui serait un bricolage symbolique.

Attachement à la laïcité

La compréhension et l’interprétation du mouvement sectaire se complique en France du fait de l’attachement mille fois confirmé de ce pays à la laïcité ce qui n’est pas nécessairement le cas des autres nations. Les dérives sectaires ne pourront être valablement jugées qu’à l’aune des conséquences qu’elles sont susceptibles d’avoir sur la liberté des individus captés par ses règles dont certaines ont conduit au suicide collectif, à la privation de liberté et à l’impossibilité de se dégager de l’emprise physique et mentale du gourou qui la conduit. C’est dans ce sens qu’on peut raisonnablement se demander s’il ne vaut pas mieux enseigner aux élèves la manière de porter des jugements critiques, de réfléchir, d’évaluer une situation que d’ânonner des règles de grammaire ou de réciter par cœur des textes sacralisés par les institutions. Il est vrai que dans ce domaine beaucoup de choses restent à faire pour enseigner des éléments de culture générale dont sans doute fait partie « Le profane et le sacré » d’un certain Mircea Eliade dont quelqu’un me disait qu’il ne connaissait pas CETTE DAME. Il est vrai que cet auteur qui écrit en Français a le malheur d’être né roumain….

Questionnement éthique :

1. Tant qu’à réformer l’enseignement dans le primaire, ne conviendrait-il pas de développer plutôt le jugement, l’esprit critique, la réflexion que le travail de mémoire, la récitation ou l’apprentissage du par coeur ?

2. Est-ce ces mesures seront suffisante à rétablir une situation compromise par la qualité catastrophique de la rédaction et de l’orthographe présentée dans la presse écrite ou parlée que les enfants voient et entendent chaque jour dans les émissions sportives, les jeux, les reportages ?

3. Quel peut être la responsabilité dans la dégradation de la langue des SMS, des échanges par e-mail, du langage codé des adolescents qui échappent aux principes élémentaires de la composition française, d’un maniement logique de la langue et d’une construction rationnelle des idées ?

4. Cette dégradation progressive est-elle particulière à la France ou existe-t-elle dans d’autres pays et d’autres langues ?