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Quelles raisons ?

Des suicides dans les entreprises de la communication

Quelles raisons de mourir ?

dimanche 13 septembre 2009, par Picospin

Et d’ajouter que « juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie".

Importance du suicide

Le reste, si le monde a trois dimensions, si l’esprit a neuf ou douze catégories, vient ensuite ». Pour lui, le critère de jugement d’une question pressante est son implication dans les actions qu’elle engage. Il cite l’exemple de Galilée qui tenait une vérité scientifique importante et l’abjura avec la plus grande facilité dès qu’elle mit sa vie en péril en quoi il avait mille fois raison car cette vérité ne méritait pas le bûcher, celle de considérer comme capitale une donnée autant qu’une vérité, dont la futilité pourrait passer pour évidente pour les uns, importante pour les autres. Beaucoup d’homme meurent parce qu’ils estiment que la vie est trop ingrate pour qu’elle mérite d’être vécue et d’autres aussi, plus ou moins nombreux encourent volontiers le risque de mourir, de se faire tuer pour trouver une raison de vivre. Ces exemples pullulent dans l’histoire récente, contemporaine ou plus ancienne si l’on consent à regarder un peu en arrière, au moment où des idéologies à foison encourageaient à se trouver des motifs de sacrifices, ne serait-ce que ceux nés des deux guerres mondiales, des renouveaux de la société par le fascisme, marxisme, le communisme qui ont engendré des incitations au sacrifice suprême pour que le monde change, que l’égalité survienne, que la liberté surtout éclate au grand jour.

Le rôle des neurotranmetteurs

Dans ce débat, Camus néglige peut-être une tendance de l’être humain qui est le dysfonctionnement d’une partie de ses structures psychiques alimentées, comme les voitures encore pour quelques instants par des énergies fossiles, bientôt remplacées par l’énergie électrique destinée à nettoyer les pollutions. Ces dernières, à l’instar de ce que décrivait Mary Douglas salissent un monde condamné à la fin de ses rotations s’il est vrai que le climat chauffant ira agir sur les moteurs comme le font encore les moteurs à explosion qu’il convient de refroidir pour qu’ils continuent de fonctionner correctement. On cite les tendances suicidaires perçues comme des dépendances étroites avec les conditions de vie, la société voire le climat dont certaines formes seraient dépressives parce que la nuit y est le plus souvent plus longue que le jour, une clarté absente et qu’il faut remplacer par l’artifice de la lumière électrique pour que les plus fragiles consentent à sortir de l’ombre vers la lumière.

Fragilité sur les pôles

C’est aux pôles que la situation serait la plus vulnérable parce que le froid s’y ajoute à la nuit pour s’emparer des démons des hommes qui là bas s’appellent sorciers, monstres, fées, cauchemars. Il parait que certaines communautés auraient du vague à l’âme comme les tsiganes, les Finlandais qui vivent dans un romantisme exacerbé parce que le statut de la nostalgie le veut ainsi. N’aurait-on pas négligé pour autant dans cet enchainement de tristesse, de regrets, de larmes et de retour sur le passé par le rythme de l’éternel retour, des raisons sinon des causes capables de justifier des comportements moins connus sous les tropiques, les plages de sable, les mers turquoise. Est-ce que les poissons seraient déprimés ? C’était le moment de faire doser chez ces animaux dont certains, proches de nous par leur statut de mammifère marin, ce que l’on appelle les neurotransmetteurs, ces substances infinitésimales, porteurs des messages neuroniques le long des voies des axones, des synapses réparties comme des aiguillages de chemins de fer, parvenus maintenant à la catégorie universelle des trains à grande vitesse.

Vivre ou être habitué à le faire

Camus écrit plus loin que l’habitude de vivre est en soi une raison de mourir puisque, à une vie dépourvue d’illusions et de lumières et pleine de souffrance inutile, on est en droit de répondre par la négative. A ce carrefour se pose la question posée si brillamment par Marcel Gauchet à la suite de Max Weber sur le « désenchantement du monde » depuis le retrait amorcé par Dieu depuis des lumières ayant tourné à l’éclipse et des épisodes historiques ayant conduit à la mort depuis que l’homme n’aurait plus été éclairé par Dieu comme une planète mais au contraire obscurci par le passage de la tyrannie, de l’esclavage, de l’enchainement, du mépris, de l’irrespect et plus loin par la propre négation de certains des ses congénères auxquels on demandait de creuser leur propre tombe. Est-ce que la déportation et les chambres à gaz auraient fait fuir les substances transmettrices de la fureur de vivre, celles qui conduisent les influx, guident les perceptions et activent les mouvements ?

Questionnement éthique :

1. N’est-il pas étrange que plusieurs personnes exerçant la même profession aient été découragées et déprimées au seul motif qu’elles avaient été priées de changer d’affectation et qu’elles aient envisagé comme seule solution à leur problème celle de se jeter par la fenêtre ?

2. Peut-on comparer cette attitude aux employés du World Trade Center qui n’ont envisagé cette solution que pour échapper à une mort certaine lorsqu’elles étaient entourées par les flammes ?

3. Dans quelle mesure est-on en droit de comparer ces comportements avec ceux que l’on appelle assistance au suicide en fin de vie lorsque la maitrise de la douleur a été perdue et que l’on se sait atteint par une maladie mortelle à brève échéance ?

4. Est-ce que ce débat sur le suicide ne ravive pas celui, mille fois amorcé et jamais résolu, de la disponibilité suffisante de soins palliatifs dont on a montré la capacité à soulager et à dissuader les candidats au suicide d’abandonner leurs intentions ?


Voir en ligne : Albert Camus : Le mythe de Sisyphe